De Jacopo Bellini à Eugène Delacroix, six cents carnets d'artistes et albums de collectionneurs, conservés au musée du Louvre, permettent de mieux comprendre le processus créatif des maîtres qui les ont exécutés, et d'apprécier le goût des amateurs qui se sont attachés à les constituer. Ces oeuvres précieuses et fragiles demeurent pour la plupart méconnues. Certaines d'entre elles, reproduites pour la première fois dans leurs dimensions d'origine et accompagnées d'une étude inédite, invitent désormais le public le plus large possible au plaisir de la découverte. "Après un séjour de quelques années à Rome, il faut revenir dans ses foyers... Mais il faut avoir bien employé son temps et fait une ample moisson d'études et de dessins pour s'en servir à propos, quand on est éloigné des pays dont l'aspect a électrisé notre âme et agrandi notre talent." Nul doute que le jeune peintre toulousain, Pierre Flenri de Valenciennes, employa bien son temps pendant son séjour italien, entre 1777 et 1785, comme il le confiait dans les Eléments de perspective pratique à l'usage des artistes... En témoigne ce carnet de près de cent panoramas épurés, retraçant avec la plus grande liberté les contours d'une ville rêvée, "mélange d'antique et de moderne, assemblage d'irrégularité et de symétrie, d'incohérence et d'harmonie, de folie et de raison".
Scherf Guillem, Trey Juliette, Kopp Edouard, Desma
Edme Bouchardon (1698-1762) est l'un des artistes les plus ergatifs et les plus fascinants du XVIIIe siècle français, celui qui joua un rôle décisif dans la transition entre le rocaille et le néoclassicisme. Ses créations apparaissent comme une merveilleuse et exceptionnelle synthèse de sa passion pour l'art antique et de son observation attentive de la nature. Cette exposition sans précédent et son catalogue présentent l'art de Bouchardon dans ses diverses spécialités (dessin, sculpture, médaille, estampe) et dans ses nombreuses techniques (pierre noire, sanguine, plâtre, cire, terre cuite, marbre et bronze). Ils dévoilent les résultats d'une vaste enquête sur les thèmes très variés illustrés par son art, des copies d'après l'antique aux grands sujets de l'histoire ou de la mythologie, du portrait et des études anatomiques à l'ornement, aux fontaines et aux tombeaux, sans oublier les grandes commandes telles que la fontaine de Grenelle, L'Amour se faisant un arc de la massue d'Hercule ou le monument équestre à Louis XV.
Présentation de l'éditeur Sous le règne de Louis XVI, la mode connaît à Versailles d'importantes mutations. Si, à l'occasion des cérémonies officielles, le costume et la parure sont strictement codifiés, de nouvelles libertés apparaissent autour de 1780, dans un contexte de retour à la nature et une envie de simplicité. A la cour, ces innovations restent encadrées mais sont vivement soutenues par la reine elle-même. Toute une administration, la Garde-Robe, est pourtant chargée de l'habillement des souverains, selon un protocole précis. Mais l'importance accordée par la reine aux fournisseurs, comme la fameuse Rose Bertin, favorise l'apparition de nouveautés. S'appuyant sur une riche iconographie, représentations peintes, dessinées et gravées des costumes mais également costumes anciens encore conservés, l'ouvrage montre comment à la cour, entre 1774 et 1792, la mode oscille entre respect des conventions et désir de changement. Loin d'être anodin, le choix de son costume est alors chargé de significations.
Extrait Extrait de l'avant-propos de Seymour Slive En juillet 1676, Rembrandt avait pleinement conscience d'être au bord de la faillite. Cette triste situation l'amena, le 14, à solliciter de la Cour suprême de La Haye la délivrance d'une cessio bonorum, un document écrit qui l'autoriserait à mettre en vente de son plein gré ses propriétés et ses meubles, les recettes étant partagées entre ses créanciers. Cette procédure devait en outre lui garantir la protection de la Cour contre toute revendication ou poursuite ultérieure de la part de ces derniers. La Cour accéda à sa requête. Cette réponse favorable lui permit d'éviter une faillite en bonne et due forme. L'action des magistrats fut ensuite rapide. Les 24 et 25 juillet, il fut procédé, sous leur contrôle, à un inventaire du contenu de sa grande demeure d'Amsterdam, sur la St. Antoniesbreestraat (siège de l'actuel Muséum het Rembrandthuis, Jodenbreestraat 4-6). Cet inventaire dresse la liste de la quasi-totalité des objets en sa possession - y compris sa batterie de cuisine et les mouchoirs mis au sale -, mais pas du matériel qu'il utilisait pour ses peintures et ses eaux-fortes. En Hollande, les débiteurs mis en faillite, partielle ou totale, avaient en effet le droit de conserver les instruments de leur métier. De plus, l'inventaire offre un aperçu précieux sur la collection de Rembrandt, une collection immense, encyclopédique, qui comprenait des sculptures, plusieurs peintures et oeuvres sur papier de maîtres italiens de la Renaissance et du baroque, et surtout de primitifs flamands et de maîtres néerlandais plus proches. L'ampleur et la variété de cette collection laissent supposer que son désir irrépressible d'acquérir sur le dynamique marché de l'art amstellodamois tout ce qui lui paraissait offrir un intérêt particulier explique pour beaucoup l'état désastreux de ses finances. L'inventaire mentionne bien entendu aussi un grand nombre de peintures, de dessins et d'eaux-fortes de Rembrandt lui-même, disséminés dans les ateliers et les autres pièces de sa vaste demeure. Les tableaux accrochés dans la pièce dite «derrière le petit salon», qui était sa chambre à coucher, comprenaient entre autres deux têtes du Christ de la main de l'artiste (n° 115, «Een Cristi tronie van Rembrant» ; n° 118, «Cristus tronie van Rembrant»), La liste des oeuvres abritées dans son petit atelier mentionne quant à elle, sans attribution, une «Tête du Christ d'après nature» (n° 326, «Een Cristus tronie nae 't leven»). En 1824, lorsque le marchand londonien C. J. Nieuwenhuys, personnage très introduit, publia pour la première fois l'inventaire de 16^6 à partir du manuscrit original, il fut déconcerté par cette référence à «Een Cristus tronie nae 't leven». Il fit d'ailleurs suivre sa traduction de cette expression d'un point d'interrogation. On croirait presque l'entendre se demander sur un ton incrédule : «Comment est-il possible de peindre un portrait du Christ d'après nature ?» En 1836, lorsque John Smith fit paraître une traduction de l'inventaire dans cette oeuvre pionnière que constitue son catalogue raisonné des peintures de Rembrandt, il se heurta à la même difficulté et rendit à tort l'expression par «Une Tête du Christ, grandeur nature». Trois ans plus tard, l'historien de l'art néerlandais J. Immerzeel publia dans son intégralité le texte original de l'inventaire. Il ne sut pas non plus quoi faire d'une telle description et choisit de résoudre le problème en l'ignorant, n'hésitant pas à supprimer purement et simplement «nae 't leven» de sa transcription.
Ce précieux livret d'inspiration japonaise recèle la quintessence de l'art d'être chat : un traité d'éthologie et de pensée féline déployé en 24 planches exceptionnelles. Intellectuel raffiné et conseiller éditorial chez Officina Libraria, le chat Padamu a accepté de dévoiler l'ordinaire de l'une de ses journées, exemplaire... Il s'est laissé portraituré sur le vif, heure par heure, et saisir par le crayon mordant de Jack Tow. Un portrait tout en majesté et élégance, dans les poses les plus (ou les moins...) plastiques. Chaque moment, croqué par un dessin, est rehaussé par un aphorisme de Padamu traduit du miaou par Paola Gallerani qui, forte de sa compétence en matière d'idiome félin et de sa connaissance intime de son " collègue ", a restitué toute sa sagesse et sa sagacité. Le temps qui se déroule ici fait figure de véritable philosophie féline. L'art d'être chat, comme un art d'être...