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The Wire. Reconstitution collective
Burdeau Emmanuel ; Vieillescazes Nicolas
AMSTERDAM
16,00 €
Épuisé
EAN :9782350960395
Diffusée sur la chaîne HBO entre 2002 et 2008, The Wire (Sur Ecoute en français) est l'une des plus fascinantes et des plus originales séries de l'histoire de la télévision. Elle commence comme n'importe quelle série policière: une unité spéciale est créée pour démanteler un réseau de trafiquants de drogue. Mais l'opposition entre policiers et dealers s'efface bientôt, le spectateur s'apercevant que l'intrigue n'est qu'un prétexte pour montrer un espace et une population d'ordinaire invisibles à l'écran. Espaces et personnages s'agencent peu à peu pour produire une image globale de la ville de Baltimore et révéler des rapports d'interdépendance insoupçonnés (sur un mode qui peut rappeler Zola, et surtout Balzac). En outre, fait inédit à la télévision, The Wire s'articule sur un système de personnages à géométrie variable, qui se passe de héros individuel. Que ce soit sur un plan spatial ou narratif, la série privilégie donc les structures et agencements collectifs au détriment des individus. Elle porte un regard à la fois englobant et singularisé sur la société néolibérale, pose la question de l'action individuelle et collective dans un monde marqué par un degré extrême de stratification sociale et tente de repolitiser l'espace privatisé, aseptisé et standardisé de la télévision. Ce livre est le premier ouvrage français consacré à The Wire. Composé d'autant de textes que la série a eu de saisons - cinq, plus un bonus -, il étudie celle-ci dans sa progression, afin de ne pas faire de distinction artificielle entre la "forme" et le "fond", entre son esthétique et ses thématiques sociales. Il fonctionne ainsi sur deux niveaux, à la fois comme une introduction et comme une théorisation plurielle de la série.
[Le festival du film de] Locarno porte aussi une tradition de grande rétrospective: cette année, Vincente Minnelli, dont l´intégrale s'accompagne d'une monographie écrite par Emmanuel Burdeau (éditée par Capricci), qui sort le personnage du cliché du metteur en scène de comédie musicale (Un américain à Paris, Tous en Scène) sans non plus opposer cette part enchantée de l"oeuvre à son revers plus sombre, le mélo blessé (Comme un torrent, les Ensorcelés...). Il les rassemble sous un même signe, ne négligeant au passage ni la comédie (Il faut marier papa) ni les films pour la télévision encore balbutiante, écrivant le portrait d'un cinéaste hollywoodien venu au cinéma en 1942 avec une vision du monde où l'univers était comme une scène naturelle, avant d" en ressentir la division (historique notamment), jusqu'à ne plus filmer, sur le tard, que des représentations soumises au temps et à sa douleur. C'est cette aventure artistique, intellectuelle, politique même, que Burdeau redessine, dans sa cohérence, son génie, sa cruauté, repassant pour cela par la description au plus près des films: la meilleure façon de faire danser la pensée au pas de Minnelli. Les festivals produisent en général des commentaires. Locarno vient déjà de produire un grand livre. Philippe Azoury, Next, sup. de Libération. --http://next.liberation.fr/cinema/01012352552-locarno-espere-jouer-gagnant-sur-tous-les-ecrans
En cinq saisons et soixante-deux épisodes, Walter White, timide professeur de chimie d'Albuquerque (Nouveau-Mexique) transformé en baron de la drogue, est devenu une figure majeure de la culture populaire. Cet ouvrage collectif est consacré à la série dont il est le héros, Breaking Bad. Rédigé par des critiques, des historiens et des écrivains, il s'attache à décrire une formidable machine narrative et formelle. Le programme créé en 2008 par Vince Gilligan pour la chaîne AMC invente un régime inédit de vie, et surtout de survie ; il apporte un renouvellement formaliste à la télévision comme boîte et comme lieu du domestique ; il fabrique une extraordinaire galerie de personnages secondaires, à commencer par le terrible Gustavo Fring; il analyse les rapports de classe et de genre à l'ère néolibérale ; il exprime enfin, avec humour et cruauté, une profonde ambivalence morale et politique. Autant d'éléments qui font de Breaking Bad une série comptant parmi les plus fortes des années 2000.
En 2003, Wang Bing réalise A l'Ouest des rails, documentaire de neuf heures consacré à la fin d'une immense zone industrielle de la Chine. Ce film est aujourd'hui considéré à la fois comme un chef-d'oeuvre et comme un emblème des possibilités offertes par l'avènement du numérique. Wang Bing n'a cessé ensuite de travailler de la même façon, clandestinement et en s'attachant à des sujets pour le moins difficiles : la répression " antidroitière " (Fengming, chronique d'une femme chinoise et Le Fossé), l'extrême pauvreté (L'Homme sans nom et Les Trois Soeurs du Yunnan), la vie au sein d'un hôpital psychiatrique ('Til Madness Do Us Part). Dans cet entretien, le cinéaste chinois raconte son enfance, sa découverte de la politique au moment des événements de Tian'anmen, ses études, l'aventure d'A l'Ouest des rails, sa rencontre avec Fengming, les difficultés du Fossé... Il parle longuement de sa conception du cinéma, de sa méthode et des expériences partagées auprès de ceux qu'il filme. Publié à l'occasion de la rétrospective intégrale que lui consacre le Centre Pompidou, Alors, la Chine livre un témoignage incomparable sur la vie et le travail d'un cinéaste majeur. Il comporte également un essai critique d'Eugenio Renzi.
Brève histoire du néolibéralisme retrace un processus de redistribution des richesses, une "accumulation par dépossession". La financiarisation, l'extension de la concurrence, les privatisations et les politiques fiscales des États redirigent les richesses du bas vers le haut de la hiérarchie sociale. Les néolibéraux se moquent de l'enrichissement collectif. Ils lui préfèrent celui de quelques-uns, dont ils font partie. Plaider en faveur d'un "socialisme libéral" n'a aucun sens. Le néolibéralisme n'est pas une pensée du bien commun. Et pourtant, c'est de cette conception de l'action publique que nous sommes aujourd'hui à la fois héritiers et prisonniers. Le néolibéralisme s'est transformé en institutions. Ces dernières ont produit des dispositifs d'intervention publique, construits sur la durée, qui façonnent des manières d'agir et de penser. À commencer par cette quasi-règle de nos sociétés contemporaines, selon laquelle le marché serait le meilleur outil de satisfaction des besoins humains. Formulée de la sorte, la proposition étonne peut-être. Elle est pourtant le principal pilier de l'édifice. Celui que David Harvey nous invite, en priorité, à abattre.
En ce début de XXIe siècle, vingt ans après la chute des vieilles bastilles, à Berlin puis en Afrique du Sud, des murs sont construits frénétiquement aux quatre coins du monde: en Palestine, entre le Mexique et les Etats-Unis, l'Inde et le Pakistan, l'Arabie Saoudite et l'Irak, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe, la Thaïlande et la Malaisie, l'Ouzbékistan et la Kirghizie... Sans compter tous les murs intérieurs, gated communities et autres checkpoints qui partitionnent et régulent les espaces nationaux. Alors que le XXe siècle avait prétendu se clore sur la promesse d'une ère d'échanges et de prospérité, des tensions nouvelles sont apparues, entre la fermeture et l'ouverture, l'universalisation et la stratification. Et ce monde qui se pensait en termes de flux et de circulations n'a depuis cessé de mettre en place des filtres et des dispositifs, largement dématérialisés, de surveillance et de contrôle. Dans ce contexte, que peuvent bien signifier ces murs terriblement concrets, d'acier et de béton, grillagés ou couverts de barbelés, sortes de survivances d'un autre âge? S'ils se révèlent largement inefficaces sur le plan fonctionnel, leur pouvoir discursif, symbolique et théâtral est incontestable: ils fonctionnent comme les icônes d'un pouvoir souverain et d'une nation préservée. Mais là où l'interprétation dominante en déduit que ces murs sont les symptômes d'États-nations renforcés, Wendy Brown y décèle au contraire un déclin avancé de la souveraineté étatique. Et selon elle, celle-ci se redistribue au profit d'autres entités désormais plus puissantes: le capital et la religion.
La Révolution française a été taraudée par une question : comment transmettre l'événement inouï aux générations qui ne l'auront pas vécu ? Les révolutionnaires ont alors cherché à inventer des institutions civiles qui permettraient d'entretenir le souvenir, mais surtout une tenue, une manière révolutionnaire d'être au monde. Cette question, ces institutions, les lieux et les pratiques qu'elles ont fait surgir, sont autant de laboratoires sociaux sensibles pour comprendre comment l'événement depuis 1789 a été régulièrement réinvesti mais aussi dénié, renié, travesti, désinvesti, au point de devenir une sorte de "trésor perdu" pour des héritiers sans testament. La Restauration, les années 1830-1848, le Second Empire, la Commune de Paris, la Troisième République, le début du XXe siècle socialiste, les années sombres, ont métabolisé cette séquence brève dans de grandes discontinuités. Et les affrontements mortifères ont perduré de la Seconde Guerre mondiale à aujourd'hui. Loin d'une signalétique ambiguë faite de bonnets phrygiens, de bastilles à prendre et autres constituantes, ce livre invite à ne rien imiter mais aussi à ne rien négliger d'une histoire qui n'a pas été seulement libérale, d'une transmission qui n'a pas été seulement historiographique. Il invite, plus simplement, à retrouver la Révolution comme référence émancipatrice.
La réédition de L'état, Le Pouvoir, Le Socialisme, "classique" de la théorie politique dont la première édition remonte à 1978, s'inscrit dans les débats concernant les crises simultanées de l'Union européenne, du néolibéralisme et du capitalisme en général. Lire cet ouvrage aujourd'hui permet de comprendre que ces crises plongent leurs racines dans la structure des sociétés occidentales de l'après-guerre. Plus la crise économique s'approfondit, et plus le système devient autoritaire au plan politique. C'est ce que Poulantzas appelle l'"étatisme autoritaire", que l'on constate à présent au niveau européen, où des décisions affectant des millions de personnes sont prises hors de tout contrôle populaire. La seule alternative possible à ce système est le "socialisme démocratique", à savoir un socialisme qui dépasse le capitalisme sans pour autant sacrifier les libertés publiques. Avec Michel Foucault, Gilles Deleuze, et Louis Althusser, auteurs dont il discute les thèses dans cet ouvrage, Nicos Poulantzas compte parmi les penseurs des années 1960-1970 dont le rayonnement international est aujourd'hui le plus important. Alors que l'édition de théories critiques françaises et étrangères a connu une grande vitalité depuis les années 2000, il était plus que temps de faire redécouvrir cet auteur majeur.