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Troisième nuit de Walpurgis
Kraus Karl ; Deshusses Pierre ; Bouveresse Jacques
AGONE
28,40 €
Épuisé
EAN :9782748900132
ET SI SURTOUT la perte de la culture n'était pasachetée au prix de vies humaines ! La moindre d'entre elles, ne serait-ce même qu'une heure arrachée à la plus misérable des existences, vaut bien une bibliothèque brûlée. L'industrie intellectuelle bourgeoise se berce d'ivresse jusque dans l'effondrement lorsqu'elle accorde plus de place dans les journaux à ses pertes spécifiques qu'au martyre des anonymes, aux souffrances du monde ouvrier, dont la valeur d'existence se prouve de façon indestructible dans la lutte et l'entraide, à côté d'une industrie qui remplace la solidarité par la sensation et qui, aussi vrai que la propagande sur les horreurs est une propagande de la vérité, est encore capable de mentir avec elle. Le journalisme ne se doute pas que l'existence privée, comme victime de la violence, est plus près de l'esprit que tous les déboires du négoce intellectuel. Et surtout cet univers calamiteux qui occupe désormais tout l'horizon de notre journalisme culturel.
Ce livre est le premier recueil d?aphorismes de Karl Kraus (1874-1936). Paru en 1909, ce volume (suivi de deux autres en 1912 et 1918) rassemble des aphorismes parus dans son journal, Die Fackel, dont il était le seul rédacteur et dont les numéros oscillaient entre 4 et 350 feuillets, selon l?importance de l?actualité.Partant de la femme, de la différence entre l?homme et la femme, ce recueil se conclut par un retour sur l?enfance. Entre les deux il y a toute la panoplie du monde: la morale, l?érotisme, le christianisme, la presse, le théâtre, la politique, la bêtise, etc. La succession des thèmes y est autant désinvolte que réfléchie. Il ne s?agit pas en effet d?un recueil disparate, une simple succession de bons mots mais d?un véritable traité: à la fois système du monde et sa déconstruction.Kraus révèle ici en raccourci tout le chatoiement de sa pensée: il est irritant et enthousiasmant, réactionnaire et progressiste, injuste et pertinent. Impertinent toujours!Contrairement à ce que laisserait penser son titre, qui induit une pensée ramassée en quelques mots, on trouve dans Aphorismes des réflexions qui font parfois plus d?une page, comme si Kraus se moquait lui-même du cadre qu?il se donnait: « Un aphorisme n?a pas besoin d?être vrai, mais il doit dépasser la vérité. » Ou encore: « L?aphorisme ne recouvre jamais la vérité; il est soit une demi-vérité, soit une vérité et demie. » On sent là une pensée en gestion, résolue à ne pas se fixer sur une vérité unique mais cherchant l?équilibre du monde dans l?oscillation perpétuelle des choses.
Quand les jours n'entendraient plus, il y aurait au-delà une oreille pour l'entendre! Je n'ai fait que comprimer cette mortelle quantité qui, incommensurable, se réclamerait de l'inconstance des jours et des journaux. Tout leur sang fut seulement encre - à présent tout sera écrit avec du sang! Voilà la guerre mondiale. Voilà à mon manifeste. J'ai tout mûrement réfléchit. J'ai pris sur moi cette tragédie qui se décompose en autant de tableaux de l'humanité en décomposition afin que l'entende l'esprit qui prend pitié des victimes, eût-il renoncé à jamais à tout lien avec une oreille humaine. Qu'il reçoive la note fondamentale de ces temps, l'écho de ma démence sanglante qui me rend, moi aussi, coupable de ces bruits. Qu'il l'admette comme rédemption
Qu'est-ce qui, venant de Karl Kraus, m'a imprégné si profondément que je ne suis plus en mesure de le dissocier de ma personne ? Il y a d'abord le sentiment de la responsabilité absolue. Elle m'apparaissait sous une forme qui confinait à l'obsession et tout ce qui n'y atteignait pas ne semblait pas mériter qu'on y consacrât une vie. Même aujourd'hui, cet exemple s'impose à moi avec une telle force que toutes les formulations ultérieures de la même exigence ne peuvent que paraître insuffisantes. Ainsi ce concept étriqué d'"engagement" qui était condamné à devenir une banalité et qui, de nos jours, prolifère partout comme une mauvaise herbe. C'est comme si, à l'égard des choses les plus importantes, on devait se trouver dans une relation comparable à celle d'un employé avec les choses les plus importantes. La responsabilité véritable est à cent degrés au-dessus, car elle est souveraine et se détermine elle-même.
« En août 1988, à la suite d'un concours de circonstances, je me suis inscrit dans un club de boxe d'un quartier du ghetto noir de Chicago. Je n'avais jamais pratiqué ce sport, ni même envisagé de le faire. Hormis les images stéréotypées que chacun peut s'en former à travers les médias, le cinéma ou la littérature, je n'avais eu aucun contact avec le monde pugilistique. Je me trouvais donc dans la situation du parfait novice. Trois ans durant, j'ai participé aux entraînements aux côtés des boxeurs du cru, amateurs et professionnels, à raison de trois à six séances par semaine. À ma propre surprise, je me suis pris au jeu, au point de passer mes après-midi au gym avant de passer entre les cordes disputer un combat officiel. Les notes consignées au jour le jour dans mon carnet de terrain (initialement pour m'aider à surmonter un profond sentiment de maladresse et de gêne physique, sans nul doute redoublé par le fait d'être le seul Blanc de la salle), ainsi que les observations, photos et enregistrements réalisés lors des tournois et "réunions" où se produisaient des membres de mon club ont fourni la matière des textes qu'on va lire. »
Le tour résolument punitif pris par les politiques pénales lors de la dernière décennie ne relève pas du simple diptyque " crime et châtiment ". Il annonce l'instauration d'un nouveau gouvernement de l'insécurité sociale visant à façonner les conduites des hommes et des femmes pris dans les turbulencesde la dérégulation économique et de la reconversion de l'aide sociale en tremplin vers l'emploi précaire. Au sein de ce dispositif " libéral-paternaliste ", la police et la prison retrouvent leur rôle d'origine : plier les populations indociles à l'ordre économique et moral émergent. C'est aux États-Unis qu'a été inventée cette nouvelle politique de la précarité, dans le sillage de la réaction sociale et raciale auxmouvements progressistes des années 1960 qui sera le creuset de la révolution néolibérale. C'est pourquoi ce livre emmène le lecteur outre-Atlantique afin d'y fouiller les entrailles de cet État carcéral boulimique qui a surgi sur les ruines de l'État charitable et des grands ghettos noirs. Il démontre comment, à l'ère du travail éclaté et discontinu, la régulation des classes populaires ne passe plus par le seul bras, maternel et serviable, de l'État social mais implique aussi celui, viril et sévère, de l'État pénal. Et pourquoi la lutte contre la délinquance de rue fait désormais pendant et écran à la nouvelle question sociale qu'est la généralisation du salariat d'insécurité et à son impact sur les espaces et les stratégies de vie du prolétariat urbain. En découvrant les soubassements matériels et en démontant les ressorts de la " pensée unique sécuritaire " qui sévit aujourd'hui partout en Europe, et singulièrement en France, ce livre pointe les voies possibles d'une mobilisation civique visant à sortir du programme répressif qui conduit les élites politiques à se servir de la prison comme d'un aspirateur social chargé de faire disparaître les rebuts de la société de marché.
Thomas Frank écrit régulièrement pour Le Monde diplomatique des articles d'analyse sociale et politique de la situation américaine. Déjà paru en français: Le Marché de droit divin (Agone, 2003).
Résumé : Les machines ressemblent à d'étranges créatures qui aspirent les matières premières, les digèrent et les recrachent sous forme de produit fini. Le processus de production automatisé simplifie les tâches des ouvriers qui n'assurent plus aucune fonction importante dans la production. Ils sont plutôt au service des machines. Nous avons perdu la valeur que nous devrions avoir en tant qu'êtres humains, et nous sommes devenus une prolongation des machines, leur appendice, leur serviteur. J'ai souvent pensé que la machine était mon seigneur et maître et que je devais lui peigner les cheveux, tel un esclave. Il fallait que je passe le peigne ni trop vite ni trop lentement. Je devais peigner soigneusement et méthodiquement, afin de ne casser aucun cheveu, et le peigne ne devait pas tomber. Si je ne faisais pas bien, j'étais élagué. Foxconn est le plus grand fabricant du monde dans le domaine de l'électronique. Ses villes-usines, qui font travailler plus d'un million de Chinois, produisent iPhone, Kindle et autres PlayStation pour Apple, Sony, Google, Microsoft, Amazon, etc. En 2010, elles ont été le théâtre d'une série de suicides d'ouvriers qui ont rendu publiques des conditions d'exploitation fondées sur une organisation militarisée de la production, une taylorisation extrême, l'absence totale de protection sociale et une surveillance despotique jusque dans les dortoirs où vivent les ouvriers. Ce livre propose quelques éléments d'analyse du système Foxconn à partir du portrait que fait la sociologue Jenny Chan d'une ouvrière qui a survécu à sa tentative de suicide en 2010. Complété par le témoignage de Yang, un étudiant et ouvrier de fabrication à Chongqing, il retrace également le parcours de Xu Lizhi, jeune travailleur migrant chinois à Shenzen, qui s'est suicidé en 2014 après avoir laissé des poèmes sur le travail à la chaîne, dans "L'atelier, là où ma jeunesse est restée en plan".