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Les poètes et les économistes. Pour une approche anthropologique de la littérature
Viard Bruno
KIME
19,30 €
Épuisé
EAN :9782841743292
Les Poètes et les Economistes ne se fréquentent guère. Ils sont placés face à face dans cet essai incisif et engagé qui replace l'anthropologie au coeur de la critique littéraire. Pour cela, l'auteur propose une méthode originale et son application au romantisme. Ce dernier est défini comme une critique exaltée du monde moderne. Cette exaltation est analysée dans trois directions principales: l'amour de l'Amour, l'amour de la Révolution et l'amour de l'Art. Dans chaque cas, la morale des Poètes, au sens large du mot, s'est construite en opposition à celle des Economistes: Mais la partie n'est gagnée d'avance ni par les uns ni par les autres car l'égoïsme des Economistes et l'altruisme des Poètes sont évalués à partir de la notion d'ambivalence. En même temps qu'il est un exercice de critique littéraire, mené à partir des grands textes du XIXe siècle, cet essai intéresse la psychologie, la sociologie et l'histoire des idées. L'amour, la politique et l'art romantiques reçoivent une définition qui excède les limites chronologiques habituelles pour trouver une actualité inattendue. Trois interprétations, enfin, sont proposées, à titre illustratif, des oeuvres de Nerval, de Proust et de Giono.
La neutralité idéologique apparente du structuralisme eut pour effet de bannir l'histoire et la psychologie des études littéraires. Apparue dans les années de reconstruction des Trente Glorieuses, cette neutralité apparente cachait en réalité une déconstruction radicale de l'esprit républicain. Cet essai repose donc sur une discussion entre l'esprit républicain et la radicalité dont Michel Foucault, Pierre Bourdieu et Roland Barthes, sont les figures emblématiques. Tant que l'histoire et la psychologie, écartées au profit d'une technologie froide, n'auront pas été réintégrées, il ne faut pas s'étonner qu'ayant les deux mains attachées, les études littéraires offrent un visage peu attrayant et qu'il n'y ait plus de discussion dans les amphis. Mais quelle histoire et quelle psychologie ? Le marxisme et le freudisme ont inspiré un temps deux écoles critiques fécondes qui ont disparu sans avoir réussi leur jonction. L'auteur ne propose pas d'y revenir mais d'ouvrir de nouvelles pistes en cherchant d'abord comment la littérature s'inscrit dans l'histoire de la république dans ses heurs et malheurs depuis la Renaissance jusqu'à la décolonisation. Côté psychologie, il préfère à l'Oedipe une psychanalyse fondée sur le besoin de reconnaissance et ses vicissitudes. Le pari est de faire communiquer les trois sommets du triangle histoire / littérature / psychologie des profondeurs.
On l'a oublié: Pierre Leroux (1797-1871) est l'inventeur du socialisme. Mais si l'on ajoute que ce socialisme était républicain, libéral et religieux, on comprend pourquoi il fut impossible de lire cette oeuvre tout au long d'un XXe siècle enfermé dans l'alternative du marxisme et du socialisme utopique. Leroux n'est ni scientifique ni utopique. Sa pensée toute dialectique était dirigée dès 1830 vers un dépassement de l'alternative entre ce qu'il appelait l'individualisme absolu et le socialisme absolu. Il proclama à l'ordre du jour la grande question du prolétariat et poursuivit avec constance la critique de l'économie politique. En même temps, sa réflexion sur la Terreur et sur certaines dérives du saint-simonisme l'avait averti du danger pour les sociétés modernes de ce que nous appelons le totalitarisme. Figure dominante de 1848, Leroux influença grandement les fondateurs de la IIIe République. Jaurès lui doit beaucoup, en particulier son idée de ne pas séparer le socialisme de la République. Leroux veillait à ne jamais désolidariser les luttes pour l'égalité sociale et la conquête des formes politiques et juridiques. Le grand problème des sociétés modernes est, à ses yeux, de concilier les frères ennemis que sont l'égalité et la liberté. Il plaçait la fraternité au centre de la devise républicaine pour indiquer qu'aucune solution technocratique ne peut avoir d'efficacité sans la mobilisation des consciences. La culture n'est pas une vaine superstructure ! Sa réflexion sur la religion est toute terrestre et orientée vers la vie universelle: elle anticipe sur la conscience écologique actuelle. Leroux se voulait philosophe de la vie, en même temps qu'il développa une érudition considérable pour évaluer la grandeur et les misères des cultures du passé. Ses grands coups de projecteur multiplient les aperçus saisissants sur l'histoire de l'humanité. Cette oeuvre monumentale, oubliée depuis 1850, commence à ressurgir par blocs séparés. Cette anthologie a l'ambition d'en rendre possible une vision d'ensemble.BRUNO VIARD est professeur de Littérature Française à l'Université de Provence, spécialisé dans la littérature romantique et les idées sociales au XIXe siècle, et collabore à la Revue de Psychologie de la Motivation et à la Revue du MAUSS. Il a publié A la source perdue du socialisme français, Desclée de Brouwer, 1997, Les trois neveux ou l'altruisme et l'égoïsme réconciliés (Pierre Leroux, Marcel Mauss, Paul Diel), PUF, 2002, Les Poètes et les Économistes. Pour une approche anthropologique de la littérature, Kimé, 2004, La littérature et le don. Lecture de Proust, Ovadia 2007, et La morale sans peine. Précis d'éthique républicaine, Ovadia, 2007.
Au sens le plus large, le romantisme est une crise de la conscience européenne au moment du basculement dans le monde moderne. Contre la raison et les règles du classicisme devenues un carcan se produisit, de façon quasi thermostatique, une réévaluation de la sensibilité et de lauthenticité. Ce fut dabord une révolte esthétique et ethnique contre le bon goût figé à la française. Mais progressivement, les abus de la Révolution, ses violences, les déceptions provoquées par la nouvelle société dargent donnèrent au romantisme un caractère politique orienté contre les Lumières. Typiquement anti-bourgeois, le romantisme nest pas pour autant étroitement aristocratique et catholique. Son parti est celui de labsolu, de lidéal. Il mobilisa les extrêmes de larc politique, de la droite à la gauche. Le tout était de mépriser lutilitarisme et lindividualisme. Autour de 100 mots clés, cet ouvrage invite le lecteur à comprendre lexaltation romantique et à appréhender ce mouvement dans toutes ses dimensions.
Le but de ce livre est de montrer qu'une succession de déviations a faussé notre regard et laissé en jachère le meilleur de notre patrimoine. Progressivement éliminé au cours des trois Internationales des Travailleurs, le SOCIALISME REPUBLICAIN, n'a pas été relevé dans toute sa richesse malgré la chute du communisme.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?
Dans le sillage de Flaubert sont nées, dans tous les domaines artistiques, des adaptations et des créations multiples, reflétant la réception contrastée de son oeuvre de par le monde : le cinéma, le théâtre, la musique, l'opéra, la bande dessinée, nous offrent aujourd'hui une très large palette d'intertextes attestant la vitalité d'une oeuvre constamment lue, relue, réécrite, traduite, retraduite, bref, constamment (ré)interprétée, en vertu d'intentions parfois contrastées, méritant une étude attentive, en vertu peut-être aussi de l'inquiétude fondamentale qui traverse l'oeuvre de Flaubert et dont ces postérités sont, chacune à leur manière, les échos entêtants. L'étude de ces "dérivés" flaubertiens révèle aussi bien les procédés d'actualisation de la filiation ainsi revendiquée, que les singulières métamorphoses induites par les lectures de Flaubert en d'autres langues et au sein d'autres cultures. Ce volume rassemble les travaux de chercheurs internationaux, qui, à l'étranger et en France, nous offrent un vaste panorama de ces créations.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.