La question de l'amour ou du désamour des sujets pour le prince et du prince pour ses sujets a-t-elle encore un sens dans nos démocraties ? Les sondages actuels mesurent la popularité ou l'impopularité des hommes politiques auprès des citoyens - des termes qui ne sont pas exactement synonymes d'amour et désamour. II fut un temps où les sentiments entre le roi et les sujets occupaient une place dans l'histoire politique. Les onze chercheurs (historiens, historiens du droit, littéraire et philosophe) de cette première journée d'études, organisée par le Centre d'Histoire Sociale et Culturelle de l'Occident (Chisco) de l'université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, ont cherché à définir et délimiter les concepts et les thématiques de l'amour et du désamour du prince du haut Moyen Age à la Révolution française, dans l'espace franc puis français avec des incursions dans les anciens Pays-Bas bourguignons. Les articles sont regroupés en trois parties : " L'amour et la crainte " (Haut Moyen Age), " L'amour comme norme " (Moyen Age tardif) et " L'amour en plus " (Temps modernes).
Barbier Josiane ; Chausson François ; Destephen Sy
D'Hatshepsout à Hitler, d'Assurbanipal à Khrouchtchev, de Théodose Ier à Barack Obama, il n'est pas de détenteur de l'autorité suprême qui ait gouverné immobile. Alors que cette mobilité des dirigeants politiques s'observe de l'Antiquité à nos jours, un mode de gouvernement aussi général n'avait jusqu'ici jamais fait l'objet d'un questionnement global et systématique. Cet ouvrage rassemble une quarantaine de contributions intéressant cinq millénaires et quatre continents (Afrique, Amérique, Asie, Europe). Réparties selon la périodisation convenue de l'histoire occidentale (Antiquité, Moyen Age, période moderne, époque contemporaine), ce sont autant de synthèses d'histoire politique et institutionnelle, aussi attentives aux singularités de la documentation qu'aux enjeux de l'historiographie. Elles mettent en lumière des logiques et des pratiques communes à des Etats et des systèmes politiques fort divers, tout en montrant leurs évolutions et reformulations au fil du temps.
Résumé : "Qui peut prétendre définir avec précision le baroque ? Qui peut se vanter d'avoir une théorie universelle pour expliquer une époque qui n'avait justement pas conscience d'être "baroque"? Alors que Sand, Musset ou Berlioz revendiquaient le terme de "romantique" et l'assumaient pleinement dans leurs oeuvres, aucun artiste baroque ne pouvait se définir ainsi..." Une histoire d'amour de plus de trente ans unit Patrick Barbier à l'époque baroque. Cet ouvrage en témoigne. Sous forme d'un dictionnaire de soixante entrées, l'auteur tente un tour d'horizon très personnel d'une époque passionnante quant à l'évolution des arts, de la musique, de la société et des mentalités. Il donne à ceux qui aiment le baroque, comme à ceux qui le connaissent mal, des clés de compréhension pour mieux apprécier les oeuvres et les lieux. Pourquoi la courbe, le contraste, l'éphémère, l'illusion ou la mort sont-ils les maîtres-mots de cette période ? Quelles différences y a-t-il entre castrat et eunuque, contre-ténor et haute-contre, rocaille et rococo ? Quelles sont les caractéristiques essentielles du premier courant artistique vraiment universel ? Dans un style vif, nourri d'anecdotes et d'exemples précis, Patrick Barbier n'aide pas seulement le lecteur à s'immerger dans le monde baroque, mais il en montre également les retombées actuelles dans les fêtes populaires, le cinéma, la joaillerie ou l'art contemporain.
Barbier Elisabeth ; Etienne Rémi ; Berlemont Chris
L'hypnose est maintenant une approche validée scientifiquement dans le domaine des soins, et son développement est important du fait de ses avantages cliniques. Cet ouvrage écrit par des infirmiers hypnopraticiens expérimentés est inédit en son genre. Il propose de traiter spécifiquement des applications de l'hypnose dans les soins infirmiers et en accompagnement des actes médicaux de manière pratique et accessible. Il s'articule autour de trois axes : des aspects théoriques étapes d'une séance d'hypnose, construction des métaphores, hypnose conversationnelle... des fiches pratiques détaillées soins infirmiers et actes médicaux courants et plus spécifiques ; des conseils généraux et organisationnels formations, législation, installation de l'hypnose à l'hôpital... Enrichi de nombreux exemples, cas cliniques et références scientifiques, cet aide-mémoire accompagnera tout professionnel dans sa pratique quotidienne. Public : infirmiers - spécialisés ou non - en secteur hospitalier ou libéral, étudiants en soins infirmiers, médecins, paramédicaux, formateurs en hypnose médicale...
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.
Faye Emmanuel ; Lassègue Jean ; Rastier François ;
Bien au-delà de la seule philosophie, le débat à Davos en 1929 entre Cassirer et Heidegger a marqué l'histoire des idées. Il a même donné naissance à des récits passablement légendaires qui négligeaient le contexte historique précis. Un nouveau regard s'impose, à la lumière des oeuvres publiées depuis lors. Les vingt-cinq tomes de l'édition allemande de référence de Cassirer ne sont disponibles que depuis 2007. S'y s'ajoutent les dix-sept tomes du Nachlass depuis 2017. Des 102 volumes de la Gesamtausgabe de Heidegger, édition de référence mais sans garantie scientifique, moins d'une dizaine reste programmée, mais d'ores et déjà la publication des cinq premiers volumes des Cahiers noirs a permis d'engager une relecture critique de l'ensemble. C'est donc à présent seulement que l'on peut véritablement évaluer les projets contrastés des deux auteurs. Leurs enjeux intéressent notamment le statut de la rationalité et des sciences, en particulier celles de la culture, aussi bien que le statut de la technique parmi les formes symboliques. Et tout autant, l'opposition entre la démocratie et la théologie politique ; entre la légitimité du cosmopolitisme et l'ontologie identitaire ; enfin, entre la possibilité même d'une éthique ou son rejet de principe. Tous ces thèmes contradictoires exigent aujourd'hui une révision critique, non seulement rétrospective, mais aussi ancrée dans le présent. Car au-delà même de la philosophie, des courants de pensée et des forces politiques en Europe et dans le monde poursuivent ces deux voies qui s'opposent aujourd'hui.
L'idéologie américaine repose sur un principe : chacun peut réussir dans ce pays s'il s'en donne la peine. Cette assertion a inspiré un concept : le rêve américain. Cependant, comme dans tout autre pays, seule une minorité connaît le succès. Si l'essentiel du cinéma américain fait l'apologie des Etats-Unis, il existe un faible pourcentage de cinéastes qui ont choisi, dès la naissance du parlant au moins, d'offrir une image beaucoup plus sombre de leur pays. Ainsi est né un personnage paradoxalement très américain, le loser, celui qui, pour avoir cru au rêve, paye le plus souvent sa conviction au prix de sa déchéance et même de sa vie. En réalité, le loser est le produit de trois données : l'histoire, qui repose sur un quasi-génocide et sur l'esclavage ; le calvinisme, qui fait de l'élection divine le moteur de toute existence ; le capitalisme qui privilégie absolument la réussite économique au détriment de la loi sociale. Avec plus ou moins de constance, tous les genres cinématographiques ont montré des personnages de losers, mettant ainsi en évidence une véritable sociologie des laissés-pour-compte. Ce faisant, le cinéma américain, montrant les tares d'une société productrice d'individus trahis par l'illusion à laquelle elle incite à croire, démontre à la fois que l'Amérique n'est pas l'Eden dans lequel les Pèlerins ont pensé pénétrer, et qu'elle est condamnée, comme le loser, à l'échec, parce qu'elle contient dans ses fondements les tares qui auront raison d'elle.