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Tournants et périodes
Bonnaud Robert
KIME
21,30 €
Épuisé
EAN :9782841741939
Voici des textes-témoins d'une entreprise intellectuelle originale, un comparatisme élargi, mondialiste, attaché à mettre en évidence, à toute époque, et avant même la création du marché mondial, des tournants historiques généraux, des " parallélismes " planétaires. Les problèmes de la continuité et de la discontinuité du processus historique, des déterminismes et du hasard, des " universaux " nécessaires à la confrontation des espaces et des temps, les problèmes du progrès et de la régression sont soulevés dans ces pages. Et on y trouve des réponses à des questionnements divers, des confidences, des aperçus critiques sur des philosophes de l'histoire intéressés par les tournants et les périodes, et des notes inquiètes sur les temps actuels, le tournant que nous sommes en train de vivre.
Le livre débute dans les ratissages, les tortures et les exécutions de prisonniers. Il se poursuit par des actes de refus, - refus de la sale guerre d'Algérie, refus des lâchetés françaises de l'époque. Viennent ensuite des réflexions sur la mémoire et l'histoire de la guerre, et sur les dérives islamistes algériennes, favorisées par la compromission des valeurs rationalistes françaises et occidentales avec le colonialisme et l'occidentalisme. Un autre chapitre traite du judéocide, œuvre de l'Occident le plus " civilisé ", mais qui sert tous les jours à écraser un peu plus les Arabes, d'où, chez ces derniers, certains succès, absurdes, du négationnisme. Réhabiliter le tiers-mondisme, un tiers-mondisme hautement critique, solidement ancré dans une vision universaliste de l'histoire : le sens d'une vie, le sens de ce livre.
Résumé : Robert Bonnaud est professeur agrégé d'histoire à Marseille. Rappelé en 1956 pour servir en Algérie, il a la pensée de refuser de partir, mais il cède et séjourne chez les Nementchas où il se livre à une propagande active contre la guerre d'Algérie, tandis qu'il fraternise volontiers avec les indigènes. Au retour, il témoigne de ce qu'il a vu, cherche à faire l'union des partis de gauche pour imposer la paix, contribue à fonder l'Union de la gauche socialiste sans accepter d'en faire partie. Puis, dans les groupes de Jeune Résistance, continue inlassablement le même combat. Il est arrêté en juin 1961 et enfermé dans la prison des Baumettes. Sous le titre Itinéraire ont été rassemblées des lettres écrites d'Algérie, une correspondance avec Marius Chatignon, collaborateur de la revue Esprit, et des lettres de prison. La pensée est toujours ferme, toujours orientée dans le même sens, malgré les épreuves subies. Evidemment, on est très loin de la littérature officielle. Telle quelle, cette plaquette vaut comme témoignage d'un état d'esprit plus répandu sans doute qu'il n'y paraissait parmi les hommes du contingent ou les rappelés, mais que la prudence ou la méfiance empêchaient de se manifester. AM, Les Livres, décembre 1962.
Résumé : Le progrès humain présente, de période en période, des changements d'amplitude, des intermittences. Il présente aussi des alternances, des changements de front, de direction, des poussées successives, partiellement réglées, de tendances associées et rivales. Ce sont ces tendances, ces " éléments qualitatifs ", valeurs et anti-valeurs à la fois, forces partout et toujours présentes, inégalement présentes, qui méritent d'être désignés comme les " universaux de l'histoire ". Le premier volume de cet ouvrage (Les Alternances du progrès. Une histoire sans préférences) est paru en 1992 aux Editions Kimé. Le volume 2 paraît aujourd'hui. Un troisième volume est à paraître.
Résumé : Le progrès semble, depuis la fin de 1995, un peu moins exsangue, la régression un peu moins virulente. Mieux : depuis 1996-1997, les signes annonciateurs se multiplient d'un changement des valeurs dominantes. Le technico-économique recule devant la politique, la politique " extérieure " devant la politique " intérieure ", la liberté devant l'égalité, les ethnies devant les Etats, le moralisme devant le rationalisme, etc. Depuis l'été de 1998, depuis la déroute du capitalisme revanchard en Russie et ailleurs, le doute n'est plus permis. L'humanité aborde la partie centrale d'un véritable tournant historique.
A l'occasion du centenaire Proust, la maladie personnelle de Marcel Proust est venue occuper la scène biographique sans toujours apercevoir toute la dimension idiosyncrasique de l'oeuvre. Car l'asthme dont souffre Marcel Proust comme une maladie chronique est redoublé ici par celui du Narrateur : son corps souffre autant de la maladie d'amour que de la maladie physique, à moins que la première n'ait déclenché la seconde. Pour cela le thème de la maladie est essentiel car il vient manifester le temps dans le corps ; il met aussi en péril la permanence du moi au point d'apercevoir qu'il n'était constitué que du temps passé, incorporé. Notre étude nous conduira ainsi d'une critique de la médecine comme science du corps objet à l'avènement du thème de la guérison. L'écriture de A la recherche du temps perdu comme métamorphose de toute maladie, facilite cette conversion du vécu intime de l'amour en vécu phénoménologique dégageant l'essence de l'amour. Forme d'exorcisme, l'écriture permet à tout un chacun de se reconnaître. Le narrateur nous ressemble puisque son récit nous touche en atteignant la condition commune, celle de la souffrance.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.