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Coeur sauvage. Lettre à Marina Tsvetaeva
Vernet Joël
ESCAMPETTE
15,00 €
Épuisé
EAN :9782356080783
Ce livre est un hommage à l'immense poétesse russe Marina Tsvetaeva, qui vécut en France de 1925 à 1939, dans l'obscurité quasi-totale. Ce livre n'est pas une biographie mais un récit épistolaire, qui interroge ce que fut la négation humaine sous le stalinisme, et l'effervescence tragique qui suivit la révolution d'octobre 1917. Marina Tsvetaeva éclaire d'une lumière brute la poésie de notre époque. Lisant l'un de ses livres dans une chambre perdue de Vladivostok face à la mer du Japon, je lui adresse ce récit en forme d'hommage pour ce qu'elle a été en tant que femme, mère et poète, et pour ce que nous offre la lumière de ses livres, de sa vie brûlée interrogeant l'Histoire et l'aventure poétique. Son aventure fut exemplaire. Quatorze années d'existence invisible dans la banlieue parisienne, puis un retour en Russie, vers l'enfer de la Russie de ce temps où l'on détruisait pour des broutilles, une phrase de travers. J'ai cheminé en sa compagnie durant de longs mois de Moscou à Koktebel en Crimée, petit village où elle vint souvent dans le temps de sa jeunesse, sous le toit accueillant des Volochine qui reçurent ainsi Mandelstam, Tolstoï, etc... Tsvetaeva, amoureuse-née, entretint une brûlante correspondance avec Pasternak, Rilke, durant tout l'été 1926. Ces lettres merveilleuses témoignent de sa passion et de sa colère.
Les livres naissent bien avant l'écriture. C'est certitude. Je vivais alors dans le Nord du Mali. Des phrases montaient en moi que je ne retenais pas. C'était plutôt un chant, des psalmodies. Mes petits livres dansaient déjà autour des feux. Ils venaient lentement sous ma main puis repartaient vers un désert plus grand. Me fascinait cet étrange théâtre dont je mesurais si mal la portée. J'habitais chez un homme qui eût pu être mon père. J'avais pour maison sa terrasse et, pour toit, des étoiles. Cet homme était l'oncle d'un ami, d'un frère. Tous les dés étaient jetés autour des lampes lorsque nous conversions avec des nomades de passage à la maison. J'aimais mes carnets recouverts de poussière, la fragilité de leurs pages, de chacun de mes jours. J'aimais déjà ce qui allait surgir plus tard, presque à mon insu. J'aimais cette vie aventureuse, les rencontres qu'elle me procurait.
Dès son premier livre, Joël Vernet tentait de répondre à la violence du monde par la recherche éperdue des sensations de l'enfance. Il ne peut se résoudre à accepter les coups portés à la beauté et à l'innocence. Ce nouveau livre a pour cadre la maison de l'enfance, les terres isolées de la Margeride. L'auteur y est réfugié et, tout en se livrant au courant des jours, il évoque les visages et les voyages qui ont jalonné sa vie. La figure du père, le grand " absent ", la figure mythique de Rimbaud, la petite gitane qui envahit l'espace et la mémoire... C'est un voyage immobile, rythmé de temps de contemplation et de temps de réflexion, au cours duquel l'auteur ne cesse de s'interroger sur l'utilité, la portée, la sincérité des mots écrits ou parlés.
À nos yeux, le Journal authentique n'existe pas ou à de très rares exceptions, la plupart posthumes. Il n'est le plus souvent qu'accompagnement d'une oeuvre ou bribes sauvées à travers les jours lorsque l'écriture s'avère impossible. Il ne peut témoigner d'une extraordinaire authenticité ou d'un pitoyable mensonge. Il est, comme toutes les pages, soumis à réécriture immédiate ou différée. Le Journal ment et révèle, tente un tant soit peu de suspendre le temps dans l'acrobatie des dates, des heures et des jours. Le journal est toujours le Livre par défaut, celui qui marque l'impuissance de l'écrivain à trouver l'élan de l'épopée, du récit ou du poème. Ou alors soumis à d'autres arrières- pensées, même si l'auteur s'en défend.
Il y a aussi dans la palourde et étrangement pour moi plus que dans tout autre bivalve, du petit coffre naturel, extrait de l'ombre, un coffre abritant un secret sur lequel la main, dans une sorte de protection redoublée, se referme entièrement. C'est la raison pour laquelle elle demeure liée si fortement aux anciennes cérémonies du don enfantin quand l'autre, les yeux fermés, devait deviner. L'autre souvent, c'était la petite fille qu'on aimait. Une scène rêveuse et lente, un peu somnambulique, à la Delvaux... Comme si c'était cette part en soi, incommunicable, obscure, mais infiniment précieuse aussi qu'on voulait offrir: un gage secret, le signe d'une reconnaissance ou, à l'instar de la coquille du saint de Compostelle, d'une élection. Brillant exercice de style et savante leçon de choses, cette réhabilitation de la palourde est une introduction digressive et détournée à la meilleure des littératures.
Christian Seguin, grand reporter au journal Sud Ouest, a accompli un voyage en Chine, au moment des Jeux Olympiques. Il y a rencontré, non pas une multitude, mais des individus, des gens de milieux sociaux, culturels ou générationnels très divers ; des gens des villes préoccupés par les cours de la bourse ou les débouchés possibles de leurs études ; des gens des campagnes confrontés aux catastrophes naturelles ou dépositaires des secrets de la culture des meilleurs thés ; bref, il a rencontré les Chinois, tout simplement, loin des clichés et des idées reçues. Le petit miracle tient en ceci : ces pages écrites dans un contexte très professionnel, dans l'urgence et sous la pression de l'obligation, composent, réunies sous cette forme, beaucoup plus qu'un document, un vrai livre de littérature par la grâce d'un rare talent d'écrivain, et par un ton qui est la marque de Christian Seguin. ll faut aussi parler de l'humour et de la tendresse qui innervent tout le livre, de cette faculté d'être en empathie avec son interlocuteur qui donne à un portrait brossé par Christian Seguin une proximité très saisissante, même s'il vient à interviewer des sélénites...
La première fois que j'ai vu Batia, c'était à Jérusalem en automne. Jérusalem qui est en pays d'Israël, Israël qui est une terre et un peuple, une terre qui vit de pluies célestes et de paroles, qui a soif de bénédictions, une terre qui entend nos paroles, qui boit nos paroles, qui absorbe nos paroles dans son grain, une terre qui compte les pas de tous et les noms de chacun, qui nous regarde du dedans de son Livre et nous offre le sens, c'est là que j'ai vu Batia pour la première fois, Batia qui est un visage particulier du peuple et une lettre du Livre, un visage qui respire l'âme du peuple, et pour conquérir cette femme il faut mériter cette âme, et aussi la Loi de cette âme qui est le Livre. Batia est une partie de la terre et du peuple, et vouloir cette femme, c'est vouloir l'une et l'autre, et si l'on a dit oui à la terre et au peuple qui sont véritablement Israël, alors on voit Batia qui vient vers soi, toute seule, et s'offre comme une rose tendue. Mais si l'on dit non à l'une et à l'autre et à la Loi de l'âme qui les unit, on ne peut rien connaître du secret de Batia qui se ferme comme la nuit.