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Histoire & Mesure Volume 31 N° 1/2016 : Varia
Bruno Anne-Sophie
EHESS
23,00 €
Épuisé
EAN :9782713225215
Un premier ensemble d'articles porte sur 1e fonctionnement des marchés fonciers et immobiliers. Jérôme Viret, analysant un corpus de ventes dans le Perche au XVIe et au XVIIe siècles, observe l'articulation entre un marché impersonnel, et majoritaire, et les stratégies intra-familiales de gestion du patrimoine foncier. David Le Bris explore les pratiques d'attribution des prêts immobiliers par le Crédit foncier au XIXe siècle, qui reposent sur une évaluation de la valeur des biens, et non du profil des emprunteurs. Loïc Bonneval interroge quant à lui, à partir du cas lyonnais, les relations complexes entre l'encadrement administratif des loyers et la mobilité des locataires au XXe siècle. Le second ensemble regroupe des textes animés par une même démarche méthodologique. Stéphanie Ginalski et Alix Heiniger mettent en lumière l'hétérogénéité des réseaux de la réforme genevoise au début du XXe siècle. La comparaison des réseaux des grandes entreprises en Allemagne, en France et aux Etats-Unis au XXe siècle permet à Paul Windolf de montrer l'existence de formes variées d'organisation du capitalisme, mais aussi leur convergence en fin de période. Enfin, l'article de Bernard Ycart revient sur la diffusion de la mode statistique à la fin des années 1830, et les réticences que suscite la représentation probabiliste de la société, à rebours d'une statistique plus descriptive alors en vogue.
Depuis que l'économie des institutions a pris son essor dans les années 1960-1970, cette approche particulière a rencontré un très large succès. Suivant cette démarche, les institutions - institutions publiques, entreprises... - ont été mises au coeur de l'analyse afin de regarder d'un oeil nouveau les marchés et les institutions précapitalistes en Europe et ailleurs, sur la longue durée. Cependant, si toutes les institutions et les formes économiques trouvent leur justification, alors comment expliquer leurs transformations, voire disparitions, et la formation de nouvelles institutions sans tomber dans une justification ex-post ? Comment mesurer l'efficacité des institutions ? Comment prouver que le changement institutionnel a été le fait de cette efficacité plus élevée ? C'est à partir de ce questionnement que nous avons décidé de demander à des auteurs travaillant sur des périodes et des régions différentes du monde de préciser le rôle des institutions et des marchés dans leurs domaines respectifs : les corvées et le travail en France au XVIIIe siècle ; le crédit au Japon au XIXe et XXe siècle ; les services et les communications en URSS ; les institutions dans l'Afrique post-coloniale.
L'histoire de la statistique et la cartographie historique ont connu un développement considérable durant les cinquante dernières années et ont largement bénéficié des avancées des sciences sociales pendant la même période, la première, par exemple, se transformant en une sociohistoire de la mesure ou de la quantification. Ces deux disciplines sont pratiquées avec bonheur en Amérique latine et ce numéro en apporte la preuve avec plusieurs travaux produits par des latino-américanistes d'Argentine, du Brésil et du Mexique et qui concernent aussi bien l'introduction du système métrique, la genèse contrastée des comptes nationaux et de la planification, l'évolution comparée des systèmes statistiques et l'émergence d'une politique de précision. Avec leurs collègues français, auteurs ou co-auteurs de deux études consacrées au recensement de la Siempre fiel Isla de Cuba et à la modernisation foncière en Amazonie brésilienne, ils montrent la fécondité d'une réflexion sur le chiffre et la carte, deux technologies particulièrement puissantes et dont les effets sur le social et le politique sont multiples.
Après un retour sur trente ans d'Histoire & Mesure, un premier dossier thématique traite de la ville médiévale et de ses bâtisseurs. Grâce à la géolocalisation des muqarnas, M. Marcos Cobaleda et F. Pirot analysent la diffusion de l'art almoravide dans la Méditerranée médiévale. Par une analyse spatiale des marques lapidaires, A. M. Yuste Galàn, J. Passini et F. Pirot reconstituent quant à eux les étapes de la construction du cloître de la cathédrale de Tolède par différents ateliers de tailleurs de pierres. Le second dossier porte sur la mesure des affaires judiciaires à l'époque moderne. B. Dauven quantifie les actes de rémission en Brabant au XVIe et au XVIIe siècle, qui témoignent de l'affirmation du pouvoir du prince dans la résolution des conflits et le contrôle des homicides. A. Peter analyse de son côté les déterminants des jugements pour faux témoignages rendus par le Parlement de Paris au XVIIe et au XVIIIe siècle, révélant leur sensibilité au contexte politique et aux caractéristiques sociales des témoins. Enfin, la cartographie sociale des organisations et des personnes engagées dans la lutte contre les fléaux sociaux, dressée par F. Cahen et A. Minard pour la France de l'entre-deux-guerres, met en évidence l'existence d'un espace commun d'engagement et d'une polarisation relative opposant un pôle "familial-moral" et un sous-ensemble associatif fondé sur l'hygiène sociale.
Ce numéro de la revue Histoire & Mesure propose cinq articles distribués selon deux axes qui structurent l'orientation scientifique. Le premier s'attache à présenter un usage raisonné des chiffres destinés à mesurer l'histoire et le second aux méthodes de traitement de données historiques. Philippe Garraud s'applique à croiser des données chiffrées des victoires aériennes remportées et des pertes de l'armée de l'Air en 1940 pour porter un nouvel éclairage au débat politique et militaire sur la représentation du rôle de l'armée de l'Air pendant la Campagne de France. Par une minutieuse étude de cas sur les usages de la rente constituées par deux familles au XVIIe siècle, Elle Haddad veut saisir le crédit nobiliaire à la fois dans l'économie domestique et dans les relations sociales dont il dépend. Enfin, Nicolas Buat entreprend une histoire des prix et des conjectures d'Ancien Régime à Paris en lien avec la flambée et l'effondrement du prix des matières premières entre 2006 et 2008, à la lumière des analyses des marchés financiers. Pour quantifier la nuisance lupine en Provence au XVIIe siècle, Eric Fabre expose une méthode de la mise en relation des " évènements loup " avec divers paramètres descripteurs du milieu (cadastres, enquêtes agricoles et démographiques). A partir d'un corpus de retraités tunisiens ayant travaillé dans la région parisienne de 1960 à 1980, Anne-Sophie Bruno propose l'emploi de méthodes d'analyse multi-niveaux, comme instrument pour affiner la réflexion sur les inégalités salariales, relançant ainsi le débat disciplinaire et scientifique sur le choix de méthodes.
Georges Guille-Escuret bouscule un des tabous de la civilisation: le cannibalisme. II soumet au crible d'une analyse incisive le regard porté par les sciences sociales sur l'anthropophagie. Entre les récits d'explorateurs, les témoignages de missionnaires et les commentaires de savants, se dessine une épistémologie à double sens, portant sur la confrontation entre la culture des peuples observés et celle des observateurs. Le cannibalisme se révèle une formidable loupe pour observer les antagonismes de pensée autour du rapport nature/culture. Il permet aussi de mettre au jour la dimension historique de l'exotisme. Ce livre, tout en réinsérant le cannibalisme parmi les sujets anthropologiques, prétend combattre efficacement l'ethnocentrisme et le mépris du "sauvage" dans la "civilisation".
Remaud Olivier ; Schaub Jean-Frédéric ; Thireau Is
Que signifie l'acte de comparer pour les sciences sociales ? Dans ce volume, la démarche comparative est vue comme un éloge de la pluralité: aucune science sociale ne peut se borner à l'étude d'un seul cas. Dès lors, chaque nouveau savoir, chaque nouvel échange entre disciplines se trouvent confrontés aux fausses évidences de leur irréflexion. On tend à décréter le comparable, à stipuler l'incomparable. Comparer en sciences sociales, c'est répondre aux défis du découpage et de l'asymétrie des objets. C'est également forger les outils d'une méthode qui s'ajuste à des écarts. Cet ouvrage reflète les approches très différenciées dans lesquelles s'inscrit la comparaison. Pour les uns, celle-ci est une ressource de l'analyse; pour les autres, elle constitue la matière d'un programme de recherche. Pour tous, l'acte de comparer pose le cadre théorique de leur réflexivité scientifique. Il définit aussi l'horizon d'un langage commun. Il désigne enfin l'objet observé: des sociétés composées d'acteurs qui ne cessent de qualifier leur situation par comparaison.
Observer, participer, comprendre, décrire sont les étapes clés du travail de l'ethnographe. Elles ont donné lieu à de véritables controverses, d'autant plus intenses que s'est accru l'engagement du chercheur dans la cité. Présentant des textes récents, mais déjà classiques, L'engagement ethnographique se lit comme une anthologie de réflexions sur le travail de terrain. Enquêter, c'est s'engager dans des activités, s'impliquer dans des échanges, collecter des informations et, dans le même mouvement, transformer des savoirs et se transformer soi-même. L'expérience du terrain est ici irremplaçable: elle permet une pensée en prise sur le concret. Et contre tout dogmatisme, elle aide à trouver de nouvelles solutions à des problèmes éthiques et politiques. Du terrain aux comptes rendus de situations sociales, l'ethnographie est, plus qu'une méthode, un art de mener l'enquête. Ses pratiques ont connu de grandes transformations, à l'épreuve de la mondialisation. Elles s'enrichissent des apports de l'histoire et de l'analyse de réseaux. De territoire circonscrit, le terrain devient flux. La tâche de l'ethnographe est désormais de suivre de site en site des personnes, des capitaux, des marchandises, des techniques, des histoires, des conflits... Il se retrouve aux avant-postes de la réflexion sur la globalisation.