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Nuits savantes. Une histoire des rêves (1800-1945)
Carroy Jacqueline
EHESS
24,99 €
Épuisé
EAN :9782713223600
Comment les rêves sont-ils devenus des objets de science? Pourquoi des savants se sont-ils intéressés à leurs songes et appliqués à les noter minutieusement? Centré sur l'Europe francophone, ce livre prend comme objet d'étude une figure qui s'affirme au cours du XIXe siècle et se perpétue jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, celle du "savant rêveur". Dans un but scientifique, philosophes, médecins et psychologues, niais aussi amateurs cultivés, utilisent leurs propres exemples pour construire une psychologie fondée sur les rêves, interprétés comme résultant de perceptions extérieures transformées, d'impressions intimes, parfois sexuelles, ou d'associations d'idées. Ces expériences nocturnes leur apparaissent principalement comme des retours d'un passé soit récent, soit très ancien, demeuré le plus souvent inconscient. Par ailleurs, on continue à donner aux visions nocturnes un sens prémonitoire, en particulier dans les clefs des songes, largement diffusées à l'époque. Enfin, lors de la Grande Guerre, les consigner par écrit devient un précieux refuge pour fuir une réalité vécue comme un cauchemar. En permettant de redécouvrir les "nuits savantes" de personnages comme Maury, Hervey de Saint-Denys, Tarde, Delbaeuf ou Halbwachs, l'auteur propose une histoire inédite des rêves et revient sur les débuts de la psychanalyse. Jacqueline Carroy montre que Freud, savant rêveur de son temps, a suivi les pas de ses prédécesseurs, tout en posant les bases d'une nouvelle approche des songes. Cet ouvrage novateur exhume des conceptions et des pratiques aujourd'hui oubliées, bien qu'à l'origine de notre modernité.
Résumé : Au XIXe siècle, un imaginaire investit des phénomènes de dédoublement tels que l'hystérie et l'hypnose. Des cas de doubles personnalités occupent le devant de la scène scientifique et contribuent à rendre possible la fondation d'une psychologie française autonome. Parallèlement, comme en miroir, se constitue, entre science et fiction, une position de psychologue dédoublé. On découvrira, dans ce parcours historique, des savants équivoques et des "médecins imaginaires" aujourd'hui obscurs. Mais on y rencontrera aussi des fondateurs plus ou moins célèbres actuellement, tels que Richet, Beaunis,Tarde, Binet, Janet ou Freud, dans des personnages de poètes, de dramaturges et de romanciers inattendus, ou encore de Drs Jekyll doublés de Mrs Hyde littéraires. Ce travail contribue à éclairer le retour contemporain en France, via les pays anglo-saxons, des troubles de personnalité multiple. Par ailleurs, à travers l'évocation du rapport insistant d'une discipline naissante au théâtre et au récit, s'y dégage une question épistémologique qui pourrait demeurer d'actualité. Et si la visée d'un savoir psychologique objectif avait encore partie liée avec une ou des positions de dédoublement ?
Résumé : Au cours de l'histoire occidentale, les clés des songes se sont proposées d'apprendre à interpréter certains rêves en leur donnant un sens prémonitoire. Ce livre porte sur l'histoire de longue durée, de l'Antiquité jusqu'à Freud, d'un genre d'écrit qui revendique l'héritage de l'art d'interpréter les songes (ou onirocritique). Résolument historique et faisant appel à des spécialistes reconnus de chaque période étudiée, il suit, selon un fil chronologique, le genre des clés des songes, très lu et très vendu, sur lequel il n'y a pas eu, jusqu'à présent. de travaux de cette ampleur. Les différents chapitres explorent le style et la forme, en même temps que les usages médicaux, pratiques, prophétiques, ésotériques, religieux, personnels, ludiques, qu'ont pu avoir les clés des songes. A travers ce parcours, se dessine l'histoire d'une tradition et d'une mémoire qui se sont transmises, sédimentées et transformées, mais aussi celle d'un infléchissement de longue durée, plus ancien que ce que l'on pourrait croire. L'idée que certains rêves puissent être signes et causes de l'avenir s'est en effet déplacée aux marges de la science légitime et les clés des songes ont été rejetées dans le domaine du populaire et du superstitieux. Mais l'onirocritique a été, au même moment, partiellement réhabilitée par Freud, qui a voulu développer une nouvelle pratique et un nouveau savoir redonnant sens à toutes les visions et voix nocturnes et non plus à quelques-unes, en fonction du passé et non de l'avenir du rêveur.
Ce livre consacré à l'écriture des rêves au 19 et 20e siècle se consulte comme un abécédaire historique illustré, ludique et savant, à la manière de ce qu'étaient autrefois les Clefs des songes et autres livres d'interprétation des rêves. Il traite de la façon dont les sciences humaines et sociales, dès leur émergence au 19e siècle, se sont emparées des songes. On y trouve des entrées telles que " Haschich, rêve, folie, hystérie ", " Pollutions nocturnes, sexe ", " Songes de guerre ", ou encore " Prémonitions ", qui montrent que nous vivons aussi nos rêves comme des objets culturels, politiques et sociaux.
L'Homme poursuit l'enquête engagée dans le précédent numéro : quelle est donc cette curieuse chimère à deux têtes qui orne sa couverture depuis sa fondation ? Selon Claude Lévi-Strauss, qui l'a choisie, il s'agirait d'un "dieu Tortue" de la culture pré-colombienne Coclé, en Amérique centrale. Que sait-on de cette culture et de ses productions graphiques ? A quel genre de dieu, et à quel genre de tortue, correspond ce personnage ? Et que dire de la bicéphalité joyeuse et hypnotique qui le caractérise ? Richard G. Cooke et Carlo Severi apportent quelques éclaircissements sur ces questions. Trois "Etudes & Essais" forment le coeur de ce numéro, illustrant une nouvelle fois l'ouverture épistémologique de notre revue. Camille Chamois explore à quelles conditions ethnographiques, philosophiques et psychologiques une théorie perspectiviste peut envisager la multiplicité de points de vue d'êtres différents, humains ou non humains. Abigaël Pesses nous conduit ensuite chez les Karen de Thaïlande et nous présente un curieux motif dessiné sur l'envers d'un plateau de riz, dans lequel toute une cosmologie se voit sobrement condensée afin de guider les morts sur le chemin de l'au-delà. Sophie Blanchy et Haddad Salim Djabir, pour leur part, restituent les échanges cérémoniels qui rythment et organisent les relations entre groupes de descendance sur l'île de Mohéli dans l'archipel des Comores, de même que le processus historique de la préservation de ces usages sous l'influence de riches marchands étrangers. Laurent Berger, enfin, clôt ce numéro par un nouveau commentaire critique du livre de Charles Stépanoff, Voyager dans l'invisible. Techniques chamaniques de l'imagination (La Découverte, 2019), en réexaminant la corréla¬tion entre naissance de la hiérarchie et mode de médiation reli¬gieuse. Il est ainsi question de cosmologies, dans ce numéro, et de la matière cérémonielle et picturale par laquelle une population figure - et donc rend disponible - le monde relationnel qu'elle habite et qu'elle produit.
Remaud Olivier ; Schaub Jean-Frédéric ; Thireau Is
Que signifie l'acte de comparer pour les sciences sociales ? Dans ce volume, la démarche comparative est vue comme un éloge de la pluralité: aucune science sociale ne peut se borner à l'étude d'un seul cas. Dès lors, chaque nouveau savoir, chaque nouvel échange entre disciplines se trouvent confrontés aux fausses évidences de leur irréflexion. On tend à décréter le comparable, à stipuler l'incomparable. Comparer en sciences sociales, c'est répondre aux défis du découpage et de l'asymétrie des objets. C'est également forger les outils d'une méthode qui s'ajuste à des écarts. Cet ouvrage reflète les approches très différenciées dans lesquelles s'inscrit la comparaison. Pour les uns, celle-ci est une ressource de l'analyse; pour les autres, elle constitue la matière d'un programme de recherche. Pour tous, l'acte de comparer pose le cadre théorique de leur réflexivité scientifique. Il définit aussi l'horizon d'un langage commun. Il désigne enfin l'objet observé: des sociétés composées d'acteurs qui ne cessent de qualifier leur situation par comparaison.