Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Un paysage d'événements
Virilio Paul
GALILEE
24,00 €
Épuisé
EAN :9782718604794
Le passé ne succède pas au présent qu'il n'est plus, il coexiste avec le présent qu'il a été ", écrivait Gilles Deleuze. Depuis peu, en effet, nous vivons cette coexistence qui n'a plus rien de " pacifique " puisque la dissuasion s'est elle-même achevée, au point qu'à leur de l'avenir a soudain succédé celle du passé : un passé-présent vieux seulement de quelques années ... En fait, lorsqu'on heurte un obstacle, une limite infranchissable, le choc en retour provoque un contre-coup. C'est à l'évidence ce qui vient d'arriver : l'Histoire vient d'emboutir le Mur du Temps. Travelling-arrière, le recul de l'Histoire entraîne le retrait des acquis, la retraite du progrès. Désormais tout fuit : les idéaux politiques, l'éthique comme l'esthétique, et c'est pour mieux appréhender ce défilement, ce glissement progressif du Temps que Paul Virilio entraîne ses lecteurs au fil d'un compte-à-rebours qui remonte à douze ans.
Libération de la pesanteur (vitesse = 28 000 km/h), mise en oeuvre de technologies qui utilisent la vitesse de la lumière - télé-actions -, ces performances modifient notre regard sur le monde, sur ce qui nous entoure, sur l'environnement. Ainsi le pense P. Virilio qui explore les effets futurs ou à venir des moyens de traitement et de transmission de données à vitesse électronique. Le changement de perspective (celle du parachutiste - verticale et divergente - plutôt que celle du peintre - horizontale et convergente), de la perception du temps (l'interface supprime les intervalles : simultanéité et ubiquité), de conception de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire (le monde comme télécité interconnectée) introduit une nouvelle pollution dite dromosphérique (dromos = course) qui résulte de la disqualification de l'espace, de son homogénisation, la perte du trajet et de l'étendue éliminés par les téléactions en temps réel. Cette pollution dégrade notre habitat et abîme notre vision dans le virtuel. L'aventure spatiale émancipe l'homme de ses références usuelles en termes d'espace et de temps. "La pollution immatérielle nous contraint aussi à perdre les repères, le contact avec les surfaces de la matière, pour inscrire notre action interactive dans le hors-champ d'un espace sans gravité pour téléagir instantanément dans la trajectoire cybernétique d'une réalité seconde, provoquant dès lors cette catastrophe temporelle qui vient aujourd'hui redoubler l'ancienne catastrophe matérielle dont le temps profond de notre géologie conserve encore la trace".Ce livre est riche d'aperçus et d'analyses sur les techniques cybernétiques et informatiques, mais dans un langage truffé de mots savants, d'oxymorons, de dits paradoxaux et de néologismes. A vrai dire, il incite à réfléchir sur notre rapport au monde. L'écologie grise doit nous faire réévaluer la façon dont l'homme niche dans l'univers, selon le mode dont il le perçoit. Dans la perspective des distances abolies et des vitesses instantanées, l'écologie comme science des rapports entre habitants et milieu, vaut d'être examinée d'un oeuil neuf. Qu'est-ce que le milieu naturel pour un ordinateur ou pour un opérateur d'espace virtuel ? --Jean-Pierre Nicol--
A l'origine de la science moderne se trouvent le principe d'inertie et celui de la relativité du mouvement exprimés par Galilée... Aujourd'hui, après des siècles de développement, les techno-sciences issues de cette pensée aboutissent à la généralisation de ce même principe: l'inertie devient l'horizon prioritaire de l'activité humaine. Ce qui paraissait jusqu'à présent le signe du handicap et de l'infirmité - l'incapacité à se mouvoir pour agir - devient symbole de progrès et de maîtrise du milieu. A l'aménagement du territoire se substitue, dès lors, le contrôle d'environnement, un contrôle où le temps réel de la télé-action l'emporte sur l'espace réel de l'action immédiate, la télé-présence à distance dominant la présence effective des personnes, tout arrive désormais, sans qu'il soit nécessaire de partir. A l'arrivée restreinte des moyens de transport et de télécommunication succède alors l'arrivée généralisée des moyens de télécommunication instantanés; d'où ce confinement domestique, cette inertie domiciliaire présentés le plus souvent comme le comble du confort et de l'autonomie. Après l'Insécurité du territoire et l'Espace critique, L'Inertie polaire parachève un triptyque ébauché il y a une quinzaine d'années par Paul Virilio et consacré à l'évolution du statut de l'espace contemporain.
Pour l'instant, seuls les faits comptent et encore, pas pour longtemps ". Cette phrase de Céline est aujourd'hui confirmée : Les faits sont défaits. L'information et sa médiatisation à outrance ont aboli les faits, le révisionnisme ne concerne donc plus seulement la Seconde Guerre mondiale et les camps d'extermination, mais l'ensemble des évènements et des faits quotidiens, un révisionnisme qui va bien au-delà de celui des historiens adeptes de la désinformation puisqu'il aboutit aujourd'hui aux prémisses d'une véritable industrialisation de l'oubli. " Vous devez tout voir, tout entendre et tout oublier ", ordonnait déjà Napoléon. En fait, dès l'immédiat après-guerre, s'installait le primat de la notion d'information au détriment de celles classiques de masse et d'énergie. On se souvient de la phrase de Norbert Wiener : " L'information n'est ni la masse, ni l'énergie, l'information est l'information ", autrement dit, la troisième dimension de la matière. On connaît la suite, le développement de l'Informatique et sa généralisation non plus seulement dans les domaines de la gestion mais également de la représentation, avec la numérisation de l'image et du son, les possibilités inouïes d'une manipulation de la forme et du contenu des messages. Ouvrage témoin du déclin de la réalité des faits, l'essai de Paul Virilio apparaît comme le premier manifeste d'une résistance nouvelle : celle de l'écrit contre l'écran.
L'étrange parfum des fleurs exotiques, la couleur des balisiers, la poétique de la toponymie, les formes tropicales transformées en forces, le cimetière qui est une plage, la trace sur le sable d'un enfant à venir, le pays natal où l'on n'est pas né, la vie sous l'eau, le regard d'un serpent, l'oeil d'un poisson flûte, la lenteur des animaux marins, les séquences d'une pêche miraculeuse, les lumières de la nuit dans un mouillage, l'ombre de Gauguin, la géométrie cosmique d'un squelette d'oursin, le surgissement d'un cercueil, la secousse d'un tremblement de terre, les temps de l'holothurie ou du colibri, le langage des bateaux, la déesse rousse du volcan, les lumières d'un vaisseau fantôme, la naissance de la nuit, la cérémonie d'une noce païenne, l'énergie du rayon vert, le partage des eaux avec une tortue, la furie d'un combat de coqs, la mélancolie du carnaval : la poésie est toujours autobiographique. Voici l'un de mes journaux.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.