Bolaño Roberto ; Amutio Robert
Texte dévasté, sorte de saison en enfer, apocalypse et acte de naissance sombre et désespérée, Anvers a été écrit en Espagne en 1980 dans le dénuement et l?illégalité. S?y concentrent les éléments qui se déploieront dans les oeuvres ultérieures de Bolaño: la violence et l'humour noir, le désir et la mort, la peur et la pitié, la parodie et l'hommage. On trouve, dans ce thriller sans solution, des cadavres et des flics, des scènes sado-masochistes, des plages balayées par l'automne méditerranéen, des campings déserts comme celui où un clandestin chilien écrit ce roman, des hallucinations, des transcriptions de cauchemars, les premiers détectives fantômes qui dérivent. Cadavre, policier, enquête, atmosphère poisseuse, suspects : tous les codes du roman policier classique sont respectés. Mais tout y est outré et bouffon, halluciné, pareil à la retranscription de cauchemars qu'on ferait des nuits durant. Un meurtre a été commis, semble-t-il, sur la côte méditerranéenne, et on pourrait croire que le récit s'attellerait à la résolution du crime, mais les éléments au lieu de s'articuler les uns aux autres et finir par donner un sens, se soulèvent, s'engloutissent sous la poussée violente de l'écriture, qui désarticule, violente, redéploie dans un nouvel ordre et redéfinit le genre noir. Il n'y a aucune concession à la recréation du sens après-coup, l'énigme reste entière, comme un immense corps qu'éclairerait de manière intermittente des éclairs, un orage violent, mais dont à la fin le lecteur finirait par admettre qu'il ne peut le saisir dans sa totalité, et qui le laisserait seul dans la tourmente et la nuit, tourné comme le récit vers le nord. Prose convulsée sur la rage de la littérature, la mémoire, la mort, la mort violente, et l'amour, Anvers est aussi le récit beau et poignant de l'exil et de la solitude, le compte rendu d'un face à face entre Roberto Bolaño et l'abîme.
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