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Kafka : l'homme en chute libre
Villani Arnaud ; Goldschmidt Georges-Arthur
KIME
19,00 €
Épuisé
EAN :9782841749140
Kafka nous a habitués aux phrases fortes, qui laissent une impression durable : "Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous" ; "dans ton combat contre le monde, seconde le monde". L'auteur de ces pages en a rencontré une, simple et étrange, peu citée, qui l'a sidéré : "Mais s'il n'existe pas de certitude, qu'est-ce alors que la vie tout entière ? — Une chute libre". Ce qui l'a déterminé à reprendre, étoffer d'importance et approfondir un travail effectué de longue date, dans cette nouvelle perspective. L'enjeu a consisté à faire coïncider l'existentialité profonde découverte dans cette oeuvre avec ce nouvel indice, à placer désormais sous chaque phrase : "l'homme en chute libre" ! Les pages qui suivent décrivent patiemment le combat de l'auteur pour interpréter, s'il est possible, cette énigme.
Le Vide des Anciens, c'était tout sauf rien. Notre vide ne laisse aucune place au Tout, leur vide ne laissait nulle place au rien. Tout avait son rôle et sa place dans le grand banquet des choses mêmes. Parce que, derrière chaque chose se tenait le néant fondateur, capable dans sa façon bien à lui de détourer les formes et de se faire le père de toutes choses". Ce livre propose un parcours à travers les cultures, les philosophies et les anecdotes qui portent sur le rien, et débouche sur la défense d'une philosophie vitaliste dont l'objet est de redonner à la pensée toute sa vigueur, son mouvement et sa vivacité : "Fluidifier la philosophie, voilà désormais la tâche" .
Nous nous disons philosophes, "amis de la sagesse" ou sages en amour. Mais la réalité, de plus en plus évidente, est que nous avons tué cette sagesse à petit feu. Depuis la physique des flux d'un Archimède, il s'est passé plus de deux millénaires où nous n'avons cessé, fiers comme des petits coqs, de scléroser toute chose, les tentatives d'inverser le processus étant toujours jugulées. Parvenus au faîte de notre technique et de notre science, nous ne cessons d'amplifier la dichotomie manichéenne (proposons "dichomanie" , pour faire allusion à une manie autant qu'à Manès). Et pendant que notre science confirme tous les jours l'ampleur du monde des flux, notre pensée reste tragiquement bloquée sur des formes fixes, hargneusement dressées les unes contre les autres. D'où l'impossibilité des politiques pratiquant la coexistence et la symbiose. C'est un long et profond égarement qui nous fait préférer le mâle à la femelle, la lumière à l'ombre, le bien au mal, un ordre à une diversité, un Dieu unique à des dieux multiples. Ce qui prouve que l'intelligence que nous nous accordons volontiers est moindre chez nous que dans les premiers peuples de l'humanité, toujours soucieux de préserver les fortes ambivalences et tout ce qui va par couples emboîtés, y compris dans la lutte. Hegel avait pris soin de ménager dans sa dialectique ce principe de renversement, où les inverses ont même valeur. Mais nous avons étouffé cette ébauche de vraie "rationalité" , imposé les principes d'identité et de noncontradiction, renforcé l'unilatéralité du langage, du politique et du social. Le malheur pour les hommes, ces milliards d'individus dont chacun est un miracle, ne cessera que lorsque, guéris de cette maladie infantile de la pensée, ils comprendront que seules la bienveillance et l'intelligence du coeur comme ouverture sur le réel pourront nous reconduire à cette lutte amoureuse de contraires, laissant naître et se développer dans un entredeux la plus grande puissance des flux.
Résumé : Une déambulation philosophique qui nous invite à mieux cohabiter avec le sauvage Etre avec le sauvage, marcher du même pas que lui, c'est faire l'expérience inédite qui, pas à pas, peut nous transformer du tout au tout. Le poète et philosophe Arnaud Villani nous convie ainsi à une déambulation naturelle contée au travers des concepts de la philosophie, depuis les fondateurs de l'Antiquité jusqu'aux grands penseurs du XXe siècle tels que Gilles Deleuze.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.