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Celle qui n'a pas les mots
Vernet Joël ; Badaire Jean-Gilles
LETTRES VIVES
15,20 €
Épuisé
EAN :9782914577410
Elle marchait dans le silence comme une reine sur les eaux. Les sages sont ainsi: souvent, ils n'ont plus les mots, plus aucun mot dans la bouche pour dire la démesure de ce monde. La réponse est parfois sous la moindre touffe d'herbe. Mais elle n'est pas plus dans la lumière due font les arbres que dans le silence de Dieu, le vol des oiseaux. Même les ciels d'exception ne nous délivrent pas les mots en mesure de nous sauver, de panser notre âme blessée. Vivre, c'est creuser en vain la terre d'attente dont le lit serait l'espérance invisible. Vivre, c'est voir, c'est éprouver chaque instant de pulsation terrestre. La fenêtre basse de la ferme sur laquelle elle posait le journal, ses lunettes, par laquelle scrutait son beau visage recouvert de cheveux longs d'indienne. Je l'apercevais souvent de profil dans un étroit miroir crocheté au mur. La cour, la prairie et le ciel venaient s'asseoir sur la vitre.
Dès son premier livre, Joël Vernet tentait de répondre à la violence du monde par la recherche éperdue des sensations de l'enfance. Il ne peut se résoudre à accepter les coups portés à la beauté et à l'innocence. Ce nouveau livre a pour cadre la maison de l'enfance, les terres isolées de la Margeride. L'auteur y est réfugié et, tout en se livrant au courant des jours, il évoque les visages et les voyages qui ont jalonné sa vie. La figure du père, le grand " absent ", la figure mythique de Rimbaud, la petite gitane qui envahit l'espace et la mémoire... C'est un voyage immobile, rythmé de temps de contemplation et de temps de réflexion, au cours duquel l'auteur ne cesse de s'interroger sur l'utilité, la portée, la sincérité des mots écrits ou parlés.
Ce livre rend hommage à un artiste entré dans la légende, François Augiéras, écrivain génial et peintre singulier. Hier, adulé par Gide, Camus, Bonnefoy, Yourcenar, Malraux. Aujourd'hui, par Le Clézio, Jacques Lacarrière, Charles Juliet, Pierre Michon, Bernard Noël et tant d'autres dont je suis. Augiéras est l'un des grands écrivains de la seconde moitié du vingtième siècle. C'est aussi un peintre étonnant qui retient aujourd'hui l'extrême attention des collectionneurs. Pourtant, il est mort, indigent, à l'hospice de Montignac, en Périgord, le 13 décembre 1971, à l'âge de 46 ans... Ce livre n'est pas une biographie, plutôt un exercice d'admiration, sous la forme d'un récit épistolaire, mettant en relief un élément déterminant dans la trajectoire d'Augiéras - comme dans celle de Rimbaud ou de Gauguin, dont les aventures existentielles et artistiques sont proches : la question de l'absence du Père. J'ai moi-même perdu le mien lorsque j'avais dix ans. Cette perte, qui creusa un abîme, fut aussi déclenchement, ouverture, interrogation... Après de nombreux voyages en Afrique du Nord et de l'Ouest et au mont Athos, Augiéras est mort de dénuement, d'épuisement, de lassitude. Il vivait en Dordogne, d'hospice en hospice, investissant des grottes où il peignait, écrivait, méditait, jouait de la musique sur un instrument de sa fabrication. Augiéras est véritablement un artiste hors du commun". Joël Vernet
Le silence d'une maison où l'enfance s'est tue, prêt à rejoindre les étoiles". Joël Vernet nous emmène dans les burles de son pays rustique, les beautés de "ses" paysages, à l'écoute de son école, de son instituteur, dans la rudesse néanmoins si douce, les émerveillements et les privilèges de cette vie dans la nature, qui aideront à dépasser la disparition jamais expliquée de ce père qui déjà travaillait au loin. Le creuset de ses choix de vie, poète qui part dans le monde, à la rencontre d'autres merveilles humaines et de nature, habité par l'amour chaleureux et vaillant de cette mère qui restera silencieuse jusqu'au bout. Un récit distillé en chapitres et deux grandes parties titrées, une langue douce et précise, rythmée par le souffle de Joël Vernet.
Un homme a tout dans sa tête. Il n'a qu'à écouter ses voix pour savoir comment vivre. Peu à peu, gagnant sa confiance, elles le façonneront du dedans. Mais la plupart des hommes vivent dans un concert de bruits, de soucis, de désirs, trop occupés pour s'appartenir, sensibilisés du dehors, comment auraient-ils le temps de fermer les yeux pour les entendre.