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La dictature du chagrin et autres écrits amers (1945-1953)
Dagerman Stig ; Bouquet Philippe
AGONE
17,30 €
Épuisé
EAN :9782748901092
Il semble que la France ait choisi de ne retenir du Suédois Stig Dagerman que ses romans, poèmes et pièces de théâtre. Or, il paraît pourtant évident que son activité d'auteur est indéfectiblement liée à celle de militant anarcho-syndicaliste qu'il fut tout au long de sa brève existence. Cette préoccupation d'articuler les deux se retrouve d?ailleurs au c?ur de l'un des textes publiés dans ce livre (L'écrivain et la conscience). C'est donc pour lui donner la place qui lui revient que les éditions Agone ont décidé de publier ce recueil d'une quinzaine de textes (dont trois inédits) rédigés entre 1945 et 1950, parus pour la plupart dans la presse suédoise et se rapportant à l'actualité de l'immédiat après-guerre.Éditoriaux, discours, articles... ces textes journalistiques étaient devenus introuvables en France depuis leur publication en 1986 dans la revue Plein Chant. Pourtant, à leur lecture, l'actualité des propos de Dagerman reste intacte. La lucidité avec laquelle il examine ses contemporains, analyse les problèmes moraux et politiques de son époque, paraît véritablement utile pour une lecture de notre monde. Écrit en 1950 à l'occasion de la mort du roi Gustave V, le premier de ces textes (qui donne son titre au recueil) trouve par exemple d'ironiques résonances dans le traitement médiatique des récentes mésaventures d'une princesse anglaise sous le pont de l'Alma : «La semaine qui vient de s'écouler a été riche en enseignements dans la mesure où, pour la première fois, elle nous a permis de constater dans notre propre pays quelles forces effroyables se déchaînent lorsque, dans une société moderne, tous les moyens d'information sont mis en même temps au service d'une seule et unique fin : organiser le chagrin, construire un mythe».Militant et auteur, Dagerman ne peut cependant être réduit à l'une ou l'autre de ces figures, n'ayant jamais sacrifié son idéal à son art ou l'esthétique à un programme. Un exemple à méditer, aujourd'hui où le mot engagement semble vidé de son sens. --Isabelle Yaouanc
Stig Dagerman, né en 1923, mort en 1954, a été durant sa courte carrière l'interprète et le symbole de la jeune génération qui vécut la seconde guerre mondiale dans la Suède neutre. Il fit ses débuts en 1945 avec un roman précoce sur l'angoisse en tant que mobile humain, Le Serpent, et fut immédiatement considéré comme un écrivain représentatif de son époque.
Après le naufrage d'un navire, sept survivants échouent sur une île uniquement peuplée de lézards et d'oiseaux. Malgré les apparentes similitudes avec le mythe de Defoe, il ne sera pas question ici de robinsonades et personne ne luttera pour sa survie. Le propos de Dagerman ne se situe pas dans ce champ-là et d'ailleurs dès le départ, l'issue fatale ne fait aucun doute : la réserve d'eau est vidée intentionnellement par l'un des naufragés et à aucun moment ces derniers ne s'organisent pour tenter de trouver de la nourriture. Le thème central de mon oeuvre est l'angoisse de l'homme moderne face à une conception du monde qui s'écroule (...) et je crois qu'une des possibilités de salut consiste à ne pas se laisser vaincre par son angoisse, ni à fuir devant soi-même, mais à affronter le danger les yeux ouverts écrit Dagerman en 1949, soit trois ans après la parution de L'île des condamnés. Et c'est effectivement l'axe autour duquel s'enroule le récit. Les cinq hommes et les deux femmes qui ont survécu au naufrage se retrouvent contraints d'affronter leur peur, leur angoisse et leur culpabilité «les yeux ouverts». Lorsqu'ils se retrouvent sur l'île, par une mécanique bien rodée chacun tente d'abord de reprendre le rôle qu'il jouait «avant». Mais la mort imprimant sa marque chaque jour un peu plus profondément, les oripeaux des conventions sociales se désagrègent vite. Tous réagissent alors de manière exacerbée et la blessure que chacun cache au fond de lui va peu à peu émerger au travers d'actes - démence, suicide, meurtre... - d'une violence irréversible. Actes dont seul le lecteur aura la clé car personne ne se rapprochera ni ne trouvera de réconfort auprès de ses compagnons d'infortune. S'ils sont condamnés, c'est aussi à prendre toute la mesure de la solitude inhérente à la condition humaine et Dagerman le souligne dans la construction même du livre. En effet, le récit se construit sur une succession de chapitres qui dressent le portrait de tous les survivants mais qui les isolent en même temps de tous les autres. Au fur et à mesure, le sens de chaque geste et de chaque parole s'éclaircit tandis que l'étau se resserre sur le groupe. Le huis-clos de L'île des condamnés agit comme une force centrifuge. Entraînés dans un tourbillon, les condamnés prennent peu à peu conscience de leur identité mais trop tard. La fuite n'est pas possible et ne le sera jamais plus. --Isabelle Yaouanc--
1946. Un journaliste erre dans les ruines des villes allemandes anéanties par les bombardements. Il se nomme Stig Dagerman, il est là pour les besoins d'un reportage. Et quelques semaines durant, il va observer, questionner, descendre dans les caves à la rencontre de ceux qui s'y terrent, s'interrogeant lui-même, méditant sur la souffrance et l'angoisse, la haine et la culpabilité. Peu à peu prend forme Automne allemand, ce livre qui, depuis sa parution en 1980, en révélant un aspect essentiel de l'oeuvre de l'écrivain suédois, n'a cessé de s'imposer comme un témoignage de première force sur les conséquences de la défaite allemande et le destin de l'Europe.
Thomas Frank écrit régulièrement pour Le Monde diplomatique des articles d'analyse sociale et politique de la situation américaine. Déjà paru en français: Le Marché de droit divin (Agone, 2003).
Aux Forges de Clabecq, usine sidérurgique située près de Bruxelles, pour Silvio et ses collègues, le quotidien, c'est d'abord le combat contre les attitudes de résignation et de peur. Rapidement élu délégué syndical en charge des questions d'hygiène et de sécurité, Silvio témoigne de trente ans de luttes pour améliorer les conditions de travail, pour combattre le racisme et pour empêcher la fermeture annoncée du site. Son mandat syndical, Silvio le voit comme un moyen de faire vivre "esprit de Clabecq". Pour mener leurs combats, c'est sur leurs propres forces et sur leur connaissance de leur métier que les ouvriers de Clabecq s'appuient. Quitte à mettre de côté l'appareil syndical sitôt qu'il déclare ne plus rien pouvoir pour eux. Par sa confiance jamais démentie dans le potentiel émancipateur de sa classe, Silvio donne une leçon salvatrice d'optimisme militant.
Kraus Karl ; Deshusses Pierre ; Bouveresse Jacques
ET SI SURTOUT la perte de la culture n'était pasachetée au prix de vies humaines ! La moindre d'entre elles, ne serait-ce même qu'une heure arrachée à la plus misérable des existences, vaut bien une bibliothèque brûlée. L'industrie intellectuelle bourgeoise se berce d'ivresse jusque dans l'effondrement lorsqu'elle accorde plus de place dans les journaux à ses pertes spécifiques qu'au martyre des anonymes, aux souffrances du monde ouvrier, dont la valeur d'existence se prouve de façon indestructible dans la lutte et l'entraide, à côté d'une industrie qui remplace la solidarité par la sensation et qui, aussi vrai que la propagande sur les horreurs est une propagande de la vérité, est encore capable de mentir avec elle. Le journalisme ne se doute pas que l'existence privée, comme victime de la violence, est plus près de l'esprit que tous les déboires du négoce intellectuel. Et surtout cet univers calamiteux qui occupe désormais tout l'horizon de notre journalisme culturel.
Fields Barbara J. ; Fields Karen E. ; Crépin Xavie
Les deux brillantes chercheures que sont Barbara et Karen Fields traitent ici de ce qu'elles appellent le «racecraft» et de son importance dans la société états-unienne. Lorsqu'une personne noire est tuée par un policier, les états-uniens s'accordent spontanément pour dire qu'il a été tué «à cause de sa couleur de peau». «Etrange causalité», constantent les deux auteures, qui s’attellent ici à l'âpre tâche de démêler les fils de ce raisonnement confus aux airs d'évidence. Cette causalité illusoire, c'est celle du «racecraft». Ce mot forgé à partir de «race» et de «witchcraft» (sorcellerie) désigne ici la croyance en une forme de performativité de la «race», semblable à la croyance en l'efficacité réelle de la «sorcellerie». Invoquant l’histoire et l’anthropologie, les sœurs Fields analysent avec sérieux l’idée sociale de « race », de sa genèse à sa reproduction, en passant par ses effets. Robin