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Partage de la nuit. Deux études sur Jacques Rancière
Aspe Bernard
NOUS
14,00 €
Épuisé
EAN :9782370840202
Si Jacques Rancière peut aujourd'hui être considéré comme l'un des philosophes les plus lus et traduits au monde, il n'existe à ce jour que de rares livres sur son oeuvre, la plupart publiés à l'étranger. En articulant les deux axes fondamentaux de sa pensée - politique et esthétique - Partage de la nuit propose une analyse aussi claire que radicale des enjeux de la philosophie de Jacques Rancière, avec laquelle le travail de Bernard Aspe n'a cessé de dialoguer. L'oeuvre de Rancière se caractérise par le geste de rendre indissociables la politique et l'esthétique. Pour saisir cette indissociabilité, il faut d'abord comprendre que la politique n'est pas l'art de gouverner, et que l'esthétique n'est pas une discipline académique. La politique est selon Rancière la mise en oeuvre d'une égalité réelle au sein même des dispositifs qui semblent la récuser. Ces dispositifs que Rancière dit "policiers" correspondent à cet art de la gestion des populations qu'exercent les gouvernants. La politique est toujours la contestation active de cet art de gouverner, une contestation que Rancière identifie comme une logique de l'émancipation. L'esthétique - telle que l'entend Rancière, et en particulier dans son livre le plus important sur la question, Aisthesis -, loin d'être une discipline spécialisée, est un régime de pensée et de visibilité qui engage non seulement la définition même de l'art, mais aussi ses effets sur la sensibilité. Ce régime se définit, à l'instar de la politique, par la mise en oeuvre d'un présupposé égalitaire. Au-delà des opinions politiques des artistes ou des écrivains, la littérature de Flaubert, la peinture de Murillo, et plus tard le cinéma de Chaplin ou de Godard sont autant d'exemples d'une démocratie radicale inscrite à même l'ordre du sensible. Cette démocratie est une promesse dont l'esthétique a en charge de rappeler à la politique qu'elle doit rester son véritable horizon. C'est ici que se trouve le point de jonction le plus profond entre l'esthétique et la politique, leur caractère proprement révolutionnaire.
Dans l'ordre démocratique-policier, les humaines sont rassemblées sous le coin ceux qui ont des titres à commander, titres prouvés par le fait qu'ils commandent. La politique est rupture de cet ordre-là. "L'Instant d'après" survient sur les traces immédiates de cette rupture. C'est où se décide si, une fois de plus, elle va aboutir au désaccord entre le dire et le faire, ou si au contraire, elle va permettre l'émergence de nouvelles formes de vie. Il ne s'agit pas de proposer de nouvelles théories politiques, encore moins des systèmes d'organisation. Il s'agit plutôt de montrer comment sortir des oasis, de ces refuges dans notre fuite, que sont aussi bien 1a création d'une ?uvre, la "réalisation de soi" ou l'action militante. Car "beaucoup de ceux qui ont regardé les événement de novembre 2005 ont d'abord éprouvé l'absence d'un espace politique à la hauteur de ces événements (...°). C'est à eux, justement, les êtres les plus quelconque; perdus dans leurs études et leurs métiers, c'est à eux que revient de faire en sorte que de l'imprévisible, et donc du réellement menaçant, ait lieu". En donnant un sens nouveau à des notions anciennes -l'éthique, le messianisme, le jeu- en convoquant là où elles sont peu attendues de grandes figures philosophiques -Kierkegaard, Wittgenstein- Bernard Aspe explore le sable du désert autour des oasis où nous attendons l'instant d'après. "Sur le sable, il y a aussi des pas d'autres. Ambivalence des empreintes: elles peuvent nous livrer à la police, mais elles sont aussi la preuve que"Nous ne sommes pas seuls. ""
Est-il encore possible de concevoir un retournement de la situation mondiale, à partir duquel seulement pourrait se dessiner un nouvel horizon? Qu'il puisse y avoir un « horizon inverse »: cela ne signifie pas que nous devons concevoir une de ces « alternatives » que le capitalisme pourrait tourner à son avantage. S'il y a alternative, celle-ci doit être formulée dans toute sa radicalité: voulons-nous la route mortifère promise par le capital, l"accélération sur fond de vide enespérant ne pas trop mal s en tirer de son côté. Ou bien voulons-nous dessiner une forme de la vie commune qui préserve la possibilité même du futur? Le fait même de poser cette question oblige à redéfinir la politique celle qui vise l'instauration de l égalité. Sa visée ne se limite pas à une « redistribution des richesses »: elle est de transformer les relations jusque dans la vie la plus ordinaire. Son enjeu est de restituer à la vie ordinaire la possibilité de tenir la promesse qu elle contient: être le lieu du bonheur."
Les fibres du temps s'attaque, à nouveaux frais, à la question du temps. Si ce livre traverse l'histoire de la philosophie, ce n'est qu'avec l'objectif de rapporter cette question au présent, à notre présent, car le temps - c'est la thèse centrale du livre - est avant tout affaire de partage, de vie, de communauté. Le problème qu'il pose, avant d'être théorique ou épistémologique, est donc éminemment politique. L'architecture de cette réflexion prend une forme inédite, dans laquelle l'argumentation philosophique se tresse avec l'analyse de quelques cas d'expérience sensible du cinéma. Le temps, c'est d'abord ce qui se partage : ce qui s'expérimente comme temps commun. Temps dont les fibres symbolisent le devenir de l'être ensemble, à la fois continu et discontinu, trame tissée qui tient malgré tout. Le temps commun est par nature hétérogène à la logique qui guide le monde du capital et de son "développement". C'est la raison pour laquelle ce monde voudrait l'éradiquer, ou du moins le réduire aux formes compatibles avec les injonctions qui l'animent. Pour ceux qui refusent ces injonctions, l'existence même du temps commun est non seulement l'enjeu central de la politique, mais aussi, plus largement, celui d'une approche renouvelée de ce qui peut être dit en vérité.
Résumé : Ce livre propose deux gestes symétriques pour clarifier le rapport entre philosophie et politique : d'une part les aborder comme deux régimes de pensée hétérogènes. D'autre part montrer que leur articulation est nécessaire, et que c'est de cette articulation seulement que peut naître une approche féconde de la situation que nous vivons aujourd'hui. Ce double geste ne relève en aucune manière de la discipline nommée "philosophie politique". Les tenants de cette discipline veulent ignorer qu'il n'y a de politique que là où l'évidence supposée du cours des choses est contestée, et où sont combattues les décisions prises par ceux qui nous gouvernent. Dans la mesure où le pouvoir de ces derniers repose sur une confiscation du sens même de "politique", toute politique effective se caractérise avant tout par le fait qu'elle doit se battre pour se faire reconnaître en tant que telle. C'est là une des figures de la division politique, entendue comme conflictualité - entre des manières de voir, de faire, de penser irréconciliables -, qui est à la fois le point de départ et le coeur de toute politique ; conflictualité qui, dans sa partialité même, est condition de la clarté, car le "tout" se voit depuis la division.
Dire cela est une traversée dans l'oeuvre de Robert Creeley, un nouveau choix de poèmes qui met en lumière tout un versant secret chez l'auteur américain. Les poèmes, dont certains n'avaient jamais été traduits en français, sont accompagnés d'entretiens inédits de l'auteur avec Jean Daive.
Pasolini Pier Paolo ; Chiesi Roberto ; Atzei Patri
La rage est un poème filmique en prose et en vers, un essai polémique mêlant radicalité et lyrisme. On y trouve le Pasolini le plus âpre et le plus clairvoyant. Traduit en français pour la première fois, La rage est le texte littéraire le plus explicitement politique de Pasolini. En interrogeant les événements et la société de son temps, avant l'avènement définitif de l'uniformisation, La rage éclaire aussi, d'une façon saisissante, notre temps. La joie de l'Américain qui se sent identique à un autre million d'Américains dans l'amour de la démocratie : voilà la maladie du monde futur ! Quand le monde classique sera épuisé - quand tous les paysans et les artisans seront morts - quand l'industrie aura rendu inarrêtable le cycle de la production et de la consommation - alors notre histoire prendra fin. La classe propriétaire de la richesse. Parvenue à une telle familiarité avec la richesse, qu'elle confond la nature et la richesse. Si perdue dans le monde de la richesse qu'elle confond l'histoire et la richesse. Si touchée par la grâce de la richesse qu'elle confond les lois et la richesse. Si adoucie par la richesse qu'elle attribue à Dieu l'idée de la richesse.
Articuler entrelace trois motifs, dont la progression est commune. Improviser une parole. Des lettres sont jetées hors les mots. Un poème naît d'une lecture à voix haute. Inventer les pouvoirs d'une phrase. Car les objets d'une phrase nourrissent le corps. Une logique sans maître. Dire les états de langue auxquels nous appartenons. Et, appeler les relations de nos vies, les unes aux autres, libres.
Dans un monde déclaré sans dehors, enfermé dans l'interconnexion généralisée, la philosophie ne peut apparaître que comme une hérésie. Parce qu'elle est dangereusement atopique - hantée par quelque chose de l'ordre d'un sans-lieu lui permettant ses déplacements improbables. Cette atopie n'est pas propre à la philosophie : elle constitue le coeur sombre et lointain de toute pensée, de toute parole, de toute existence. Nous aimons, nous créons, nous refusons, nous nous coalisons parce que nous sommes voués au dehors. Contre les pensées en termes d'objets, contre les géolocalisations identitaires assistées par ordinateur, contre un monde saturé d'immanence, ce livre propose un existentialisme radicalisé attentif aux désastres psychiques et écologiques qui ravagent le monde.