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L'écrivain et son critique : une fratrie problématique
Chardin Philippe ; Rousseau Marjorie
KIME
35,00 €
Épuisé
EAN :9782841746507
On n'est jamais si malheureux qu'on croit" ! Les écrivains des siècles précédents, surtout ceux du XIXe siècle, auront passé leur temps à déplorer l'existence de ces individus détestables, de ces tyrans ignares, de ces parasites impuissants qu'étaient à leurs yeux les critiques ; et voici que leurs successeurs du début du XXIe siècle se mettent à pleurer en choeur la disparition (dans laquelle ils voient l'un des plus graves symptômes du déclin de la littérature) de ce personnage indispensable ! Cet ouvrage comparatiste de synthèse aborde sous des angles multiples - chronologiques avec une dominante qui va du XVIIIe au XXIe siècles, génériques en prenant notamment en compte non seulement le roman auquel sont consacrés la majeure partie des articles mais aussi le théâtre et la poésie, géographiques en incluant par exemple l'Amérique latine, l'Estonie ou l'Inde - les rapports ambivalents de ces frères ennemis qui n'en font parfois qu'un seul, ainsi lorsque le critique universitaire se transforme à son tour en écrivain, un phénomène sur lequel se penche Jacques Body : "la littérature comparée mène à tout, même à la littérature". Une attention particulière est prêtée aux mises en scène fictionnelles des relations entre l'écrivain et son critique (notamment dans les romans de Nabokov ou dans Possession d'Antonia Byatt), aux effets de l'intervention de ces critiques particuliers que sont le censeur ou le juge (sujet en particulier de l'article d'Hélène Maurel-Indart), ainsi qu'à ce genre hybride de la fiction critique qui s'est développé durant ces dernières décennies. Les réflexions générales de Daniel-Henri Pageaux s'appuient sur la "critique recréante" pratiquée par l'Ecole de Genève, celles d'Yvan Leclerc sur l'hostilité de Flaubert à la critique et celles de Frédérique Toudoire-Surlapierre sur un ensemble de textes modernes quant à eux plutôt favorables à ceux que Genette appelle "des créateurs sans création".
L?écrivain Vladimir Nabokov, de par son jeu autour de l?enchâssement des motifs et de sa tendance à la mystification, ne cesse de fasciner le lecteur jusqu?à provoquer son indignation. Ce sentiment apparaît tout particulièrement au lendemain de la parution des romans Lolita (1955) et The Original of Laura (2009) qui, pour des raisons différentes, sont à l?origine d?un véritable scandale. Face à d?aussi vives émotions, les auteurs de l?ouvrage proposent, dans un esprit de méthode, une mise au point quant aux réactions suscitées à la sortie des deux livres. Spécialistes de l?oeuvre de Nabokov et/ou de narratologie, ils étudient ainsi les liens entre le premier roman de Nabokov, qui lui permit de devenir célèbre aux Etats-Unis, et la publication inachevée et posthume de l?écrivain, et ce en dépit de la volonté de ce dernier de voir le roman détruit au lendemain de sa mort. Ces réflexions, qui se distinguent par leur complémentarité, tournent autour d?une question qui s?impose, celle de l?effacement. Ce livre est donc susceptible d?apporter une aide appréciable aux chercheurs et aux étudiants initiés à la poétique de Nabokov dans la mesure où il contribue à approfondir l?analyse des réseaux intertextuels, génétiques, esthétiques et éthiques de deux romans considérés comme inconvenants.
Résumé : L'?uvre de Musil qui jusqu'à présent a surtout donné lieu de la part de la critique française à des ouvrages d'orientation philosophique sera abordée ici d'un point de vue essentiellement littéraire, dans un contexte européen. Chaque chapitre étudiera un aspect différent de cette ?uvre capitale qui est loin de se réduire à L'Homme sans qualités à partir de problématiques comparatistes successives qui mettront les livres de Musil en rapport avec ceux de Flaubert (" la bêtise consiste à vouloir conclure "...), de Dostoïevski (l'application laborieuse du " tout est permis "...), de Joyce, de Proust et de James (" les désarrois " dans les nouveaux romans de formation), d'André Breton et des surréalistes (les représentations de la folie et de ses " sympathisants "), de Valéry (la vision de l'Europe et la conception " extraterritoriale " du rôle de l'intellectuel)... D'autres questions rarement posées à propos de cette ?uvre comme celle des formes brèves - importante malgré les apparences ! - ou des rapports entre le livre et la vie (" parler comme un livre ", persiflait le jeune Musil, " vivre comme on lit ", propose son héros Ulrich) complètent cet essai que conclut une évaluation des pouvoirs respectifs de la littérature et de la philosophie selon un écrivain qui disait " accorder à la littérature une importance qui dépasse de beaucoup celle des autres activités humaines ".
Pour quelles raisons, malgré son intérêt bien connu pour la science et pour la philosophie, Musil affirmait-il "accorder à la littérature une importance qui dépasse de beaucoup celle des autres activités humaines" ? Ce livre de synthèse procède par approches comparatistes mettant en rapport, à partir de problématiques qui touchent à des domaines essentiels pour sa pensée et pour son écriture, l'oeuvre de Musil et celle de grands écrivains européens envers lesquels ce contempteur de toute concession à la facilité en littérature n'a pour une fois pas fait preuve de sa sévérité habituelle : Flaubert ("la bêtise consiste à vouloir conclure"), Dostoïevski ("le "tout est permis" et son application problématique"), Claudel (le "théâtre de la nécessité"). Ce livre rapproche aussi l'auteur de L'Homme sans qualités de certains de ses grands contemporains, en particulier de Marcel Proust, d'André Breton, de Joseph Roth. Il tente enfin de traiter, en examinant l'ensemble d'une oeuvre immense (nouvelle, théâtre, petites proses, essais, journaux) qui est loin de se réduire à L'Homme sans qualités et aux Désarrois de l'élève Törless, des questions souvent négligées à son propos, celle de sa conception originale du théâtre, celle de sa maîtrise des formes brèves dans lesquelles ce maître du roman monumental et inachevé excellait paradoxalement, celle - que Musil s'est souvent lui-même posée de manière fort intéressante - des rapports entre le corps et la pensée ou entre l'art et la vie, questionnement constant qu'a pu masquer la réputation de pur "Monsieur Teste" qu'on a parfois abusivement faite à un auteur de livres sensuels, violents et passionnés.
Résumé : De la phrase au texte et à l'oeuvre, la forme brève représente, dans son principe même d'écriture, une visée de densité et une puissance singulière de sens, en deçà des divers genres qu'elle peut investir et de ses modalités historiques ? brevitas antique, idéal classique de plénitude et d'universalité, goût romantique pour le fragment, esthétique contemporaine de la rupture et de l'éclatement. Quelle force propre la brièveté renferme-t-elle, par quoi s'impose-t-elle, quel genre d'adhésion suscite-t-elle ? Ses pouvoirs présentent un large spectre, de la séduction exercée par la piquante ingéniosité d'une épigramme ou l'"obscure clarté" d'un aphorisme, jusqu'aux injonctions du slogan et de la "parole autoritaire". Si la brièveté représente parfois le moyen d'avoir le dernier mot ou d'imposer le silence, de dominer l'autre par une formule lapidaire et par la clôture du sens, elle donne aussi beaucoup à entendre et à penser, elle stimule souvent la réflexion et l'interprétation. Telles sont les questions étudiées ici à travers vingt et une contributions littéraires, qui portent sur des domaines variés : les modèles latins (épigrammes de Catulle et Martial, sentences de Sénèque, "Distiques de Caton"), la maxime classique comme énoncé de vérité (La Rochefoucauld) avec ses réécritures ludiques (Lemaitre et Bénabou) ; le rôle de l'emblème dans l'Espagne du Siècle d'Or, notamment dans l'esthétique des Vanités, sa fonction aussi dans le savoir médical au XVIIe siècle ; les "remarques" incisives de Nodier sur les dictionnaires, les préceptes de concision dans l'enseignement rhétorique au XIXe siècle, les aspects du bref dans l'oeuvre de Claudel, le court et le long dans l'échange épistolaire (avec le cas de C. Pozzi et P. Valéry) ; en poésie, les performances de l'abrègement (Queneau, Derème), le lien entre aphorisme et photographie chez Jacques Roubaud, l'art du peu chez Philippe Denis ; dans le genre narratif enfin, les poétiques du récit bref (Jean-Pierre Camus, Gogol, Poe, Melville), la remise en cause des normes romanesques dans les "récits de fille" (Huysmans, E. de Goncourt) et dans la nouvelle (Tchekhov, Schnitzler, Pirandello, Joyce).
Faye Emmanuel ; Lassègue Jean ; Rastier François ;
Bien au-delà de la seule philosophie, le débat à Davos en 1929 entre Cassirer et Heidegger a marqué l'histoire des idées. Il a même donné naissance à des récits passablement légendaires qui négligeaient le contexte historique précis. Un nouveau regard s'impose, à la lumière des oeuvres publiées depuis lors. Les vingt-cinq tomes de l'édition allemande de référence de Cassirer ne sont disponibles que depuis 2007. S'y s'ajoutent les dix-sept tomes du Nachlass depuis 2017. Des 102 volumes de la Gesamtausgabe de Heidegger, édition de référence mais sans garantie scientifique, moins d'une dizaine reste programmée, mais d'ores et déjà la publication des cinq premiers volumes des Cahiers noirs a permis d'engager une relecture critique de l'ensemble. C'est donc à présent seulement que l'on peut véritablement évaluer les projets contrastés des deux auteurs. Leurs enjeux intéressent notamment le statut de la rationalité et des sciences, en particulier celles de la culture, aussi bien que le statut de la technique parmi les formes symboliques. Et tout autant, l'opposition entre la démocratie et la théologie politique ; entre la légitimité du cosmopolitisme et l'ontologie identitaire ; enfin, entre la possibilité même d'une éthique ou son rejet de principe. Tous ces thèmes contradictoires exigent aujourd'hui une révision critique, non seulement rétrospective, mais aussi ancrée dans le présent. Car au-delà même de la philosophie, des courants de pensée et des forces politiques en Europe et dans le monde poursuivent ces deux voies qui s'opposent aujourd'hui.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.