Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Tuer un enfant
Dagerman Stig ; Backlund Elisabeth
AGONE
15,30 €
Épuisé
EAN :9782748900675
C'était silencieux dans la maison de grand-mère. Le petit garçon se glissait d'une pièce à l'autre. Il cherchait le silence. Le petit garçon poussait une porte, puis une autre, et écoutait. Les portes étaient lourdes et les seuils étaient hauts et dorés. Lui était petit et pas très rassuré. Dans sa poitrine, son coeur tictaquait comme une pendule affolée. Il se tenait maintenant sur le dernier seuil et, cette fois, il ferma les yeux. Il tourna la tête et tendit l'oreille vers la chambre pour écouter si c'était là que le silence était assis. Il entendait tant de choses. Il entendait un gros bateau rouler sur la mer au milieu des mugissements de la tempête. Il entendait une petite fille qui pleurait parce qu'elle était morte, et qu'on ne pouvait pas voir, car elle était enterrée sous les fleurs. Il entendait aussi les bottes de grand-père aller et venir dans la pièce en faisant craquer les larges lames du parquet. Mais le silence, il ne l'entendait pas. Biographie de l'auteur Abandonné par sa mère à la naissance, Stig Dagerman (1923-1954) a grandi chez ses grands-parents, paysans pauvres de la province suédoise de l'Uppland. Son oeuvre littéraire - notamment L'Enfant brûlé (Gallimard, 1981) et L'Ile des condamnés (Agone, 2000) - accompagne une vie de militant anarcho-syndicaliste et une importante production journalistique - dont Automne allemand (Actes Sud, 2004) et La Dictature du chagrin (Agone, 2001).
Résumé : Ces poèmes satiriques ont paru entre 1944 et 1954 dans le journal anarcho-syndicaliste suédois. Ils se situent au point d'intersection des deux activités de Dagerman : la littérature et le journalisme. Il y traite en effet de l'actualité en poète et en anarchiste convaincu. Le titre de ces billets (Dagsedlar) est un chef-d'?uvre : il veut en effet dire, littéralement, billet quotidiens ; mais il n'est pas exclu d'y lire billet de Dag(erman) ni d'y voir une allusion à peine déguisée à l'expression populaire suédoise " donner un coup sur la gueule à quelqu'un ". Jusques après son dernier souffle, Dagerman aura ainsi poussé ses " coups de gueule " et tapé sur toutes les formes de la bêtise humaine. Cela devrait suffire à faire de lui un perpétuel contemporain.
1946. Un journaliste erre dans les ruines des villes allemandes anéanties par les bombardements. Il se nomme Stig Dagerman, il est là pour les besoins d'un reportage. Et quelques semaines durant, il va observer, questionner, descendre dans les caves à la rencontre de ceux qui s'y terrent, s'interrogeant lui-même, méditant sur la souffrance et l'angoisse, la haine et la culpabilité. Peu à peu prend forme Automne allemand, ce livre qui, depuis sa parution en 1980, en révélant un aspect essentiel de l'oeuvre de l'écrivain suédois, n'a cessé de s'imposer comme un témoignage de première force sur les conséquences de la défaite allemande et le destin de l'Europe.
Il semble que la France ait choisi de ne retenir du Suédois Stig Dagerman que ses romans, poèmes et pièces de théâtre. Or, il paraît pourtant évident que son activité d'auteur est indéfectiblement liée à celle de militant anarcho-syndicaliste qu'il fut tout au long de sa brève existence. Cette préoccupation d'articuler les deux se retrouve d?ailleurs au c?ur de l'un des textes publiés dans ce livre (L'écrivain et la conscience). C'est donc pour lui donner la place qui lui revient que les éditions Agone ont décidé de publier ce recueil d'une quinzaine de textes (dont trois inédits) rédigés entre 1945 et 1950, parus pour la plupart dans la presse suédoise et se rapportant à l'actualité de l'immédiat après-guerre.Éditoriaux, discours, articles... ces textes journalistiques étaient devenus introuvables en France depuis leur publication en 1986 dans la revue Plein Chant. Pourtant, à leur lecture, l'actualité des propos de Dagerman reste intacte. La lucidité avec laquelle il examine ses contemporains, analyse les problèmes moraux et politiques de son époque, paraît véritablement utile pour une lecture de notre monde. Écrit en 1950 à l'occasion de la mort du roi Gustave V, le premier de ces textes (qui donne son titre au recueil) trouve par exemple d'ironiques résonances dans le traitement médiatique des récentes mésaventures d'une princesse anglaise sous le pont de l'Alma : «La semaine qui vient de s'écouler a été riche en enseignements dans la mesure où, pour la première fois, elle nous a permis de constater dans notre propre pays quelles forces effroyables se déchaînent lorsque, dans une société moderne, tous les moyens d'information sont mis en même temps au service d'une seule et unique fin : organiser le chagrin, construire un mythe».Militant et auteur, Dagerman ne peut cependant être réduit à l'une ou l'autre de ces figures, n'ayant jamais sacrifié son idéal à son art ou l'esthétique à un programme. Un exemple à méditer, aujourd'hui où le mot engagement semble vidé de son sens. --Isabelle Yaouanc
Il semble que la France ait choisi de ne retenir du Suédois Stig Dagerman que ses romans, poèmes et pièces de théâtre. Or, il paraît pourtant évident que son activité d'auteur est indéfectiblement liée à celle de militant anarcho-syndicaliste qu'il fut tout au long de sa brève existence. Cette préoccupation d'articuler les deux se retrouve d?ailleurs au c?ur de l'un des textes publiés dans ce livre (L'écrivain et la conscience). C'est donc pour lui donner la place qui lui revient que les éditions Agone ont décidé de publier ce recueil d'une quinzaine de textes (dont trois inédits) rédigés entre 1945 et 1950, parus pour la plupart dans la presse suédoise et se rapportant à l'actualité de l'immédiat après-guerre.Éditoriaux, discours, articles... ces textes journalistiques étaient devenus introuvables en France depuis leur publication en 1986 dans la revue Plein Chant. Pourtant, à leur lecture, l'actualité des propos de Dagerman reste intacte. La lucidité avec laquelle il examine ses contemporains, analyse les problèmes moraux et politiques de son époque, paraît véritablement utile pour une lecture de notre monde. Écrit en 1950 à l'occasion de la mort du roi Gustave V, le premier de ces textes (qui donne son titre au recueil) trouve par exemple d'ironiques résonances dans le traitement médiatique des récentes mésaventures d'une princesse anglaise sous le pont de l'Alma : «La semaine qui vient de s'écouler a été riche en enseignements dans la mesure où, pour la première fois, elle nous a permis de constater dans notre propre pays quelles forces effroyables se déchaînent lorsque, dans une société moderne, tous les moyens d'information sont mis en même temps au service d'une seule et unique fin : organiser le chagrin, construire un mythe».Militant et auteur, Dagerman ne peut cependant être réduit à l'une ou l'autre de ces figures, n'ayant jamais sacrifié son idéal à son art ou l'esthétique à un programme. Un exemple à méditer, aujourd'hui où le mot engagement semble vidé de son sens. --Isabelle Yaouanc
Je ne peux que suivre Emma Goldman quand elle déclare ne pas vouloir d'une révolution où elle ne pourrait pas danser. Mais au moins voulait-elle une révolution, sans laquelle de telles fins esthétiques et psychologiques ne bénéficieraient qu'à quelques-uns. Or les objectifs révolutionnaires et sociaux de l'anarchisme aujourd'hui souffrent d'une telle dégradation que le mot "anarchie" fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle, insouciante, mais délicieusement inoffensive.
Le tour résolument punitif pris par les politiques pénales lors de la dernière décennie ne relève pas du simple diptyque " crime et châtiment ". Il annonce l'instauration d'un nouveau gouvernement de l'insécurité sociale visant à façonner les conduites des hommes et des femmes pris dans les turbulencesde la dérégulation économique et de la reconversion de l'aide sociale en tremplin vers l'emploi précaire. Au sein de ce dispositif " libéral-paternaliste ", la police et la prison retrouvent leur rôle d'origine : plier les populations indociles à l'ordre économique et moral émergent. C'est aux États-Unis qu'a été inventée cette nouvelle politique de la précarité, dans le sillage de la réaction sociale et raciale auxmouvements progressistes des années 1960 qui sera le creuset de la révolution néolibérale. C'est pourquoi ce livre emmène le lecteur outre-Atlantique afin d'y fouiller les entrailles de cet État carcéral boulimique qui a surgi sur les ruines de l'État charitable et des grands ghettos noirs. Il démontre comment, à l'ère du travail éclaté et discontinu, la régulation des classes populaires ne passe plus par le seul bras, maternel et serviable, de l'État social mais implique aussi celui, viril et sévère, de l'État pénal. Et pourquoi la lutte contre la délinquance de rue fait désormais pendant et écran à la nouvelle question sociale qu'est la généralisation du salariat d'insécurité et à son impact sur les espaces et les stratégies de vie du prolétariat urbain. En découvrant les soubassements matériels et en démontant les ressorts de la " pensée unique sécuritaire " qui sévit aujourd'hui partout en Europe, et singulièrement en France, ce livre pointe les voies possibles d'une mobilisation civique visant à sortir du programme répressif qui conduit les élites politiques à se servir de la prison comme d'un aspirateur social chargé de faire disparaître les rebuts de la société de marché.
En 1841, dans son discours de réception à l'Académie française, Victor Hugo avait évoqué la " populace " pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu'il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot " misérable ", qu'il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les Mystères de Paris d'Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, l'auteur découvrit les réalités du monde social qu'il évoquait dans son roman. L'ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d'être décrit comme une race pour devenir une classe sociale. La France, c'est ici l'ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l'Etat français. Dans cette somme, l'auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé l'histoire depuis la fin du Moyen Age les guerres, l'affirmation de l'Etat, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l'esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale.
Avec les centaines de livres publiés par les combattants pour raconter les tranchées, la Grande Guerre marque l'entrée dans "l'ère du témoignage". Et Témoins est le monument fondateur de la littérature de témoignage. Cette oeuvre majeure de la littérature critique du XXe siècle a fait scandale au moment de sa première publication en 1929, et elle provoque encore aujourd'hui des débats très vifs. Sa manière de mettre au premier plan la simple vérité du témoignage heurte de plein fouet les visions enchantées de la guerre colportées par la littérature. En dressant le témoin face au littérateur de métier, en sommant les historiens de lui faire une juste part, le livre de Norton Cru dérange depuis presque cent ans les règles établies dans le monde intellectuel.