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LE NOMBRE ET LE LIEU
DAGOGNET
VRIN
31,01 €
Épuisé
EAN :9782711608690
Deux opérateurs - le nombre et le lieu - se trouvent à l'origine de l'essentiel de notre culture, du devenir des sciences expérimentales, des techniques, des arts, des villes et même de la vie civile des citoyens. Le nombre - un mot peut-être mal choisi - signifie ici la quantité et le lieu renvoie là où tout se concentre (l'opposé de la dispersion). Est sans cesse réfutée la philosophie - tout particulièrement celle de Jean-Jacques Rousseau - qui prône le non-enfermement, la singularité, le non-enracinement, le vagabondage ou même le vécu émotionnel. Est examinée en détail l'importance des deux facteurs, précédemment cités, qui se renforcent l'un l'autre ; sont mis en évidence les bienfaits des rassemblements, aussi bien ceux des objets que des êtres en général ou même des individus, aussi bien le pouvoir des Institutions (Musées, Archives, Hôpitaux, Bibliothèques, Banques de données) que celui des techniques diverses du ramassage, de la collecte et de la concentration. Il convient, en conséquence, de s'initier à la logique distributive, à celle qui comprime et transmet, ou à la technique ordinatrice qui promeut aussi l'invention mais à travers l'inventaire.
Du début à la fin, ce livre s'oppose à une philosophie de la profondeur que nous ne pourrions pas atteindre, par définition - puisqu'elle se cache ou du moins disparaît sous l'épaisseur de ce qui l'abrite. Il sera montré qu'il s'agit là d'une erreur, voire d'un mythe (en faveur de la " belle âme ") ; seront pris en compte les moyens d'appréhender le dehors et notamment de discerner en lui ce que le dedans croyait dérober. Les corps matériels, les vivants aussi et le psychisme seront tout à tour observés (la lecture des surfaces) ; on usera d'instruments susceptibles d'éclairer l'" apparaître ". " Je suis ce que je donne à voir ", Freud lui-même n'a pas manqué d'appliquer cette méthode : il retient les moindres gestes, les action manquées, les prétendues maladresses. La maladie mentale - la désorganisation de l'ego - passe par une corporéité ostensiblement et visiblement déréglée. Nous proposons une conception du " corps sémaphorique " : il porte en haut de lui-même (le visage, la face) de nombreux signes qu'il convient de capter et d'interpréter.
On a tenté de dresser le tableau des caractéristiques multiples, changeantes et souvent contradictoires de la matière, afin de réouvrir le procès qu'on lui a toujours intenté : ainsi, ou bien elle s'offre à toutes les influences qu'elle subit, d'où sa passivité et son inconsistance, sa non-substantialité, ou bien elle résiste, mais on lui reprochera son insensibilité et sa ténacité obtuse. Corrélativement, on a voulu reprendre les analyses argumentées des philosophes à son sujet : celles des Anciens (Platon, Aristote, Epicure et Lucrèce), celles de l'âge classique (principalement les Cartésiens), celles du monde du XVIIIe (les Newtoniens), celles des modernes (le matérialisme dialectique même), sans oublier celles de ceux qui ont cru l'atteindre à travers des expériences-limites du moi, dans la résistance à l'effort, au cœur de l'oubli ou de l'habitude. Troisième moment de l'analyse, on a souhaité mettre en lumière comment la technologie des actuels matériaux, de même que l'art le plus contemporain, renouvelaient entièrement la conception du substrat. Une révolution s'accomplit sous nos yeux : l'histoire au présent des sciences expérimentales et la métamorphose de la plasticité permettent d'en prendre la mesure. Du coup, on ne peut plus reprendre les vieux énoncés du réquisitoire. Deux conséquences s'en dégagent : outre l'urgence de ce que nous appelons la " rematérialisation ", la -guerre sans merci qu'on déclare ouvertement ici à l'un des piliers de la métaphysique, le dualisme qui éloigne l'une de l'autre, pour de nombreuses raisons, l'intellectualité et la matérialité. On apprend au contraire à les lier inséparablement. Comment envisager cette possible réconciliation ?
La Philosophie s'est plus souciée du "sujet" (l'intérieur) que de "l'objet" (l'extérieur): elle a même craint que celui-ci, envahissant, ne se retourne sur celui-là et le déforme ou le contamine. Ici on marche en sens contraire; on ose contester l'un des fondements du savoir philosophique; on essaie d'abattre le mur qui abrite le champ culturel. Après tout, il n'y a rien qui ne puisse être remis en cause et nous tentons d'en profiter. Ne craignons pas cette démolition! Le sujet n'est d'ailleurs susceptible d'être rencontré que dans les "produits", du même coup, valorisés: ils enferment le travail, la création (leur style) et ils ne cessent aussi d'évoluer. On va jusqu'à reconnaître les bienfaits de l'Usine, le lieu de la fabrication illimitée, capable désormais de transformer même les liens sociaux. On discerne aussi, dans l'Art contemporain, des procédures industrielles. Partout, on vise une critique de "la critique de la société de consommation". On la défend contre ceux qui l'ont stigmatisée sans relâche. On se refuse aux lamentations habituelles
Nul ne lira un Traité aussi surprenant que le Traité des animaux de Condillac publié en 1755, un an après le Traité des sensations. Dans un premier temps, il s'agit pour Condillac de sauver son propre système : puisque la sensation définit la base de la connaissance et du psychisme, comme l'animal en bénéficie (il voit comme nous), il faut lui réserver ce que l'homme en retire, et en conséquence, écarter les théories qui rabaissent l'animal (réduit à une pure machine). Le second moment institue la comparaison entre l'homme et l'animal et défend l'idée d'une continuité entre eux : l'animal est susceptible de juger, de penser, de représenter, etc. C'est grâce au langage (les signes d'institution) que l'homme va pouvoir prolonger et dépasser l'animalité qui ne peut tabler sur des signes naturels - cris et gestes faiblement communicatifs. Il faudra un long temps pour que soit emprunté pareil chemin (les Lorez, les von Frisch entre autres) et encore ces biologistes ne sont-ils allés qu'à la moitié du parcours condillacien. Le Traité des animaux est donc un texte prémonitoire et décisif : il n'est plus nécessaire d'abaisser l'animal, afin d'élever l'homme, cesse l'opposition entre eux.
Ce livre n'est pas un exposé de la métaphysique cartésienne, mais s'attache à la pensée qui l'anime et qui cherche en elle son expression. Ce mot "expression" introduit un premier postulat : une philosophie n'a de sens que par référence à une certaine vision du monde dont précisément elle veut être l'expression. A l'origine il y a un esprit qui regarde l'univers, l'homme, Dieu et qui s'étonne de les voir comme on ne les a encore jamais vus. Qui dit "expression" dit donc volonté de communication. La vision du monde - c'est le second postulat - n'est en aucune façon une sorte d'essence intemporelle et elle ne peut être séparée de son "environnement" historique. Ainsi tout texte a deux contexte : l'ensemble ordonné d'idées duquel il tient son sens et un certain dialogue qu'il doit rendre propice à la transmission de ce sens.