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Une histoire critique de la philosophie occidentale. Volume 3, De Hölderlin à nos jours : "Le corps,
Villani Arnaud
ENCRE MARINE
23,00 €
Épuisé
EAN :9782350882185
Nous nous disons philosophes, "amis de la sagesse" ou sages en amour. Mais la réalité, de plus en plus évidente, est que nous avons tué cette sagesse à petit feu. Depuis la physique des flux d'un Archimède, il s'est passé plus de deux millénaires où nous n'avons cessé, fiers comme des petits coqs, de scléroser toute chose, les tentatives d'inverser le processus étant toujours jugulées. Parvenus au faîte de notre technique et de notre science, nous ne cessons d'amplifier la dichotomie manichéenne (proposons "dichomanie" , pour faire allusion à une manie autant qu'à Manès). Et pendant que notre science confirme tous les jours l'ampleur du monde des flux, notre pensée reste tragiquement bloquée sur des formes fixes, hargneusement dressées les unes contre les autres. D'où l'impossibilité des politiques pratiquant la coexistence et la symbiose. C'est un long et profond égarement qui nous fait préférer le mâle à la femelle, la lumière à l'ombre, le bien au mal, un ordre à une diversité, un Dieu unique à des dieux multiples. Ce qui prouve que l'intelligence que nous nous accordons volontiers est moindre chez nous que dans les premiers peuples de l'humanité, toujours soucieux de préserver les fortes ambivalences et tout ce qui va par couples emboîtés, y compris dans la lutte. Hegel avait pris soin de ménager dans sa dialectique ce principe de renversement, où les inverses ont même valeur. Mais nous avons étouffé cette ébauche de vraie "rationalité" , imposé les principes d'identité et de noncontradiction, renforcé l'unilatéralité du langage, du politique et du social. Le malheur pour les hommes, ces milliards d'individus dont chacun est un miracle, ne cessera que lorsque, guéris de cette maladie infantile de la pensée, ils comprendront que seules la bienveillance et l'intelligence du coeur comme ouverture sur le réel pourront nous reconduire à cette lutte amoureuse de contraires, laissant naître et se développer dans un entredeux la plus grande puissance des flux.
Ce qui conduit de bout en bout l'expérience philosophique de Gilles Deleuze, c'est un anti-nihilisme, un immense amour de la vie. Dans son ?uvre labyrinthique et baroque, les règnes minéral, végétal, animal et humain s'échangent ; dans le paradoxe, l'anomalie, le fragment, s'élabore une vie totale et continue. La vie, c'est l'immense toile d'araignée de plis de chaque être connectés aux plis de tous les autres, partout où les rencontres permettent d'animer ces plis et de leur donner un sens nouveau. La vie, c'est le coup de foudre quotidien des rencontres avec une couleur, des yeux, une main, une phrase. Des artistes (ici des romanciers : Proust, Butler, Döblin) et des métaphores devenues métamorphoses (ici les noces asymétriques de la guêpe et de l'orchidée) se mettent à dévoiler le côté central de l'?uvre. Lire Deleuze, c'est aussi faire l'étonnante expérience de ce côté, pleinement philosophique, de la philosophie.
Penser selon une "pensée-mouvement" , c'est se concentrer, non sur les êtres et les choses existant dans leurs limites assignées, mais porter son regard sur l'intervalle, la passerelle entre ces êtres et ces choses. On évite ainsi ce cancer de la pensée occidentale et désormais mondiale : la dichotomie sous sa forme manichéenne qui oppose les choses deux à deux, en chiens de faïence (pensée de guerre). On considère que les choses et les êtres, non seulement ne peuvent exister sans leurs innombrables "relatifs" - l'arbre avec l'eau et la terre, l'animal avec son "milieu" , l'homme, avec ses poumons et l'air qui les fait vivre, avec ses milliards de ses congénères -, mais encore sont continuellement modifiés dans et par cette relation. On oppose aisément la "relation" et le "rapport" : dans la relation, les éléments se transforment mutuellement ; dans le rapport, les éléments demeurent "tels qu'en eux-mêmes" . On repère soudain une lutte féroce de la culture humaine pour éliminer toute importance de la nature et prendre définitivement les commandes de l'univers. On peut relire critiquement toute l'évolution de la pensée et modifier son regard sur ce qui nous entoure, à l'aide d'une intelligence du coeur, d'une foncière bienveillance.
A quoi bon réveiller le souvenir d'une grande guerre entre culture et nature ? Simplement parce qu'il est important de comprendre qu'elle n'a jamais cessé, ce qui s'est traduit par le harcèlement impénitent de la culture humaine sur la nature. On voit bien que cette nature supporte de plus en plus mal ces agressions, qui dépassent ses capacités d'absorption. Mettre en évidence, par la constitution d'un faisceau précis d'indices, le fait de cette guerre millénaire, pour en finir avec les discours lénifiants et les écrans de fumée, me semble devoir donner à l'écologie, fondement de toute politique réaliste, de nouveaux concepts pour une nouvelle culture "mondiale" . Une culture largement ouverte aux milliards d'entités non-humaines que la royauté usurpée de l'homme avait cru pouvoir traiter avec mépris. Le temps des esclaves, humains et non-humains, est révolu. Si la mentalité des maîtres s'exaspère, c'est qu'elle n'est pas loin de perdre sa morgue. Rien ne doit empêcher la pensée de faire ce pas d'une révolution à large spectre. Le suggérer par concepts, c'est la dignité de la philosophie, et sa possibilité de racheter bien des erreurs.
Le Vide des Anciens, c'était tout sauf rien. Notre vide ne laisse aucune place au Tout, leur vide ne laissait nulle place au rien. Tout avait son rôle et sa place dans le grand banquet des choses mêmes. Parce que, derrière chaque chose se tenait le néant fondateur, capable dans sa façon bien à lui de détourer les formes et de se faire le père de toutes choses". Ce livre propose un parcours à travers les cultures, les philosophies et les anecdotes qui portent sur le rien, et débouche sur la défense d'une philosophie vitaliste dont l'objet est de redonner à la pensée toute sa vigueur, son mouvement et sa vivacité : "Fluidifier la philosophie, voilà désormais la tâche" .
Dans tous les pays du monde, lorsque le vigneron élève son vin dans une barrique, la porosité du bois qui en constitue les parois laisse s'évaporer une partie des liquides dans une proportion que l'on ne saurait négliger. On appelle cette évaporation: "la part des anges". Jour après jour, le paysan compense cette part des anges en ajoutant du vin. On appelle cette compensation: l'"ouillage". La plupart des grands vins qui réjouissent nos coeurs sont nés dans ces conditions. Une institution de soin, médico-sociale ou d'éducation, c'est un être vivant comme l'est aussi un vin. Ici les anges sont les rêves, et si les institutions écartent cette part du rêve, cette part offerte au rêve, elles s'étiolent, se referment, et ne produisent plus les effets escomptés. Ce rêve, c'est la régulation qui le fournit ou plutôt qui l'entretient. Si aucun régulateur ne vient plus accomplir cet ouillage dans le tonneau institutionnel, alors la pratique s'évente, s'aigrit, et finalement se mue en vinaigre. Pour vivre, une institution a besoin de cette part du rêve qui semble être une perte de prime abord; mais cette perte est indispensable, à l'instar des vins les plus précieux, pour lui assurer structure et qualité. Cette perte est en définitive un gain. Voilà l'état d'esprit qui m'a guidé pour écrire ce livre. J'ai voulu analyser les rouages de ce que l'on appelle régulation, supervision, ou encore analyse des pratiques selon deux points de vue différents: rendre compte d'une pratique d'une part, sans toutefois tomber dans la banalité du simple témoignage; et proposer des supports théoriques pour en éclairer les bases, pour tenter d'écrire les prémisses d'une théorie de la régulation.
Toute ma philosophie a sa source dans mon coeur" écrit Vauvenargues ; et Auguste Comte affirme "la prépondérance du coeur sur l'esprit" et entend instaurer le "règne du coeur". De là, ces Conversations avec Vauvenargues, Auguste Comte et d'autres auteurs, autour de la notion de coeur - comme ce qui dans l'homme est le plus sensible à autrui, à sa peine, à sa souffrance - et autour de tous les sentiments ou vertus qui ont leur racine dans le coeur, telles que la fidélité, la gratitude, la ferveur, la pitié, la générosité, l'admiration, mais aussi et surtout l'amitié et l'amour.
Angelus Silesius est le nom de poète que s'est donné à bon escient Johannes Scheffler, docteur en philosophie et en médecine, médecin à la cour impériale de Ferdinand III, prêtre ordonné en 1661, écrivain religieux, qui naquit en Silésie, à Breslau, en 1624, où il mourut en 1677. Le voyageur chérubinique - Der Cherubinischer Wandersmann - dont le seconde édition parue en 1675 (la première datant de 1657) contient 1676 distiques et brefs poèmes, est l'un des plus beaux livres de la poésie mystique européenne.
Quand point l'année nouvelle, chacun se soumet au cérémonial des voeux, interminables et impersonnels (la sacro-sainte triade santé-bonheur-réussite !), auquel se greffe la tragi-comédie des grandes résolutions dans une cascade déprimante de ne plus dont rien ou presque ne subsiste quelques jours après. S'y ajoutent les rituels et les folklores qui, sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures humaines, leur font écho. Chacun s'y prête à chaque fois (cette répétition donne le vertige) avec un enthousiasme qui décroît en général au fil des ans. Et si, à l'heure d'entrebâiller la porte de Janvier, qui restera close un an encore, il devenait urgent et même vital de lever les yeux du compte à rebours universel pour passer du trompe-l'oeil de la carte de voeux et de la vraie-fausse résolution au rendez-vous enfin pris avec soi-même ? Et si dire oui, faire oui à la manière nietzschéenne, c'était simple comme le Nouvel An ? Telle est l'invitation philosophique que ce livre, écrit dans une langue volontairement accessible au plus grand nombre sans rien céder sur le fond de la pensée, adresse à toutes celles et à tous ceux qui souhaitent ne pas laisser filer indéfiniment, année après année, l'occasion de devenir ce qu'ils sont.