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Respublica academica. Rituels universitaires et genres du savoir (XVIIe-XXIe siècle)
Waquet Françoise
SUP
20,00 €
Épuisé
EAN :9782840507109
Offrir des mélanges, faire une leçon inaugurale, écrire une lettre de recommandation, présenter un poster, ce sont là quelques exemples des nombreux rituels et genres du savoir qui font le sujet de ce livre. Relevant de l'ordre symbolique aussi bien que scientifique, ils sont le lieu d'une exploration originale du monde universitaire, depuis le XVIIe siècle jusqu'à nos jours. L'étude de ces pratiques exceptionnelles ou ordinaires révèle les règles, souvent implicites, qui organisent la communication du savoir. Elle montre les configurations fascinantes qui, hier comme aujourd'hui, se créent entre l'écriture, l'imprimé, la parole, le geste, l'image. Une authentique culture multimédia se déploie au-delà les bornes de la civilisation du livre : dans les opérations intellectuelles, écrire et imprimer vont de pair avec parler, voir et montrer. Au fil des formes et des civilités régissant la vie savante, ressortent les liens multiples qui unissent des personnes entre elles et dessinent des communautés vivantes avec leurs autorités, leurs légendes, leurs panthéons. Un univers fortement contrasté apparaît, où les émotions ont place à côté de la raison, où l'oeuvre la plus individuelle a une dimension collective, où la générosité entre dans l'économie du savoir. Sous le signe des passions académiques, se révèle l'ambivalence d'un monde fait de jeux de pouvoir violents et de sentiments tout aussi puissants.
Lire à haute voix pour autrui, c'est emmener au-delà du texte, pour mieux y revenir. Faire une lecture de poésie, lire une oeuvre lors d'un festival ou dans l'intimité d'un groupe d'amis, c'est là aujourd'hui une pratique banale et, pour autant, guère explorée dans son ampleur, sa portée, son passé. Objectiver ce phénomène culturel, retracer son histoire de la Renaissance à nos jours, décrire les multiples espaces de lectures, saisir des arts de faire dans leur diversité de styles, analyser les opinions, les réactions, les émotions de ceux qui lisent aussi bien que de ceux qui écoutent, tels ont été les objectifs des études qui, dues à des spécialistes de la littérature, à des historiens et à des ethnologues, sont rassemblées dans ce volume. Au fil des articles, se révèle, dans la civilisation de l'écrit, un paysage oral de la littérature, faite et en devenir, où la parole vive joue non seulement dans la circulation et l'appropriation des oeuvres, mais aussi dans les modalités de l'écriture littéraire elle-même. Ainsi, lire à haute voix pour autrui, c'est emmener au-delà du texte, pour mieux y revenir.
Comment penser l?oralité dans la civilisation de l?imprimé, c?est-à-dire celle de l?Europe savante du XVIe au XXe siècle (universités, académies, laboratoires de recherche)? À lire les travaux sur les milieux intellectuels, tout se passe comme si, depuis l?invention de l?imprimerie, l?oralité avait, non seulement perdu sa valeur mais, qui plus est, complètement disparu. Pourtant, savants et lettrés ont enseigné, siégé dans les académies, participé à des colloques, conversé entre eux; aujourd?hui encore comment imaginer le monde intellectuel ? « notre » monde ? sans l?oralité, celle des cours et des conférences, des séminaires et des congrès, des interminables discussions dans les couloirs et au téléphone? Or, ces activités de parole qui constituent une part notable de l?emploi du temps scientifique ont été historiographiquement cantonnées dans le contexte muet de la vie intellectuelle; on ne les a jamais étudiées en tant que telles. À l?inverse, le contraste est saisissant pour les études portant sur les formes de culture qualifiées de « populaires », c?est-à-dire la culture orale. On a donc assimilé, d?une part, écrit à cultivé et savant, de l?autre, oral à populaire, illettré, inculte. En plaçant le monde intellectuel sous le signe majeur de l?écrit et de l?imprimé, en réduisant les ?uvres de l?esprit à des textes à lire, on a oublié ce par quoi le savoir a aussi circulé et circule encore à son plus haut niveau: la parole. Ce que Françoise Waquet entreprend donc dans ce nouveau livre, c?est d?écrire une histoire culturelle de l?oralité dans la civilisation de l?imprimé, et, par là même, de restituer à l?oralité sa place dans l?histoire intellectuelle.Au bout de ce parcours passionnant (de la leçon magistrale à la leçon d?agrégation, du séminaire à la session poster), Françoise Waquet montre bien que, même dans ses plus hautes sphères, la civilisation de l?imprimé est également une civilisation orale, que le dialogue, l?échange de mots dans la communication des connaissances assurent non seulement la transmission du savoir, mais aussi son invention, et que l?oralité, en fin de compte, est une « technologie de l?intelligence ».
Plaisir et ennui, peur et espérance, enthousiasme et désespoir, bonheur et souffrance, toute la gamme des émotions dans leurs nuances et leurs combinaisons fait l'ordinaire du quotidien de la recherche savante - aujourd'hui comme hier, et quelles que soient les disciplines. Les chercheurs apparaissent alors non plus comme des machines à penser ou des personnes-idées dotées d'une voix impersonnelle, mais comme des êtres de chair et de sang opérant dans un univers saturé d'affects. Prendre en compte ces émotions, c'est restaurer une dimension de la science telle qu'elle se fait, en rappelant l'incidence qu'elles ont dans les rythmes de travail, dans l'engagement à la tâche, dans le devenir de collaborations et, bien sûr, dans la genèse, la production et la publication des oeuvres. C'est aussi, dans un monde professionnel qui s'est placé sous la bannière de la raison, donner à voir l'auteur, plus que dans sa subjectivité, dans sa profonde humanité.
Tabeaud Martine ; Browaeys Xavier ; des Gachons An
Des centaines d'aquarelles. Un seul et même motif : le ciel de la Champagne. André des Gachons (1871-1951), artiste peintre, météorologue bénévole, a saisi presque chaque jour, pendant près de quarante ans, des instantanés du paysage céleste. Il les a associés à des relevés météorologiques. A l'état de l'air, il a ajouté un tableau du ciel, dont les couleurs et les formes changeantes devaient permettre de prévoir le temps du lendemain. Au temps de la Grande Guerre, ces oeuvres sont des documents de premier ordre, lorsqu'on les met en regard des témoignages des soldats et des officiers, qui étaient dans la boue des tranchées, les nacelles des ballons, à bord des avions ou derrière les canons. La "météo" était l'une de leurs préoccupations quotidiennes. Chaque jour, André des Gachons a donné des couleurs au temps. Il nous a laissé des ciels de Champagne qui entrent ainsi dans l'histoire de la guerre 1914-1918.
Résumé : Cet essai porte sur les romans écrits par Georges Simenon au cours des années trente, aussi bien les " romans durs " que les " Maigret ", et en renouvelle profondément la lecture. Il y décèle un scénario latent. Hanté par le " vertige de la perte " qui le pousse à un retour fusionnel dans le Monde-Mère sous les espèces du rien, voire de la mort, l'écrivain l'exorcise en se réfugiant dans le contre-monde du Livre, par instinct de conservation, en " avare " de son désir. Mais il en conçoit de la mauvaise conscience, car il s'éprouve alors comme un escroc, ou un faussaire : c'est donner en effet pour réels, dans ses livres, des êtres et un monde de papier, sans vraie consistance. Pour se laver de ce péché d'escroquerie, il place dans ses romans des personnages qui sont ses doubles, assignés à des espaces mettant en abyme le Livre. Ce sont des boucs émissaires, car ils endossent la faute et, d'une façon ou d'une autre - en mourant, dans bien des cas -, l'expient, ce qui permet d'en dédouaner l'écrivain. Cependant, il n'y a là qu'un subterfuge puisque, en réalité, ce sacrifice expiatoire du Livre et de son démiurge se produit... dans un livre. C'est pourquoi, un roman terminé, Simenon n'a d'autre choix que d'en entreprendre un autre.
Le premier 19e siècle, dans l'immédiat héritage, problématique, de la Révolution française, est un moment décisif où se reconfigurent les rapports de la littérature et de la morale. Préparée en cela par le rationalisme des Lumières, la Révolution a mis à bas un système social et moral hiérarchisé ; désormais l'individu, promu sujet raisonnable et responsable, se voit imposer de redéfinir son identité, sa place et sa fonction. L'ouvrage se propose de brosser un panorama de la reconfiguration de la question morale dans cette période charnière, particulièrement riche et complexe.