Les XIXe et XXe siècles voient l'institutionnalisation des sciences humaines et une large redéfinition de la place des femmes dans les sociétés occidentales. Les articles réunis dans cet ouvrage tentent de comprendre comment, dans ces contextes renouvelés, une femme devient une intellectuelle ou une productrice de savoir - certains considérant qu'elle peut venir faire concurrence à la science la plus instituée -, mais aussi les différents rôles qu'elle incarne : de l'auteure à la muse, en passant par la collaboratrice dévouée. Toutes les femmes dont il est question ici ont eu à affronter ou à contourner des obstacles liés aux pratiques discriminantes propres à la société dans laquelle elles vivaient. Elles ont de ce fait sans doute plus que d'autres vécu le paradoxe de sciences qui se réfèrent à l'Homme comme à un universel tout en construisant dans la théorie et dans la pratique une inégalité entre les sexes. Certaines ont pris conscience de ce paradoxe soit pour en jouer au nom d'une égalité de tous les êtres humains, soit pour le dénoncer. D'autres semblent l'avoir ignoré ou bien encore avoir accepté une répartition des rôles entre les hommes et les femmes. Se sont alors constitués des domaines réservés à la " science féminine " ; les sciences de l'enfance sont ainsi très vite apparues comme une création et un apanage des femmes. Les auteurs de ce livre s'interrogent sur une éventuelle spécificité de la contribution des femmes aux sciences de l'homme, sans toutefois chercher à substituer à une histoire des " grands hommes ", à juste titre critiquable, une histoire des " femmes illustres ". Il importait de ne pas isoler des pionnières ayant pu laisser dans l'histoire plus de traces que d'autres, et de mettre en relation portraits individuels et portraits de groupe, trajectoires célèbres et trajectoires obscures.
Comment les rêves sont-ils devenus des objets de science? Pourquoi des savants se sont-ils intéressés à leurs songes et appliqués à les noter minutieusement? Centré sur l'Europe francophone, ce livre prend comme objet d'étude une figure qui s'affirme au cours du XIXe siècle et se perpétue jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, celle du "savant rêveur". Dans un but scientifique, philosophes, médecins et psychologues, niais aussi amateurs cultivés, utilisent leurs propres exemples pour construire une psychologie fondée sur les rêves, interprétés comme résultant de perceptions extérieures transformées, d'impressions intimes, parfois sexuelles, ou d'associations d'idées. Ces expériences nocturnes leur apparaissent principalement comme des retours d'un passé soit récent, soit très ancien, demeuré le plus souvent inconscient. Par ailleurs, on continue à donner aux visions nocturnes un sens prémonitoire, en particulier dans les clefs des songes, largement diffusées à l'époque. Enfin, lors de la Grande Guerre, les consigner par écrit devient un précieux refuge pour fuir une réalité vécue comme un cauchemar. En permettant de redécouvrir les "nuits savantes" de personnages comme Maury, Hervey de Saint-Denys, Tarde, Delbaeuf ou Halbwachs, l'auteur propose une histoire inédite des rêves et revient sur les débuts de la psychanalyse. Jacqueline Carroy montre que Freud, savant rêveur de son temps, a suivi les pas de ses prédécesseurs, tout en posant les bases d'une nouvelle approche des songes. Cet ouvrage novateur exhume des conceptions et des pratiques aujourd'hui oubliées, bien qu'à l'origine de notre modernité.
Sous-bibliothécaire à l'Institut puis directeur des Archives nationales, membre de l'Académie des inscriptions et belles lettres et professeur au Collège de France, Alfred Maury (1817-1892) fut une figure centrale de la vie intellectuelle du Second Empire et des premières années de la Troisième République. Ses travaux d'archéologie et d'histoire des croyances firent sa réputation académique. Mais il mena des recherches dans bien d'autres domaines, tels que la géographie, l'anthropologie, la psychiatrie, la psychologie. Il consacra trente années de sa vie à observer ses propres rêves et son ouvrage, Le Sommeil et les rêves (1861), fit date dans l'histoire des savoirs. Il constitua par exemple une référence majeure pour Proust et Freud. La diversité des recherches de Maury et leur reconnaissance par des milieux aussi divers que les médecins aliénistes, les psychologues, les historiens érudits ou les romanciers permet de s'interroger sur ce que pouvait signifier, autour de 1860, l'expression " sciences de l'homme ". L'?uvre de cet auteur si célèbre en son temps - et depuis lors si oublié - implique en effet de restituer la logique qui permettait de penser les savoirs sur l'homme et sur les sociétés comme un tout, en un temps où les disciplines actuelles n'avaient pas encore acquis leur autonomie.
Carroy Jacqueline ; Richard Nathalie ; Vatin Franç
Il semble évident que les sciences humaines ont l'homme pour objet. Pourtant, dans les années 1960, cette idée fut mise à mal, notamment par Michel Foucault. Cet ouvrage, produit d'un colloque qui s'est tenu en juin 2010 au Centre international de Cerisy-la-Salle à l'initiative de la Société française pour l'histoire des sciences de l'homme, reprend cette question dans une perspective historienne. Il part du constat que, souvent, les sciences humaines ont évité la notion générique d'Homme au profit d'artefacts conceptuels disciplinaires : l'homo economicus de la science économique, la race ou l'ethnie de l'anthropologie, le fait social de la sociologie durkheimienne, l'inconscient de la psychanalyse, la structure de la linguistique moderne, etc. A rebours, le projet d'une science unifiée de l'homme a pris une connotation d'amateurisme scientifique, voire de pure idéologie. Mais l'Homme, évincé par la porte du savoir académique, ne revient-il pas dans le débat par la fenêtre ? Armé chacun de sa tradition disciplinaire propre, mais tous soucieux du dialogue transdisciplinaire, les quatorze auteurs réunis ici se sont collectivement penchés sur cette question. Cet ouvrage, qui ne saurait clore le débat, est une contribution importante à l'histoire des sciences humaines qui éclaire leurs questionnements présents.
A l'heure où la question du statut des psychothérapeutes est d'actualité, il peut être urgent de prendre du recul et de s'interroger sur un passé des psychothérapies. Ce numéro regroupe des contributions d'historiens qui analysent l'invention du mot de psychothérapie, les racines religieuses et rhétoriques d'une pratique très ancienne, la création du vocable de psychologie clinique, ou encore qui font revivre des thérapeutes qui furent ou sont importants, mais oubliés ou controversés, comme Baudouin et Jung. Des psychanalystes proposent de questionner un passé que l'on croyait bien connaître et que l'on ne connaissait pas vraiment, ou pas du tout. D'où vient le divan et pourquoi Freud refusa-t-il obstinément de parler de tableau clinique ? Pourquoi Ferenczi fit-il figure et continue-t-il à faire figure d'enfant terrible ou de " singe savant " de la psychanalyse ? Comment évoquer l'aventure du traitement des traumatismes de guerre par Rivers après 1914 ? C'est enfin à une histoire en train de se faire que nous convient d'autres praticiens, qui proposent de s'interroger sur une articulation entre psychique et social, et d'adopter une perspective intégrative. Autant d'histoires de psychothérapies et de psychothérapeutes dont on peut espérer qu'elles paraîtront inattendues, étonnantes ou risquées...
Ce livre présente la réalité des soins palliatifs en conjuguant les apports philosophiques et la pratique clinique. Il tient compte du contexte sociétal (entre rejet de la mort et admiration), et fait part des ressentis des professionnels et des personnes. Plusieurs décennies après leur émergence, les soins palliatifs semblent avoir acquis leur place dans l'univers sanitaire et social. Cependant, il existe encore des freins à leur pleine reconnaissance. Cette réalité est surtout liée à leur objet même : la mort, dans une société où la performance et la rentabilité restent centrales. Dans ce contexte, comment valoriser une discipline qui affronte le corps abîmé, la dépendance à autrui, la souffrance, l'agonie ? Ce livre aborde cette question en s'arrêtant particulièrement sur l'affect de la honte, présent aussi bien chez les patients que chez les professionnels. Il y a en effet de la honte dans cette clinique des franges, cette médecine particulière qui soigne sans guérir. Elle constituerait même, avec la douleur, un des enjeux majeurs de ce champ. Le sentiment d'indignité vécu par les personnes en fin de vie est un autre enjeu essentiel, car il implique une détresse qui peut faire préférer la mort. L'auteure aborde cette réalité des soins palliatifs en mettant en avant l'importance de la réflexion éthique, philosophique et psychanalytique pour parvenir à appréhender la souffrance humaine face à l'approche de la mort. A ces repères réflexifs s'ajoutent des repères cliniques, avec la présentation de nombreuses situations rencontrées, qui permettent de mieux comprendre ce que vit la personne lors de sa dernière expérience de vie. Les soins palliatifs sont aussi inscrits dans une réalité sociétale et connaissent le paradoxe de constituer une part honteuse de celle-ci, tout en suscitant l'admiration. Ainsi perdurent de la confusion et des conflits, parfois au sein même de la profession, tiraillée entre la médecine technoscientifique et la nécessité de prendre soin de la personne dans sa globalité. Ce livre s'adresse aux professionnels de soins palliatifs, qui y trouveront une voie pour considérer leur discipline avec le recul éthique propice à l'ouverture à soi et à autrui. Ils y verront aussi des pistes de réflexion pour oeuvrer à sa reconnaissance, avec des luttes toujours à mener, d'ordre clinique, politique et sociétal. Cet ouvrage s'adresse également à toute personne attentive à la question de la fin de vie qui soulève sans cesse des débats publics. Chacun est concerné par cette question car nous partageons une commune finitude.
La société se transforme et avec elle l?hôpital, qui est un lieu où se côtoient des populations diverses, aux différences multiples, notamment culturelles. Cette pluralité rejaillit sur les phénomènes communicationnels et les relations entre personnes soignées et soignantes, mais aussi entre les professionnels eux-mêmes. L?hôpital est également une organisation contraignante, marquée par les normes et la standardisation ainsi que par une logique économique toujours plus prégnante. Quelle influence la diversité culturelle a-t-elle sur la communication au sein des équipes soignantes et comment le travail collectif s?élabore-t-il dans ce contexte général ? Pour répondre à cette question qui impacte la qualité du travail, ce livre se centre sur les interactions au sein des équipes soignantes, qui sont mises en exergue lors des moments de relève interéquipe. Ces moments sont indispensables pour l?organisation du travail, la continuité des soins et la régulation des actions mises en oeuvre. Les relèves rassemblent des infirmières, des aides-soignantes et des cadres de santé, qui réalisent en coopération ou en collaboration les soins directs aux patients. Les moments d?échanges ou de points entre infirmières et médecins sont aussi abordés. Les nombreuses observations de telles relèves et les nombreux entretiens menés ont montré des difficultés certaines à échanger mais aussi à travailler ensemble pour ces équipes marquées par la pluralité des cultures et origines. L?étude révèle ainsi que des formes de discrimination tacites ou manifestes, plus ou moins assumées, portant sur l?appartenance professionnelle ou l?origine, existent au sein des équipes comme entre patients et professionnels. Les relations ne sont pas exemptes de non-dits et de préjugés qui peuvent nuire au travail collectif. Il est ici du ressort des cadres de santé de favoriser l?harmonie au sein des équipes, car prendre soin de la communication entre professionnels, c?est veiller à ce qu?ils puissent prendre soin au mieux des patients. La diversité culturelle et l?hétérogénéité des membres d?une équipe de soins constituent une source d?enrichissement des pratiques, à condition que les échanges entre chacun soient de qualité et respectueux et que des dérives ne puissent pas s?installer : le moment de la relève interéquipe est l?un des plus favorables à l?exercice de cette veille. Ce livre s?adresse à l?ensemble des équipes soignantes soucieuses d?organiser et de construire ensemble le sens de leurs actions.
Les établissements de soins connaissent souvent des difficultés organisationnelles, tandis que le sentiment que le travail est de plus en plus contraint se répand. Nombre de professionnels ressentent que la finalité de ces structures, prodiguer des soins, peut être négligée au profit des moyens de fonctionnement. Dans ce contexte, le rôle des cadres de santé de proximité est crucial pour veiller à la qualité des soins et instaurer une ambiance propice au prendre soin. Il s'agit pour eux de soutenir et d'éclairer des professionnels qui côtoient au quotidien la complexité et la singularité humaines. Les auteurs, exerçant en tant que cadres des services, formateurs ou directeurs des soins, proposent dans ce livre des approches en vue de favoriser l'éthique organisationnelle dans les établissements de soins. Ils fournissent des apports réflexifs sur les fonctions managériales, sur les différents rôles et postures des cadres de santé. Ils font aussi part de démarches expérimentées sur le terrain pour dynamiser le travail des équipes, comme la démarche participative, la collégialité des décisions, etc. Leurs propos s'appuient sur des recherches réalisées dans divers secteurs des soins. Le descriptif de l'organisation de pratiques innovantes visant à améliorer la qualité du fonctionnement des équipes et des soins prodigués, de l'élaboration du projet à sa mise en place et au suivi de son évolution, peut servir de référence aux acteurs de terrain. Accompagner dans la proximité les professionnels requiert de la sensibilité, une intelligence de situation ainsi qu'une vigilance éthique constante. Cet ouvrage fournit des repères pour les cadres qui sont dans une posture à la fois délicate et essentielle pour contribuer à assurer des pratiques porteuses de sens et des soins de qualité.
Cours introductif pour les formations aux métiers du soin et de la santé Les programmes de formation aux différents métiers de la santé ont de nombreuses exigences : quelle que soit leur filière, les étudiants sont censés comprendre et assimiler des données théoriques et scientifiques de plus en plus volumineuses et diversifiées. La question du sens de leur projet professionnel et de leur future activité ne saurait cependant se laisser submerger par la masse des informations à maîtriser. L'intensité de cette question personnelle du sens ne peut non plus être absorbée par la technicité de la discipline philosophique. L'ambition de ce livre de cours est de relever le défi, éthique et pédagogique, d'amener le lecteur, futur praticien des soins et non philosophe professionnel, à entrer dans un questionnement philosophique personnel. L'abord philosophique et anthropologique du corps constitue un point de départ adapté pour se lancer dans un tel questionnement. Il s'agit de chercher à comprendre le sens de l'espace, du mouvement, de l'effort, des apparences corporelles, d'interroger nos attitudes et postures, privées et professionnelles. Trop longtemps, le corps a été un objet tabou de la philosophie, alors qu'il est l'objet central des pratiques de soins. Il est temps de prendre la mesure de notre existence incarnée, de notre identité vulnérable, fragile, soumise aux lois de la nature et des cultures. Penser le corps et ses possibles, dépasser le dualisme traditionnel de l'esprit et du corps, se pencher sur la question du corps objet/sujet, insister sur la place des affects, autant de priorités qui exigent toute notre attention aujourd'hui. Cet ouvrage contient les éléments fondamentaux d'une philosophie et d'une anthropologie du corps, tout en s'appuyant sur l'étude de textes philosophiques. En fin de chaque chapitre, le lecteur trouvera des questions lui permettant de vérifier ses acquis, un lexique et un index favorisant ses recherches. Cet ouvrage didactique s'adresse aussi bien aux étudiants inscrits en premier cycle de formation aux divers métiers du soin et de la santé qu'aux enseignants et formateurs non philosophes en recherche de repères pratiques pour penser le corps.