Genel Katia ; Kupiec Anne ; Moutot Gilles ; Muhlma
KIME
15,00 €
Épuisé
EAN :9782380721683
La question de l'éducation a été au coeur des réflexions de l'école de Francfort, sans que cela ait souvent été souligné. Des réflexions sur la famille patriarcale autoritaire dans les années 30 aux analyses sur ce que signifie éduquer "? après Auschwitz ? ", il est clair qu'une éducation "? critique ? " doit passer par un travail de déséducation. S'il faut repenser l'éducation, c'est donc, pour reprendre les mots d'Adorno, entre ces "? deux exigences diamétralement opposées ? " qui se heurtent l'une à l'autre ? : "? d'un côté, l'individualisme fort qui ne se laisse rien dicter, de l'autre côté, l'idée de l'adaptation, [... ] l'adjustment, héritée du darwinisme ? ". Favoriser la résistance critique et l'autonomie des individus, pour éviter qu'ils ne soient vulnérables à la manipulation et au fascisme, sans céder sur l'autoréflexion et la sensibilité. C'est cette ligne de crête que désigne l'éducation à l'ambiguïté.
Ce livre étudie comment la philosophe Hannah Arendt pense la cité, ou encore le politique, cette dimension essentielle de la vie des hommes. Cheminant dans la tradition, avec des penseurs politiques comme Machiavel, Montesquieu et Tocqueville, Arendt bouleverse les rapports entre philosophie et politique. La pensée politique telle qu'elle la définit, en opposition à la philosophie politique classique, doit recevoir ses normes de l'expérience : le discours est second et puise à l'événement. Née en 1906 en Allemagne où elle s'est formée à la philosophie, juive, exilée en France puis aux États-Unis, Hannah Arendt a été projetée dans l'étude de la pensée politique par la force de l'histoire. Longtemps considérée comme une historienne, une journaliste ou une essayiste, Hannah Arendt est désormais reconnue comme penseur central du XXe siècle. Il s'agit de comprendre à la fois le travail théorique qu'elle a mené et sa revendication d'être, non pas une " philosophe ", mais une théoricienne du politique. Sa volonté de pratiquer la philosophie en se situant hors champ n'est pas une simple critique de la tradition : elle inaugure une nouvelle manière de philosopher, où l'expérimentation conceptuelle ouvre de nouveaux champs pour la pensée.
On a souvent confronté la tradition critique issue de l'Ecole de Francfort (incarnée notamment par Habermas) et la pensée critique de Foucault, autour de la problématique de la modernité et de la rationalité. Ce volume prend un autre chemin pour proposer des croisements entre les "â¯pensées critiquesâ¯" .
Les salissures de façade nécessitent des travaux de ravalement plus ou moins fréquents et coûteux en fonction de leur vitesse d'apparition et de leur développement. Ce phénomène résulte de mécanismes connus qui dépendent largement de l'architecture du bâtiment et d'une interaction complexe entre les facteurs climatiques, l'environnement local, la nature de la façade (matériaux employés, type de revêtement), l'orientation... La propagation des salissures sur une façade peut donc être anticipée et limitée dès la conception de l'ouvrage. Tous les éléments d'une façade sont passés en revue afin de diagnostiquer les salissures rencontrées. En s'appuyant sur certaines règles de construction et les documents de référence associés (DTU, CPT...) le Guide Pratique "Salissures de façade" propose des exemples de solutions à mettre en oeuvre pour éviter leur apparition prématurée ou encore y remédier.
Soin des enfants et des personnes âgées, nettoyage, travail pénible, boulot sale et sale boulot, ces activités ont en commun d'être à la fois nécessaires et invisibles, essentielles et pourtant dévalorisées, difficiles et donc déléguées à d'autres. Elles sont souvent oubliées par les philosophies du travail comme elles le sont dans la réalité sociale. C'est paradoxalement chez Hannah Arendt, pourtant accusée d'avoir une conception réductrice du travail, que l'on trouve une catégorie permettant de les appréhender dans leur unité : celle de labeur. Modifiant la traduction usuelle de sa distinction entre travail (labor) et oeuvre (work), qui renforce l'impression d'une dépréciation du travail par rapport à l'oeuvre, nous proposons de la rendre plus littéralement par le couple du labeur (labor) et du travail (work). Apparaît dès lors chez Arendt une véritable philosophie de l'activité posant le labeur comme condition du travail, lui-même condition de l'action. A l'aide de cette catégorie, elle pointe un ensemble d'activités vouées à la reproduction de la vie qui n'ont pas "droit de cité" , mais aussi le redoublement de cet effacement avec l'avènement du social dans la modernité. Malgré l'emprise théorique qu'exerce la logique du labeur, on ne cesse de refuser de le voir, d'en dénier la nécessité comme la dureté, en le confondant avec le travail. Une convergence aussi frappante qu'inattendue peut être mise en évidence entre cette catégorie de labeur et toute une constellation de concepts issus des théories féministes : le travail domestique, reproductif, travail de care ou encore de subsistance. Ces théories ne se sont pas réclamées d'Arendt, qui elle-même ne s'est jamais revendiquée du féminisme. Mais on peut mobiliser ces concepts pour préciser le sens de la catégorie de labeur, répondre aux problèmes qu'elle soulève quant à sa teneur critique, et en esquisser un usage possible dans le cadre d'une philosophie sociale du travail renouvelée.
A l'occasion du centenaire Proust, la maladie personnelle de Marcel Proust est venue occuper la scène biographique sans toujours apercevoir toute la dimension idiosyncrasique de l'oeuvre. Car l'asthme dont souffre Marcel Proust comme une maladie chronique est redoublé ici par celui du Narrateur : son corps souffre autant de la maladie d'amour que de la maladie physique, à moins que la première n'ait déclenché la seconde. Pour cela le thème de la maladie est essentiel car il vient manifester le temps dans le corps ; il met aussi en péril la permanence du moi au point d'apercevoir qu'il n'était constitué que du temps passé, incorporé. Notre étude nous conduira ainsi d'une critique de la médecine comme science du corps objet à l'avènement du thème de la guérison. L'écriture de A la recherche du temps perdu comme métamorphose de toute maladie, facilite cette conversion du vécu intime de l'amour en vécu phénoménologique dégageant l'essence de l'amour. Forme d'exorcisme, l'écriture permet à tout un chacun de se reconnaître. Le narrateur nous ressemble puisque son récit nous touche en atteignant la condition commune, celle de la souffrance.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.
L'idéologie américaine repose sur un principe : chacun peut réussir dans ce pays s'il s'en donne la peine. Cette assertion a inspiré un concept : le rêve américain. Cependant, comme dans tout autre pays, seule une minorité connaît le succès. Si l'essentiel du cinéma américain fait l'apologie des Etats-Unis, il existe un faible pourcentage de cinéastes qui ont choisi, dès la naissance du parlant au moins, d'offrir une image beaucoup plus sombre de leur pays. Ainsi est né un personnage paradoxalement très américain, le loser, celui qui, pour avoir cru au rêve, paye le plus souvent sa conviction au prix de sa déchéance et même de sa vie. En réalité, le loser est le produit de trois données : l'histoire, qui repose sur un quasi-génocide et sur l'esclavage ; le calvinisme, qui fait de l'élection divine le moteur de toute existence ; le capitalisme qui privilégie absolument la réussite économique au détriment de la loi sociale. Avec plus ou moins de constance, tous les genres cinématographiques ont montré des personnages de losers, mettant ainsi en évidence une véritable sociologie des laissés-pour-compte. Ce faisant, le cinéma américain, montrant les tares d'une société productrice d'individus trahis par l'illusion à laquelle elle incite à croire, démontre à la fois que l'Amérique n'est pas l'Eden dans lequel les Pèlerins ont pensé pénétrer, et qu'elle est condamnée, comme le loser, à l'échec, parce qu'elle contient dans ses fondements les tares qui auront raison d'elle.