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Anarchéologie. Fragments hérétiques sur la catastrophe historique
Vioulac Jean
PUF
22,00 €
Épuisé
EAN :9782130832812
Le domaine de la philosophie se ramène aujourd'hui aux questions suivantes : où en sommes-nous ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment s'en sortir ? La dernière est d'évidence la plus importante et la plus urgente : mais l'impatience est périlleuse, et condamne à bien des égarements et à bien des catastrophes aussi. La philosophie doit donc avant tout assumer le fardeau de la lucidité, et se confronter à la catastrophe globale, pour la penser comme essence même de notre époque. Cette catastrophe n'a pas épargné la philosophie elle-même, qui dans ce même moment, a découvert l'obsolescence de toute sa tradition en laquelle elle a reconnu une mystification spéculative : d'où la tâche d'une réinstitution radicale de la philosophie, qui l'arrache à sa structure théologique pour la réélaborer dans une structure archéologique. Il redevient alors possible de concevoir la philosophie de l'Histoire nécessaire pour comprendre la catastrophe en laquelle elle s'achève, non plus en postulant à son commencement un Universel en puissance dont l'Histoire serait la réalisation de droit, mais en constatant à son achèvement un Universel en acte dont l'Histoire est la genèse de fait : l'Un numérique parvenu à l'hégémonie mondiale et devenu puissance démiurgique, c'est-à-dire Capital. Notre époque est ainsi la révélation apocalyptique de l'essence nihiliste de l'Histoire, processus d'universalisation par consumation de toute particularité, c'est-à-dire processus d'annihilation.
L'introduction par Marx du concept d'idéologie a suffi à disqualifier l'ensemble des discours théoriques tenus en Occident depuis les Grecs sous le nom de métaphysique pour y reconnaître une mystification spéculative : cette critique radicale de la spéculation n'équivaut pourtant pas à une élimination pure et simple de la philosophie, elle conduit Marx à la réélaborer comme ontologie de la production, à partir d'une communauté historique d'hommes réels reconnue comme fondement de droit de tout phénomène. Il devient alors possible d'analyser sur ces bases le mode de production capitaliste dont l'avènement définit la modernité occidentale : pour y découvrir un dispositif spéculatif effectif, dont la logique est celle de l'autoproduction de l'idéalité formelle et suprasensible de la valeur. Le capitalisme met ainsi en oeuvre un processus universel d'abstraction, de spectacularisation et de numérisation qui rend d'autant plus urgente la démystification. Mais celle-ci ne peut pas rester théorique : elle devra être pratique, elle est révolution.
Résumé : Le concept d'Anthropocène définit une époque géologique caractérisée par un processus de destruction d'origine humaine. Cette puissance destructive est issue de l'hybridation de l'humanité avec les forces telluriques de la nature, dont le descellement n'est possible qu'à partir des sciences mathématisées : le principe de notre époque n'est pas tant l's homme u que cette configuration de la rationalité spécifique à l'Occident. Celle-ci se définit par la métaphysique, systématisation du déni de la nature, de la négation de la vie et d'un culte de la mort qui déchaîne sa puissance d'anéantissement dans la guerre mondiale, c'est-à-dire la guerre totale contre le monde en tant que tel. Lurgente nécessité de contrecarrer ce processus impose d'identifier quelle est l'infrastructure de sa mise en oeuvre : le dispositif industriel du machinisme, dont le Capital est la logique.
Schelling Friedrich von ; Vioulac Jean ; Perrin Ch
Ce numéro s'ouvre sur la suite de la dissertation de Schelling Sur le rapport du réal et de l'idéal dans la nature, publiée en 1806 en guise de préface à la seconde édition de l'Ante du Monde (1798) - dont le début a été publié dans le numéro précédent. Rappelons qu'elle tend à faire le lien entre la Naturphilosophie du jeune Schelling et celle qui, à partir de 1801, vient s'intégrer au système de la " philosophie de l'identité " ; à partir d'une redéfinition dynamique de l'absolu comme lien intrinsèque du fini et de l'infini, et désir infini de sa propre révélation, Schelling reconstruit les concepts essentiels d'une philosophie de la nature destinée à élucider les modalités de la présence de l'absolu. Suit un article de Jean Vioulac intitulé " Capitalisme et nihilisme. Marx et le problème du dépassement de la métaphysique ". Si Heidegger définit la technique comme métaphysique accomplie, Marx est pour l'auteur le penseur de cet accomplissement. Fondée sur la logique de Hegel, l'analyse marxienne du capitalisme y découvre un dispositif où l'universel abstrait s'autoproduit en opérant une subsomption systématique des travailleurs vivants ; vu que son inversion de la métaphysique hégélienne le conduit à définir l'être par le travail singulier, Marx voit en ce dispositif un processus d'annihilation où s'accomplit l'essence même de la métaphysique - à savoir le nihilisme. Dans " Levinas et l'autre solitude ", Christophe Perrin montre que, rompant avec l'évacuation de la solitude hors du champ philosophique, Levinas fait de celle-ci un motif phénoménologique déterminant - et ce dès ses premiers essais, qui le mènent de l'existence à l'existant. Loin de la confondre avec l'isolement ou la désolation, de la dédoubler en solitude du solitaire et de l'esseulé, ou de la ramener à des actes intersubjectifs comme le délaissement, l'abandon, l'exil ou la séquestration, il lui confère une fonction centrale dans l'" économie générale de l'être " à laquelle s'oppose l'autrement qu'être - rédigeant ainsi les prolégomènes à une possible phénoménologie de la solitude. A rebours d'une conception providentialiste de la mort, qui la voit comme le prix nécessaire de la vie des individus ou du groupe, Philippe Huneman souligne, dans " L'individualité biologique et la mort ", le changement de perspective radical qu'induit la vision néodarwinienne : l'explication de l'origine évolutionnaire de la mort insiste sur le primat logique de la mort " accidentelle " sur la mort intrinsèque des organismes ou la sénescence - elle la voit en effet comme un sous-produit de l'action de la sélection naturelle dans des environnements définis par le risque plus ou moins élevé de mort accidentelle. L'auteur examine ensuite les perspectives récentes de la biologie cellulaire sur la mort, afin de construire une vision d'ensemble de la contribution des biologies fonctionnelle et évolutive à propos de l'émergence de la mort comme telle, ainsi que de l'articulation des diverses " morts " à plusieurs échelles de la hiérarchie biologique (par exemple les cellules et les organismes). D. P.
Weber Max ; Feuerhahn Wolf ; Vioulac Jean ; Kistle
Ce numéro s'ouvre par la traduction, due à W. Feuerhahn, de la seconde partie du premier article méthodologique de Max Weber, "Roscher et Knies et les problèmes logiques de l'économie politique historique", intitulée " Knies et le problème de l'irrationalité". Weber y critique la conception qu'a Knies des limites de l'intelligibilité en économie politique - limites qui tiennent, selon ce dernier, à la relativité historique et nationale, ainsi qu'à l'irrationalité des comportements humains libres, qu'il oppose au caractère nomologique des processus naturels. Weber dénonce chez Knies une confusion entre déterminisme causal et caractère nomologique, causalité et légalité, et s'oppose à tout repli des concepts épistémologiques d'explication et de compréhension sur l'opposition ontologique entre nature et esprit. Dans "Max Weber et l'explication compréhensive", W. Feuerhahn clarifie les enjeux de cette critique weberienne de Knies. Partant de la controverse traditionnelle "expliquer/comprendre", qui fait figure de topos de l'épistémologie des sciences de l'homme, il s'attache à relativiser la présentation de l'explication et de la compréhension comme méthodes inconciliables rapportées à des domaines ontologiques hétérogènes, et montre comment Weber refuse tout ancrage ontologique de l'opposition entre sciences nomologiques et sciences de la réalité dans les régions nature et esprit, pour les déterminer par leurs visées épistémiques respectives, et fait place, au sein des sciences historiques de la culture, à la notion d'explication compréhensive qui concilie ces deux orientations. Dans "Le visage défiguré", J. Vioulac entend dédouaner la pensée de Levinas de la double critique qui lui fut adressée : d'avoir été dupe de la morale, et d'avoir amorcé une tentative de dépassement de l'hégélianisme qui se serait soldée par un échec. Prenant le contre-pied du célèbre article " Violence et métaphysique " où Derrida affirmait que la relation à autrui thématisée par Levinas se réduisait à la dialectique intersubjective magistralement décrite par Hegel dans la Phénoménologie de l'esprit, J. Vioulac montre comment cette dialectique subordonne intégralement la description phénoménologique à la logique, en réduisant le rapport à autrui à un moment interne au syllogisme de la conscience de soi ; et comment la subordination de l'individu à l'universel dans la philosophie hégélienne de l'État confirme sans équivoque le non-apparaître d'autrui comme tel à la conscience, l'impossibilité du face-à-face entre consciences, et le régime de violence propre à la métaphysique. Le numéro se clôt avec "La rationalité et la causalité dans le réalisme interne de Putnam", où M. Kistler part du constat de la mutation essentielle survenue à la fin des années soixante-dix dans la position philosophique de Putnam - laquelle passe de la thèse réaliste de la vérité en soi des énoncés scientifiques, indépendante de leur cognoscibilité subjective, à une position critique affirmant l'incohérence d'un tel "réalisme métaphysique". L'enjeu essentiel de l'article de M. Kistler réside dans la démonstration que cette critique du réalisme conduit implicitement Putnam à un relativisme qui prive de sens la notion de vérité scientifique absolue, et repose en outre sur un argument dirigé contre la réalité des relations causales dont l'auteur met en évidence le caractère contestable. D.P.
Publié dans une version reliée en 1991, puis réédité dans un format poche, ce dictionnaire est un « outil culturel » passionnant et indispensable, non seulement pour connaître les grands noms de la discipline (94 ethnologues sont présentés) mais aussi pour comprendre leur langage et leurs concepts, car « c'est avec cet instrument analytique qu'ils affrontent la réalité sociale, organisent leur savoir et définissent les orientations de leur réflexion et c'est à travers leur langage que, de l'extérieur, la discipline est identifiée » (P. Bonte et M. Izard).
Ce Dictionnaire de psychologie allie les qualités d'un bel ouvrage accessible à tous avec les avantages de l'exhaustivité, ce qui ravira les spécialistes. Les termes de la langue courante (adolescence, leurre, agression, réaction, tempérament...) et du vocabulaire de la psychologie (autisme, psychodrame, test de Rorschach...) y sont définis, tandis que les notions fondamentales sont mises en perspective par un rappel des doctrines qui les ont élaborées. Ainsi, le lecteur pourra se demander s'il est plutôt allocentrique ou égocentrique, après avoir distingué les fantômes de son passé des fantasmes de sa libido. Grâce à un système de renvoi entre les définitions et à la prise en compte de notions qui font intervenir aussi bien la psychologie, la sociologie et la psychanalyse, cet ouvrage très utile offre un panorama complet des sciences humaines. --Paul Klein
L'ouvrage aborde des situations cliniques diverses (victimes d'agressions violentes, de viol et d'inceste, réfugiés du Kosovo ou du Rwanda) rencontrées lors de prises en charge individuelles ou de groupe. Il décrit le travail de survivance grâce auquel le psychisme mobilise des défenses actives contre les expériences d'anéantissement et contre leur fascination. Il analyse les processus psychiques comme la subjectivation de la mort et sa liaison à la vie qui permettent aux personnes de se remettre à vivre. Il souligne également le travail de reliance par lequel la personne violentée parvient à se relier à la communauté humaine et à restaurer un sentiment d'appartenance à l'humanité qui avait été détruit.
La perte d'une personne aimée est toujours éprouvante et trop souvent aboutit à des perturbations émotionnelles durables et profondes, en particulier à de l'angoisse et de la dépression. Ce livre, troisième et dernier de l'oeuvre que John Bowlby a consacré au concept de l'attachement, décrit les réactions des enfants et des adolescents à la perte d'un parent en les comparant aux réactions des adultes à la perte d'un conjoint ou d'un enfant Une attention toute particulière est accordée aux perturbations du deuil aux différents âges et aux événements récents ou anciens qui les favorisent Les différents types de réactions ainsi que les circonstances qui aboutissent à des évolutions favorables ou perturbées s'avèrent être semblables à tous les âges. John Bowlby intègre à la théorie psychanalytique les notions les plus récentes tirées de l'éthologie, de la cybernétique et de la psychologie cognitive. Sa pensée stimulante est parfois controversée, mais elle a le mérite de conduire les cliniciens à une réflexion renouvelée sur les notions de perte, de deuil, de dépression, permettant des approches thérapeutiques nouvelles.