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A l'encre bleu nuit
Baby Yvonne
BAKER STREET
18,00 €
Épuisé
EAN :9782917559420
Extrait Prologue Ce soir-là, un soir de 2006, commence, mystérieuse, sa route aux étoiles. Elle est aux côtés de Paul-Marie de La Gorce, son frère de jeunesse, qui ne lui explique pas le monde, comme c'est habituel, mais lui parle, avec le sourire mélancolique d'un adieu, pense-t-elle. Il lui dit : De la chair à la cendre, nous allons vers le néant, toi, écris. Écrire ? demande-t-elle. Oui, écrire, imagine qu'un fleuve te porte et que tu ailles à son rythme, qu'il te communique sa force et son calme, malgré les bourrasques, les tumultes. Imagine, et laisse couler le fleuve, parle des gens. Les gens ? demande-t-elle. Oui, les gens, les tiens, les nôtres, mais n'oublie pas que c'est toi qui comptes. Écrire pour qui ? demande-t-elle. Pour tes deux fils : ils t'attendent. Moi ? demande-t-elle. Oui, toi et elle, cette femme qui a traversé plus de la moitié d'un siècle, une femme inconnue d'eux, quand elle n'est pas directement leur mère, ou quand elle ne l'a pas encore été. Pour mes fils, tu crois ? demandera-t-elle. Oui, je le crois, ce sont des artistes, je les connais, je pense à eux. Souviens-toi : un jour où nous déjeunions tous, je t'ai dit que ton fils aîné avait la tête de saint Jean - Jean que le Christ aimait - et le plus jeune, la gravité, l'aura de L'Homme à l'oeillet, un portrait de Hans Memling, que tu m'avais montré. Elle se tait. Paul-Marie, alors, demeure quelques instants silencieux puis lui dit : Va, tu ne dois pas avoir peur, l'eau sera ton ciel et le ciel ta terre. Avance, et tu verras les étoiles. Elle continue à se taire, confiante, grâce aux paroles de Paul-Marie, grâce à ces yeux clairs, à ce sourire qui l'observent et qui ont changé. Ils dînent ce soir-là dans un restaurant sarde, qui leur est cher depuis que Paul-Marie lui a fait découvrir, ici, au fond d'une alcôve, le portrait d'Antonio Gramsci - Toi seule peux le reconnaître, lui avait-il dit. Gramsci, né en Sardaigne, justement, Gramsci, pensera-t-elle, un nom, un portrait, et un livre, Lettres de prison, un nom, un intellectuel, un révolutionnaire, associé à la culture politique d'une époque profonde, composite, solidaire. Époque - la leur, songe-t-elle - secouée par la guerre et par l'après-guerre, recueil de tant d'espoirs, que tant d'années devaient faire succomber. Paul-Marie meurt, peu après ce dîner dans le restaurant sarde - elle ne le reverra plus. Les saisons et les années se resserrent, dérivent. D'instinct, elle se fiera au fleuve : il place la lumière où la lumière n'a cessé d'être, une saine lumière qui prend l'ombre en faute et éclaire les songes étoiles. Dans la lumière, ses fils, tous les deux en effet des artistes, aux marges sensibles et tendues de la maturité. Ils vont l'accompagner sur cette route, ce pèlerinage, entrepris pour eux. À sa table, elle s'interroge : deviendra-t-elle, à leurs yeux, plus visible ? Sa voix sera-t-elle à portée de leur voix ? Son regard à portée de leur regard ? Elle espère que les astres et le hasard lui seront propices, que ses fils pourront la redécouvrir, la retrouver, survivante avant la cendre. Toi, écris, lui a dit Paul-Marie. L'écouter, c'est rêver d'être La Femme qui marche, rêver qu'Alberto Giacometti la relie aux étoiles, sur le long chemin de l'art, qui survit à tout et dissipe le pluriel des cendres. Photographié par Henri Cartier-Bresson, Alberto Giacometti lui apparaît, ardemment présent - si elle devait choisir un guide, ce serait lui, pense-t-elle. Lui, tel qu'elle l'a rencontré et connu, tel qu'elle le voit ici, devant elle : L'Homme qui marche, égal de La Femme qui marche, jusqu'à ce point de ralliement, où croit-elle, imagine-t-elle, ses fils seront là pour l'attendre, à l'embranchement désiré.
Voici le premier roman d'une jeune femme qui a vécu elle-même l'un des drames de conscience les plus aigus de notre milieu et de notre temps : le passage, pour les intellectuels occidentaux qui avaient de tout leur espoir cru dans le communisme, de " l'illusion lyrique " aux leçons désenchantées du XXe Congrès et du réalisme... Depuis dix ans collaboratrice à la rubrique de cinéma du Monde, respirant depuis toujours, par son milieu et ses passions, un air " politique ", Yvonne Baby réussit pourtant cette espèce de prodige de couler dans un récit léger, discret, plein de qualités poétiques et d'ellipses, les thèmes amers ou graves de son histoire. " Oui, l'espoir " est le roman d'une époque : il était difficile d'aborder sans lourdeur ces sujets lourds, d'être sans banalité aussi totalement d'aujourd'hui. La gageure, semble-t-il, est superbement tenue. Un jour d'été, au Lido, Vincent sort de sa chambre pour se rendre au Festival de Venise. Et voilà que son voyage, ses rencontres lui rappellent d'autres voyages, d'autres rencontres, d'autres étés. Un autre temps, aussi : celui de la guerre - " pour nous, elle a été la vraie cassure " - de la Résistance, puis d'une époque où, adolescent, il croyait dans la révolution sans vouloir jamais lui-même totalement s'engager. Dans cette vague de passé qui, en trois journées, le submerge, il y a aussi les siens, sa famille, et surtout Laurence, qu'il a fuie. Bientôt, quittant Venise, Vincent retourne à Paris. Sa fuite, cette fois, le libère d'une double crise, intime, politique : il commence à en mesurer l'importance et découvre comment elle a affecté ses parents, ceux de sa génération, et Paul, son meilleur ami. Ce qu'il vient rechercher à Paris, c'est sans doute une forme de vie quand même, une forme d'espoir, de bonheur. Il retrouve Laurence. Et maintenant, avec elle, il efface le souvenir des échecs et des remords, il oublie les espérances trop vastes et déçues. Nous connaissons tous, très bien, ce milieu, ces héros, ces souffrances morales qui, à certains, apparaissaient comme des luxes alors qu'elles étaient, pour leurs victimes, vitales. Toute une génération âgée aujourd'hui de trente à quarante ans a vécu ces langueurs et ces crises, ces rêves et leurs pénibles réveils. Il restait à en faire le roman, à le faire comme l'a réussi Yvonne Baby : avec autant de sensibilité que de tête, davantage de souvenirs de l'été que de discussions d'idées... Après tout, cette aventure politique, cet apprentissage du métier de vivre, on s'en rend compte aujourd'hui, se sont confondus avec la jeunesse... D'où les signes, les mots de passe, cette manière de langage chiffré d'une époque à travers ses go-ts et ses modes, qui font le charme prenant de ce récit et en garantissent, comme on disait alors, l'authenticité... Il est si rare qu'un livre soit, presque inconsciemment, aux couleurs d'un temps.
Les genres sont-ils des organismes vivants ? Ils naissent et meurent, se heurtent souvent et rivalisent, échangent aussi, à partir de frontières communes, d'importants territoires. Par sa plasticité, la fiction narrative, fort accueillante aux divers registres, aux vers et à la prose, à la pluralité des énonciations, se prête donc mieux qu'aucun autre genre à l'étude des phénomènes d'intergénéricité. Afin de saisir les fonctionnements contextuels de ces échanges, de ces rencontres et de ces conflits et tenter d'en tracer une histoire, l'enquête porte sur les jeux d'alliances formelles, thématiques et énonciatives, du Moyen Age au XXe siècle. Grâce aux contributions des spécialistes des différents siècles littéraires, se dessine un parcours de l'hybridation qui permet de saisir les processus de création, de remodelage, de destruction, dans leur plus grande diachronie. Du " roumanz " du XIIe siècle aux personnages gidiens, des nouvelles humanistes de la Renaissance aux fictions impures de Montesquieu, des bergers de L'Astrée aux récits de voyage, l'ensemble des contributions, par leur variété, montre que l'hybridation générique n'est la spécialité ni d'une époque ni d'un groupe ou d'une école rêvant de renverser les genres établis, mais constitue au contraire un véritable lieu commun des poétiques classiques, humanistes et postmodernes.
Résumé : " La nuit de son arrivée, elle s'est lavé les cheveux dans le bassin de la fontaine ; après minuit, c'est facile d'enjamber les grilles, qui sont basses et sans pointes, c'est facile, à condition de prendre garde aux rondes de police, fréquentes dans le quartier, même en août. Sonia les avait guettées, ces rondes, elle connaît leurs heures de passage, leurs phares, et elle a le temps de se cacher ; parfois, raconte-t-elle, elle reste un peu plus dans le jardin avant de revenir vers le mur, les taillis l'abritent ; et parfois elle fait chauffer de l'eau pour le thé dans un réchaud qui ne la quitte jamais. "
Résumé : Qu'est-ce que la tragi-comédie du XVIIe siècle français ? Des pirates qui enlèvent des princesses, des voleurs qui détroussent des gentilshommes, des naufrages qui font échouer sur des îles lointaines des amants désespérés, et... une Infante qui pleure sur ses amours impossibles. C'est surtout un paradoxe. Paradoxe d'un genre partout célébré mais toujours ignoré : qui se souvient que la tragédie la plus connue de tout le théâtre français, Le Cid, fut d'abord, en 1636, une magnifique tragi-comédie ? Paradoxe d'une création dramatique qui trahit ce que son nom semble annoncer, tant elle est loin de se réduire au simple mélange de deux genres. A son âge d'or, dans la décennie 1630-1640, la tragi-comédie témoigne d'une esthétique singulière dont le présent ouvrage, par l'analyse de plus de cent vingt pièces, décrit les principes fondateurs. Cette enquête s'appuie sur les débats de ces années Richelieu, où la tragi-comédie occupe une place privilégiée : tous les théoriciens raisonnent à partir d'elle, sans jamais pourtant la définir, si ce n'est pour la nier. Victime de ce piège critique, la forme disparaîtra très vite, et les créations d'un Quinault, à peine vingt ans plus tard, la réduiront à un catalogue de procédés romanesques, avatar qui passe encore trop souvent pour l'original. Ce livre, dans sa double démarche, théorique et pratique, permet de saisir la spécificité d'une forme et l'ampleur de ses significations, et de lui reconnaître le rôle majeur qu'elle occupe dans l'établissement de la modernité théâtrale.
Extrait À seize ans, j'étais curieuse de bien des choses, mais les activités de la police secrète du chah n'en faisaient pas partie. Machhad, ma ville natale dans le nord-est de l'Iran, s'était réveillée sous la pluie en ce jour de printemps 1968. Marchant d'un pas vif qui faisait tressauter ma queue-de-cheval, j'esquivais de mon mieux les flaques sur le trottoir. L'absence d'autres lycéennes en vue ne pouvait signifier qu'une chose : j'avais déjà manqué la première sonnerie. J'allais traverser la rue quand une voiture passa devant moi à toute allure, aspergeant mes chaussures toutes propres. Levant les yeux, je vis une Mercedes noire faire demi-tour et se garer devant mon lycée. Deux hommes en sortirent, le visage à demi dissimulé par d'énormes lunettes de soleil, du genre de celles qui étaient devenues la marque de la police secrète. Les voir était inquiétant en soi, même si je n'avais aucune raison de croire que leur présence eût le moindre rapport avec moi. Instinctivement, je me réfugiai dans la petite librairie située face au lycée. Une atmosphère chaude, imprégnée d'une odeur de poêle à pétrole, régnait dans la boutique. À mon irruption, le vieil employé se leva à moitié de sa chaise. Je tâchai de reprendre mon souffle et, malgré le bourdonnement assourdissant du sang dans mes oreilles, je parvins à grimacer un sourire. Puis j'attrapai dans la vitrine un des livres de calligraphie. Je connaissais bien ces ouvrages et leurs lettres rondes, car je m'étais souvent arrêtée pour en admirer les couleurs, les cadres richement ornés et les décors en miniature. Mais ce jour-là, ce furent les hommes sur le trottoir d'en face que j'observai à travers la vitre. Ils passèrent sous l'écriteau bleu et blanc Lycée de Filles Princesse suspendu au-dessus du grand portail du mur d'enceinte. L'un d'eux poussa la lourde porte de bois, et tous deux disparurent dans la cour du lycée. «N'ayez pas peur, mademoiselle Roya.» La voix du libraire m'avait fait sursauter. Le gros livre m'échappa des mains. Avec ma réputation de rat de bibliothèque et mes fréquentes visites dans sa boutique, je n'étais pas une inconnue pour le vieil homme. «Ce n'est pas vous qu'ils cherchent, n'est-ce pas ?» reprit-il, suggérant par son ton calme qu'il connaissait déjà la réponse. Je fis non de la tête. Entendait-il les battements affolés de mon coeur ?
Printemps 1934. Dans une Russie soumise à la terreur stalinienne, le poète Ossip Mandelstam, au péril de sa liberté de son art et même de sa vie, compose un violent réquisitoire contre le maître du Kremlin, sous la forme d'une épigramme qui circule clandestinement jusqu'à ce que Staline en apprenne l'existence. Par les voix alternées du poète et de ses proches sa femme Nadejda, son amie intime la poétesse Anna Akhmatova et l'écrivain Boris Pasternak, futur auteur du Docteur Jivago, L'hirondelle avant l'orage raconte le douloureux périple de Mandelstam qui subira arrestation, torture et exil, pour avoir osé dire sa vérité. Robert Littell, souvent considéré comme l'un des maîtres contemporains du roman d'espionnage, dévoile dans ce livre poétique un autre versant de son immense talent. S'inspirant de la tragique destinée du grand poète russe, avec cet art qui lui est si particulier d'entremêler fiction et Histoire, il nous offre ici une méditation d'une force rare sur l'artiste face au pouvoir. A travers le récit de l'étrange fascination entre le poète et le dictateur, ce roman rend hommage à l'incroyable acte de défi de Mandelstam et explore toute la complexité de l'engagement de l'écrivain. Biographie de l'auteur Ancien journaliste à Newsweek, spécialisé dans les affaires russes et moyen-orientales, Robert Littell se consacre depuis les années 70 entièrement à la littérature. Il a notamment publié Ombres rouges (1992), Le Sphinx de Sibérie (1994); Légendes (2005) et sa grande saga de la CIA, La Compagnie (2003), adaptée dans une série pour la télévision, ainsi qu'un livre d'entretiens avec Shimon Peres (1997). Régulièrement édités en poche, ses livres sont traduits dans plus de vingt pays et figurent souvent sur les listes des best-sellers dans le monde entier.
En pleine seconde guerre mondiale, Lucia Holley vit avec son vieux père et ses deux enfants adolescents, au bord d'un lac. Son mari est parti se battre depuis trois ans dans le Pacifique. Femme au foyer et mère dévouée, elle essaie désespérément de protéger sa fille d'une amourette avec un homme marié au passé douteux, Ted Darby, jusqu'au matin où elle le retrouve mort dans le hangar à bateaux de la propriété... Les catastrophes s'enchaînent ensuite allègrement. Chantage, menaces, violences tourbillonnent autour d'elle; ballottée entre la police qui l'a dans sa ligne de mire et les malfrats aux exigences toujours plus extravagantes, elle ne sait plus où se tourner. Dans ce roman au suspense qui va crescendo, Holding dresse les portraits d'individus ordinaires pris inextricablement dans des complications qui les dépassent. Toujours rattrapés par les événements, ils sont traqués par le sentiment que tout peut à tout moment s'écrouler sous leurs pieds.
Extrait New York 1917 Dès que le Juif vit l'insigne doré et argenté, il tenta de refermer la porte, mais l'agent fédéral fut trop rapide pour lui. Il avait déjà fermement enfoncé un de ses richelieus dans l'embrasure. «On ne peut pas dire qu'il soit accueillant, se plaignit le visiteur à son collègue. - On dirait qu'il ne veut pas nous laisser passer», fit le second agent. Le Juif évalua les deux hommes pendant qu'ils entraient. Ils avaient des lèvres minces, des visages typiques du Midwest, portaient des feutres mous et des pardessus bon marché, à martingale, identiques. L'un d'eux laissa entendre qu'il s'appelait Hoover. L'autre ne se présenta pas. Ils remirent leurs badges dans leurs poches et essuyèrent soigneusement leurs chaussures sur le chiffon qui servait de paillasson pour en enlever les traces imaginaires du Lower East Side. Puis, ils suivirent le Juif au travers du couloir étroit où, le long des murs, des piles de livres montaient à mi-corps, jusqu'à la petite pièce donnant sur la cour. Là, celui qui s'appelait Hoover, un jeune homme qui n'avait pas beaucoup plus de vingt ans, sortit un petit carnet à spirale, se mouilla le pouce et le feuilleta jusqu'à la page qu'il cherchait. «Son vrai nom est Alexander Til», dit-il au Juif. Sa voix, rauque, fatiguée, semblait venir du fond de sa large poitrine. «C'est un blanc. Naturalisé américain, d'origine juive russe. Un mètre soixante-seize. Maigre. Début de calvitie. Les yeux verts. Le sujet porte des lunettes et a une cicatrice de huit centimètres derrière l'oreille gauche, résultat d'une blessure reçue alors qu'il résistait à une arrestation pour piquet de grève illégal durant la grève des ouvriers de l'habillement en 1912. Le coup à la tête a diminué l'acuité de son oreille gauche. Il a l'habitude de tendre l'oreille droite vers les gens quand il leur parle. Il s'est parfois déguisé en laissant pousser sa barbe et sa moustache.» Le Juif, qui louait le trois pièces de Hester Street et sous-louait la plus petite, donnant sur la cour, pour joindre les deux bouts, fixa Hoover. «Le nom de Til jusqu'à présent jamais je n'ai entendu, répondit-il prudemment. Le locataire à qui je loue, il m'a dit qu'il s'appelait Rosenstein.» L'autre agent se déplaçait dans la pièce, passant distraitement le bout des doigts sur une table, l'appui de la fenêtre et le dos des livres comme une femme qui soupçonne la présence de poussière. «Est-ce que votre Rosenstein avait une barbe ?» demanda-t-il au Juif sans le regarder. Celui-ci haussa les épaules. «Des barbes, beaucoup de gens ici ont. - Est-ce qu'il était sourd d'une oreille ? - Je lui ai jamais assez parlé pour remarquer.» L'agent se tourna pour fixer le Juif. «Depuis combien de temps est-il parti ?» - Quatre, peut-être cinq jours. - Pourquoi est-il parti ? - Il est parti, c'est tout ce que je sais. - Il n'a pas dit où il allait ? - Non. - Et, naturellement, vous ne savez pas où nous pourrions le trouver ? - C'est correct. Je ne sais pas. - Vous êtes étranger aussi, n'est-ce pas ? Mentir à des agents du FBI en mission pourrait vous coûter cher. - Je ne sais pas où il est», insista le Juif, têtu. Son fils de douze ans entra dans la pièce. Le garçon, comme la plupart des enfants des quartiers ouvriers, puait le kérosène ; on lui en mettait tous les jours sur le cou, les poignets et les chevilles pour éviter les poux. Il se plaça timidement derrière les jambes de son père, accrocha les mains à ses bretelles et fixa les intrus avec d'immenses yeux noirs.
Résumé : Enfants d'immigrés, Reda, Ismaël et Ben ont du mal à trouver leur place dans une société qui ne cesse de les stigmatiser. L'islam semble leur offrir le sentiment d'appartenir à une communauté : ils rejoignent le djihad en Syrie. Mais sur place, la violence et l'injustice d'un combat qui broie les individus leur crèvent les yeux et remettent en cause nombre de leurs certitudes. Drôle et émouvante, la pièce pose un regard lucide sur les préjugés comme sur les tabous de la communauté musulmane. Entre humour et phrases chocs, cette pièce qui triomphe auprès de tous les publics est devenue le point de départ d'un dialogue entre parents et enfants, enseignants et élèves, politiques et citoyens.
L'essor de la tragédie grecque coïncide avec l'apogée de la démocratie athénienne au Vème siècle av. J. -C. Bien qu'historiquement daté, le genre tragique qui s'affirme avec Les Perses d'Eschyle (472 av. J. -C.) et s'étiole ou s'éteint avec Les Bacchantes d'Euripide, représentées après la mort du poète en 406 av. J. -C. et qui est intimement lié à la vie civique et religieuse de la Grèce classique, a traversé les millénaires. Il est sans doute la source majeure du théâtre européen à partir de la Renaissance ; il constitue encore de nos jours un répertoire dramatique vivant ; il est en train de redevenir l'une des bases de l'enseignement. Sur les centaines de tragédies écrites, composées et représentées dans le monde grec mais principalement à Athènes entre la victoire de Salamine et la fin de la Guerre du Péloponnèse, seules 32 pièces (7 d'Eschyle, 7 de Sophocle et 18 d'Euripide) ont été conservées. Nous possédons également les titres ou les arguments de nombreuses tragédies perdues ainsi que de nombreux fragments cités tout au long de l'Antiquité. Le présent volume peut être considéré comme un recueil intégral des textes tragiques que nous connaissons. La tragédie est un genre mixte où alternent les parties dialoguées dans un mètre proche de la prose et les parties chantées, qui mettent en jeu le Choeur. La grande difficulté pour un traducteur réside dans la transposition moderne de parties lyriques souvent obscures, écrites dans une langue savante et composite avec des rythmes très éloignés de la prosodie française. La traduction de V. -H. Debidour est à cet égard un tour de force : proche du texte d'origine, limpide et poétique en même temps.
Tchekhov Anton ; Carrière Jean-Claude ; Banu Georg
Résumé : Après cinq ans d'absence, Lioubov retourne dans la maison de son enfance avec une émotion intacte. Elle retrouve la splendide cerisaie qui entoure son domaine comme un abri hors du temps. Mais cet inestimable trésor est aussi un patrimoine délaissé, criblé de dettes et qu'il va bien falloir vendre... Dernière pièce de Tchekhov, La Cerisaie (1904) est la peinture de la fin d'un monde. Par l'évocation de ce jardin d'Eden voué à la disparition, Tchekhov dresse, un an avant la première révolution russe, un état des lieux d'une classe qui meurt pour être restée étrangère à la marche du temps.
Résumé : Le livre de chevet de tous les acteurs encore aujourd'hui. Publié en 1936, écrit de manière très vivante et pédagogique sous la forme d'un journal intime tenu par un élève de Stanislavski, il montre comment être un bon acteur. Tous les aspects sont abordés: l'action, la créativité, la concentration, la relaxation des muscles, le travail en groupe, la mémoire, etc. " Il n'est pas de comédien authentique qui n'ait, un jour ou l'autre, emprunté sciemment ou non quelques-uns des sentiers de cette analyse ", écrit Jean Vilar dans sa préface.