En reproduisant près de 300 dessins, croquis et montages, ce livre donne accès à l'oeuvre du grand metteur en scène polonais selon un angle nouveau, absolument essentiel. Il révèle à quel point il est un artiste complet en mettant au jour la part graphique de son travail, autre versant de sa production artistique. Il manifeste la part de l'image dans ses productions scéniques à travers de nombreux dessins de scénographie et de costumes ; il ouvre sur l'imaginaire et les visions qui fondent son univers artistique ; il donne à voir, sensiblement, son processus de création, tant le dessin est pour lui comme une forme d'expression première, un acte indispensable dans le cheminement créateur de ses spectacles. Accompagné de textes retraçant son parcours et éclairant son oeuvre plastique, sa création théâtrale, et le dialogue permanent entre les deux, cet ouvrage permet de mieux connaître l'artiste exceptionnel qu'est Krystian Lupa.
L'acteur, lorsqu'il crée son personnage est comme un cavalier qui part à la bataille sur son cheval... ou plutôt comme un cheval avec son cavalier, qui ressent le mouvement de son maître et subit les coups d'éperons. C'est un centaure." Il n'existe pas de méthode Krystian Lupa : il faudrait plutôt dire que, chez lui, la méthode résulte de la matière. Une méthode ferait de l'acteur l'esclave de mécanismes et effacerait toute réflexivité. En quoi consiste alors l'apport de Lupa ? Comment aborder sa pédagogie ? Personne mieux que Krystian Lupa lui-même, ne serait mieux placé pour parler de sa direction d'acteurs si ce n'est celles et ceux qu'il a choisis, avec lesquels il passe tant de mois de répétitions et de représentations. C'est donc en interrogeant l'artiste et ses acteurs qu'Agnieszka Zgieb ouvre au lecteur des pistes de réflexion et dévoile le processus de création de ses spectacles qui ont fait le tour du monde. Chez Lupa, tout part de l'humain et du rêve. Voilà ce que nous livrent, dans ces entretiens richement illustrés — au croisement des manifestes, de la poésie et du témoignage intime — les acteurs polonais, lituaniens et français, ainsi que Krystian Lupa lui-même.
A partir des paroles de la célèbre chanson de John Lennon qui fut, pour la génération hippie, comme un nouvel évangile porteur de la promesse d'un monde différent - soit une humanité sans guerres ni frontières, sans haine, sans religion - Krystian Lupa et ses acteurs donnent à penser quant à la viabilité de l'utopie, sur une planète où la spiritualité a été commercialisée ou dévoyée en politiques identitaires, où les valeurs humanistes, les droits de l'homme, l'égalité et la liberté individuelle sont sans cesse bafoués, et où l'omniprésence de la destruction semble s'être substituée à l'idée même d'un développement positif de l'être humain. Imagine nous convie à un surprenant voyage intime au sein du labyrinthe intérieur de l'être humain, et interroge, en nous, les aspirations utopiques à un monde plus libre, à une humanité meilleure.
Peintres et enlumineurs néerlandais de la fin du Moyen Age, les frères Limbourg sont notamment devenus célèbres grâce aux Très Riches Heures du duc de Berry, oeuvre qu'ils laissèrent inachevée à leur mort, en 1416. Beniamin M. Bukowski crée, avec Les Extraordinaires Frères Limbourg, une passerelle entre les époques - du Moyen Age des trois enlumineurs à notre contemporanéité saturée de représentations. Les trois frères deviennent chez lui les ancêtres de la culture de l'image contemporaine dont la consommation est soumise à une critique cinglante. La grande originalité de la pièce est la possibilité d'interrompre définitivement le spectacle par la mort : une roue de 365 cases est lancée à la fin de chaque scène, l'une d'entre elles étant celle de "la mort noire", dont la sortie marquerait la fin du spectacle, sans explication supplémentaire. La biographie historique n'est qu'un prétexte pour déployer, dans une poésie sobre et qui fait la part belle à l'humour comme aux questions les plus métaphysiques, une interrogation contemporaine sur la primauté de l'image. Jonasz, c'est une usurpation de la biographie. C'est une histoire tissée par quatre chats noirs au sujet du peintre Jonasz Stern, leur propriétaire. Un Juif polonais qui a survécu à la Shoah. Un communiste persécuté pour ses convictions politiques. Un artiste qui a cherché sa voie tout au long de sa vie. Pendant la guerre, Stern a échappé à sa propre exécution lors de la liquidation du ghetto de Lwów par les nazis. II a avoué plus tard : "J'ai survécu par miracle, c'est vrai, mais je n'ai pas réussi à me sauver." Son histoire repose sur des paradoxes. La pièce ne cherche pas à évoquer la biographie, à retracer la vie d'un artiste injustement oublié - pas seulement en tout cas. C'est surtout un traité poétique sur la mort, sur un étonnant entrelacement de la biographie individuelle, de l'héritage artistique et des processus historiques. Elle devient une histoire universelle : un témoignage de la volonté humaine face au mal totalitaire.
Depuis la fin du XXe siècle, les arts de la scène ont multiplié les expériences de partage que ce soit par la participation. l'immersion, l'interaction, ou des spectacles aux messages troubles qui se dérobent à une narration linéaire et close, a la figuration et à l'identité. Induisant des mouvements de sens en commun, quoique non communs, ces spectacles contemporains rejoignent à maints égards l'aspiration du philosophe Jean-Luc Nancy à promouvoir " l'être-ensemble ". Ce concept-clé de Nancy renvoie à la nécessité de repenser le commun. Cherchant à éviter des pensées déterminatrices de la communauté, il conçoit l'être-ensemble comme une dynamique sans achèvement, un mouvement de sens qui se nourrit de tous les échanges. Ce mouvement est d'abord partage, et lieu de la question. Quand les scènes présentent des dispositifs ouverts, elles ne cherchent pas à transmettre un sens de façon autoritaire ni marne simplement à " activer " le public. Elles deviennent ainsi le lieu d'une mise en jeu de soi, de questions. de gestes. Elles performant un être-ensemble. La nature de ces échanges varie néanmoins d'un spectacle a l'autre : elle n'est pas simplement sémiologique, performative ou participative, mais complexe. Les études rassemblées dans cet ouvrage tentent de sonder les vecteurs de sens, les terrains du partage sensible et les rapports intersubjectifs induits par les dispositifs théâtraux. Elles analysent la dimension réflexive et autoréflexive de ces relations qui stimule le partage... autant qu'elle l'empêche d'aboutir.
Résumé : Dans divers champs artistiques, en danse en particulier, la référence à la "contemporanéité" est fréquemment utilisée et se retrouve sur nombre de continents. En même temps, elle fait l'objet de différentes interprétations selon les espaces géographiques, leur histoire, le contexte social, économique, politique, mais aussi selon les chorégraphes et les danseurs, ce qui rend impossible une définition générale. De plus, une pluralité de termes et de notions entre en jeu pour nommer ce phénomène qui n'a pour l'instant pas trouvé de consensus : fusion, hybridation, métissage, modernité, branchement... Ce volume se propose ainsi de traiter de la notion de " contemporanéité " dans les pratiques chorégraphiques scéniques, de considérer ses définitions, ses utilisations, ses enjeux. Il s'agit plus précisément de saisir la manière dont les acteurs l'interprètent et l'utilisent en mettant en regard l'Afrique et l'Asie du Sud. Comment les praticiens se positionnent-ils ? Quelles transformations, quelles dynamiques, quels paradoxes entraînent, ou non, le passage à la "scène contemporaine" ? Y a-t-il des logiques communes et des relations entre Afrique et Asie du Sud sur ce point et/ou des spécificités propres à chaque continent et même à chaque pays ?