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L'avenir des langues. Repenser les humanités
Wismann Heinz ; Judet de La Combe Pierre
CERF
23,00 €
Épuisé
EAN :9782204076029
Dans l'histoire de l'humanité, une étape importante a été franchie avec l'émergence des langues de culture. Celles-ci se distinguent aussi bien des parlers locaux, qui évoquent un monde clos, que des langues de service, utilisées pour traiter d'une réalité posée d'emblée comme globale, par leur capacité illimitée d'enrichissement expressif, combinant l'élan de différenciation interne avec le souci d'intégration des influences externes. Elles acquièrent ainsi une dimension à la fois particulière et universelle. En tant que totalités individuelles, elles ont été un puissant vecteur de développement des consciences nationales. C'est sur cette base que se sont constitués, notamment en Europe, les différents systèmes d'éducation modernes. Or la convergence des projets éducatifs européens repose, paradoxalement, sur la divergence des évolutions historiques dont ils sont issus. Enracinés dans des langues de culture formées les unes au contact des autres, grâce au rapport différencié qu'elles entretiennent avec l'héritage des langues anciennes (le grec, le latin, mais aussi l'hébreu), ils visent, chacun, une figure singulière de l'universel. Inutile donc - et même dangereux - de vouloir les unifier au moyen d'un langage purement fonctionnel, fût-ce un code scientifique ou, plus banalement, une langue de service. Ce livre se présente comme une analyse programmatique des conditions requises pour mettre en oeuvre un véritable tronc commun d'éducation européenne Respectueux des langues de culture qui sous-tendent le dialogue des individus et des sociétés, il fait de la culture des langues le principe d'initiation à toute forme de connaissance partagée et d'intégration réussie. Biographie de l'auteur Pierre Judet de La Combe, né en 1949, est helléniste. Après avoir, à Gille, dirigé le Centre de Recherche Philologique fondé par Jean Bollack et créé l'équipe "Savoirs et Textes", il est aujourd'hui Directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris), où son enseignement porte sur la poésie grecque et sur l'histoire de l'herméneutique littéraire ancienne et moderne. Il a publié récemment un commentaire de l'Agamemnon d'Eschyle et participé, comme traducteur, à plusieurs productions théâtrales (Prométhée, Les Perses, Médée, Agamemnon). Heinz Wismann, né en 1935 à Berlin, philosophe et philologue, est spécialiste d'herméneutique et d'histoire des traditions savantes. Directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris) et ancien directeur de l'Institut protestant de recherches interdisciplinaires de Heidelberg il a travaillé principalement sur la pensée antique (Parménide, Héraclite, Démocrite, Platon), la postérité du criticisme kantien (Humboldt, Schleiermacher Dilthey, Cassirer, Benjamin) et sur la théorie de la connaissance historique.
La pensée d'Héraclite s'est séparée à la fois de la spéculation mythologique ou philosophique et de tous les systèmes religieux et sociaux qui l'ont précédée. C'est qu'elle ne cesse de se constituer dans la distance qui sépare, dans le dire, entre le dit et la diction. La réflexion projette sur les choses la contradiction qu'elle abstrait dans la signification. Elle n'y réussit qu'en se situant à l'extérieur, dans ce lieu distinct et factice, d'où apparaissent les différences inhérentes aux manières de dire et de faire. Elle est critique par la référence que toujours elle pose, et par les distinctions qu'elle y établit. Ayant d'abord reçu pour fonction de préfigurer le radicalisme de la pensée sophistique, Héraclite a fini par être assimilé aux métaphysiciens qu'il avait par avance contredits, par être paradoxalement considéré comme le patron de la philosophie de l'Absolu. Tributaire des textes altérés au cours de cette histoire, la philologie du XIXe siècle n'a pu distinguer le "séparé" dans les cultures de l'unification. Même après Hegel, les philosophes n'ont pas percé l'écran que leur opposait la vulgate, armée de l'autorité de la science.
Démocrite n'est pas un matérialiste au sens ordinaire; ses atomes ne sont pas des corps - les trois études ici réunies offrent leurs éclairages croisés pour réfuter l'idée reçue, depuis plus de deux mille ans. Et la tradition ainsi forgée perdure aujourd'hui encore, aveugle au fait que les atomistes - Démocrite et Leucippe - n'avaient nullement en tête des corpuscules ou des molécules préfigurant Dalton et l'atomisme du XIXe siècle. La théorie platonicienne des idées a d'emblée refusé la concurrence insupportable avec l'identification des atomes à des «idées» - d'où l'impressionnant silence de Platon à l'égard de Démocrite. Plus visiblement polémique, Aristote a ensuite systématiquement retraduit les concepts démocritéens en les privant tous de leur sens dynamique: cette retraduction est allée de pair avec une interprétation qui voulait faire de Démocrite un adversaire aisément réfutable. Or, malgré l'état déficient des sources - aucun ouvrage de Démocrite ne nous est parvenu -, l'auteur mène une enquête extrêmement précise, à la fois philologique et philosophique, et parvient à reconstituer ce que la réception a voulu étouffer ou fausser à travers les citations dont elle usait. Au terme de sa lecture insistante, l'auteur révèle l'atomisme antique sous un jour très différent, mais d'autant plus proche de nos spéculations contemporaines.Heinz Wismann, philologue et philosophe, est spécialiste d'herméneutique et d'histoire des traditions savantes. Directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences sociales, il a travaillé principalement sur la pensée antique (Parménide, Héraclite, Démocrite, Platon), la postérité du criticisme kantien (Humboldt, Schleiermacher Dilthey, Cassirer, Benjamin) et sur la théorie de la connaissance historique. Il a été directeur de la collection «Passages» aux Éditions du Cerf de 1986 à 2007.