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L'île des condamnés
Dagerman Stig ; Gauffin Jeanne
AGONE
23,40 €
Épuisé
EAN :9782748901108
Après le naufrage d'un navire, sept survivants échouent sur une île uniquement peuplée de lézards et d'oiseaux. Malgré les apparentes similitudes avec le mythe de Defoe, il ne sera pas question ici de robinsonades et personne ne luttera pour sa survie. Le propos de Dagerman ne se situe pas dans ce champ-là et d'ailleurs dès le départ, l'issue fatale ne fait aucun doute : la réserve d'eau est vidée intentionnellement par l'un des naufragés et à aucun moment ces derniers ne s'organisent pour tenter de trouver de la nourriture. Le thème central de mon oeuvre est l'angoisse de l'homme moderne face à une conception du monde qui s'écroule (...) et je crois qu'une des possibilités de salut consiste à ne pas se laisser vaincre par son angoisse, ni à fuir devant soi-même, mais à affronter le danger les yeux ouverts écrit Dagerman en 1949, soit trois ans après la parution de L'île des condamnés. Et c'est effectivement l'axe autour duquel s'enroule le récit. Les cinq hommes et les deux femmes qui ont survécu au naufrage se retrouvent contraints d'affronter leur peur, leur angoisse et leur culpabilité «les yeux ouverts». Lorsqu'ils se retrouvent sur l'île, par une mécanique bien rodée chacun tente d'abord de reprendre le rôle qu'il jouait «avant». Mais la mort imprimant sa marque chaque jour un peu plus profondément, les oripeaux des conventions sociales se désagrègent vite. Tous réagissent alors de manière exacerbée et la blessure que chacun cache au fond de lui va peu à peu émerger au travers d'actes - démence, suicide, meurtre... - d'une violence irréversible. Actes dont seul le lecteur aura la clé car personne ne se rapprochera ni ne trouvera de réconfort auprès de ses compagnons d'infortune. S'ils sont condamnés, c'est aussi à prendre toute la mesure de la solitude inhérente à la condition humaine et Dagerman le souligne dans la construction même du livre. En effet, le récit se construit sur une succession de chapitres qui dressent le portrait de tous les survivants mais qui les isolent en même temps de tous les autres. Au fur et à mesure, le sens de chaque geste et de chaque parole s'éclaircit tandis que l'étau se resserre sur le groupe. Le huis-clos de L'île des condamnés agit comme une force centrifuge. Entraînés dans un tourbillon, les condamnés prennent peu à peu conscience de leur identité mais trop tard. La fuite n'est pas possible et ne le sera jamais plus. --Isabelle Yaouanc--
C'était silencieux dans la maison de grand-mère. Le petit garçon se glissait d'une pièce à l'autre. Il cherchait le silence. Le petit garçon poussait une porte, puis une autre, et écoutait. Les portes étaient lourdes et les seuils étaient hauts et dorés. Lui était petit et pas très rassuré. Dans sa poitrine, son coeur tictaquait comme une pendule affolée. Il se tenait maintenant sur le dernier seuil et, cette fois, il ferma les yeux. Il tourna la tête et tendit l'oreille vers la chambre pour écouter si c'était là que le silence était assis. Il entendait tant de choses. Il entendait un gros bateau rouler sur la mer au milieu des mugissements de la tempête. Il entendait une petite fille qui pleurait parce qu'elle était morte, et qu'on ne pouvait pas voir, car elle était enterrée sous les fleurs. Il entendait aussi les bottes de grand-père aller et venir dans la pièce en faisant craquer les larges lames du parquet. Mais le silence, il ne l'entendait pas. Biographie de l'auteur Abandonné par sa mère à la naissance, Stig Dagerman (1923-1954) a grandi chez ses grands-parents, paysans pauvres de la province suédoise de l'Uppland. Son oeuvre littéraire - notamment L'Enfant brûlé (Gallimard, 1981) et L'Ile des condamnés (Agone, 2000) - accompagne une vie de militant anarcho-syndicaliste et une importante production journalistique - dont Automne allemand (Actes Sud, 2004) et La Dictature du chagrin (Agone, 2001).
Résumé : " Il faisait une chaleur à griller du café sur les rails. Entre les traverses, le gravier du ballast renvoyait un scintillement acéré, et les épis à moitié mûrs d'un champ d'avoine languissaient de l'autre côté de la voie. Un peu plus loin, quelques maisons de bois, peintes en rouge, se serraient autour d'un mât dressé comme un cure-dents. Lourde et massive, la gare pesait sur la plaine et de petites colonnes de poussière montaient du gravillon qui recouvrait la place. Au loin, un train s'approchait, sortant de l'horizon verdoyant ".
Stig Dagerman, né en 1923, mort en 1954, a été durant sa courte carrière l'interprète et le symbole de la jeune génération qui vécut la seconde guerre mondiale dans la Suède neutre. Il fit ses débuts en 1945 avec un roman précoce sur l'angoisse en tant que mobile humain, Le Serpent, et fut immédiatement considéré comme un écrivain représentatif de son époque.
Il semble que la France ait choisi de ne retenir du Suédois Stig Dagerman que ses romans, poèmes et pièces de théâtre. Or, il paraît pourtant évident que son activité d'auteur est indéfectiblement liée à celle de militant anarcho-syndicaliste qu'il fut tout au long de sa brève existence. Cette préoccupation d'articuler les deux se retrouve d?ailleurs au c?ur de l'un des textes publiés dans ce livre (L'écrivain et la conscience). C'est donc pour lui donner la place qui lui revient que les éditions Agone ont décidé de publier ce recueil d'une quinzaine de textes (dont trois inédits) rédigés entre 1945 et 1950, parus pour la plupart dans la presse suédoise et se rapportant à l'actualité de l'immédiat après-guerre.Éditoriaux, discours, articles... ces textes journalistiques étaient devenus introuvables en France depuis leur publication en 1986 dans la revue Plein Chant. Pourtant, à leur lecture, l'actualité des propos de Dagerman reste intacte. La lucidité avec laquelle il examine ses contemporains, analyse les problèmes moraux et politiques de son époque, paraît véritablement utile pour une lecture de notre monde. Écrit en 1950 à l'occasion de la mort du roi Gustave V, le premier de ces textes (qui donne son titre au recueil) trouve par exemple d'ironiques résonances dans le traitement médiatique des récentes mésaventures d'une princesse anglaise sous le pont de l'Alma : «La semaine qui vient de s'écouler a été riche en enseignements dans la mesure où, pour la première fois, elle nous a permis de constater dans notre propre pays quelles forces effroyables se déchaînent lorsque, dans une société moderne, tous les moyens d'information sont mis en même temps au service d'une seule et unique fin : organiser le chagrin, construire un mythe».Militant et auteur, Dagerman ne peut cependant être réduit à l'une ou l'autre de ces figures, n'ayant jamais sacrifié son idéal à son art ou l'esthétique à un programme. Un exemple à méditer, aujourd'hui où le mot engagement semble vidé de son sens. --Isabelle Yaouanc
Avec les centaines de livres publiés par les combattants pour raconter les tranchées, la Grande Guerre marque l'entrée dans "l'ère du témoignage". Et Témoins est le monument fondateur de la littérature de témoignage. Cette oeuvre majeure de la littérature critique du XXe siècle a fait scandale au moment de sa première publication en 1929, et elle provoque encore aujourd'hui des débats très vifs. Sa manière de mettre au premier plan la simple vérité du témoignage heurte de plein fouet les visions enchantées de la guerre colportées par la littérature. En dressant le témoin face au littérateur de métier, en sommant les historiens de lui faire une juste part, le livre de Norton Cru dérange depuis presque cent ans les règles établies dans le monde intellectuel.
Thomas Frank écrit régulièrement pour Le Monde diplomatique des articles d'analyse sociale et politique de la situation américaine. Déjà paru en français: Le Marché de droit divin (Agone, 2003).
Stephen Mumford montre que la popularité universelle du football n'a rien d'accidentel et ne s'explique pas uniquement par des facteurs sociaux ou quelque contingence historique : sa popularité tient à la nature même de ce jeu. En répondant avec une rare clarté aux questions que les discussions passionnées sur le football n'ont de cesse de soulever, Football. La philosophie derrière le jeu permet de mieux comprendre le "beau jeu" : quelle place y occupe la chance ? Quelle est la relation des individualités d'une équipe à ce tout dont elles font partie ? Quel est la fonction de l'entraîneur et des schémas tactiques ? En quoi le football a-t-il particulièrement à voir avec l'espace ? En quoi consiste la beauté de ce sport ? Quelle est sa relation avec la victoire et la compétition ?
Le tour résolument punitif pris par les politiques pénales lors de la dernière décennie ne relève pas du simple diptyque " crime et châtiment ". Il annonce l'instauration d'un nouveau gouvernement de l'insécurité sociale visant à façonner les conduites des hommes et des femmes pris dans les turbulencesde la dérégulation économique et de la reconversion de l'aide sociale en tremplin vers l'emploi précaire. Au sein de ce dispositif " libéral-paternaliste ", la police et la prison retrouvent leur rôle d'origine : plier les populations indociles à l'ordre économique et moral émergent. C'est aux États-Unis qu'a été inventée cette nouvelle politique de la précarité, dans le sillage de la réaction sociale et raciale auxmouvements progressistes des années 1960 qui sera le creuset de la révolution néolibérale. C'est pourquoi ce livre emmène le lecteur outre-Atlantique afin d'y fouiller les entrailles de cet État carcéral boulimique qui a surgi sur les ruines de l'État charitable et des grands ghettos noirs. Il démontre comment, à l'ère du travail éclaté et discontinu, la régulation des classes populaires ne passe plus par le seul bras, maternel et serviable, de l'État social mais implique aussi celui, viril et sévère, de l'État pénal. Et pourquoi la lutte contre la délinquance de rue fait désormais pendant et écran à la nouvelle question sociale qu'est la généralisation du salariat d'insécurité et à son impact sur les espaces et les stratégies de vie du prolétariat urbain. En découvrant les soubassements matériels et en démontant les ressorts de la " pensée unique sécuritaire " qui sévit aujourd'hui partout en Europe, et singulièrement en France, ce livre pointe les voies possibles d'une mobilisation civique visant à sortir du programme répressif qui conduit les élites politiques à se servir de la prison comme d'un aspirateur social chargé de faire disparaître les rebuts de la société de marché.