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La Guerre des Chambres dans ma Maison. Krieg der Zimmer in meinem Haus
Thill Hans
APIC EDITIONS
15,00 €
Épuisé
EAN :9789931468967
SEPT QUESTIONS A HANS THILL 1/ Une autobiographie en quelques mots. Né à Baden-Baden en 1954, il a grandi à la lisière de la Forêt-Noire au milieu de nombreux dialectes et langues de l'après-guerre, sa mère étant alsacienne, son père berlinois. Il vit à Heidelberg depuis 1974, y a participé en tant que militant de la rébellion spontanée, une sorte de fin 1968. Il a profité de la période de calme imposée par l'Etat qui a suivi pour fonder une maison d'édition en 1978 : avec Angelika Andruchowicz, Manfred Metzner et d'autres. Verlag Das Wunderhorn, conçu comme un atelier médiatique pour la politique et la poésie. En 1985, le premier volume de poésie Gelächter-Sirenen a été publié, après quoi il a gagné sa vie comme traducteur du français, a publié un hebdomadaire intellectuel de gauche pour Heidelberg, "Communale" . Anthologue (avec Michael Braun) de la poésie contemporaine en 4 volumes, chacun couvrant une décennie. Traduction de romans, de poèmes, d'ouvrages de non-fiction et de pièces radiophoniques, de Philippe Soupault, Abdelwahab Meddeb, Assia Djebar et de nombreux autres Français. A publié de nombreux volumes de poésie avec des titres programmatiques : Sirènes de rire ("rires sirènes") (1985), Cibles civiles (1995), Religions froides (2004), Musée de l'impatience (2009), Conseiller pour des gens de tissu (2015), Dunlop (2016), Anarchimède enroué (2020). A travaillé à la maison d'édition Das Wunderhorn jusqu'en 2009. Depuis 2010, directeur de la Künstlerhaus (Maison de Poésie) Edenkoben. 2008-2017, collaboration au sein du présidium de PEN Allemagne et du Comité des écrivains pour la paix. Il place des Stèles pour les poètes décédés : https : //www. poetenladen. de/stelen/ 2/ Comment répondre à une injonction brusque : "Définissez la poésie". Il y a beaucoup de poésies, des positions changeant constamment d'une mobilité joyeuse ou douteuse. Si l'on ne peut pas se passer de définir, il faudrait alors trouver une définition qui devrait faire ses preuves à chaque poème réussi. Ecrire de la poésie est une activité qui redéfinit constamment la poésie. Quelle serait la définition la plus solide ? Pour moi, cela pourrait être : la poésie est une avancée linguistique vers le possible, vers l'improbable, si elle est concevable. Chaque texte serait alors un test. Ou (avec Inger Christensen) : la poésie est un jeu, peut-être un jeu tragique, que nous jouons avec un monde qui joue son propre jeu avec nous. 3/ Prose et poésie, la distinction a-t-elle un sens ? Tout à fait. Sans distinction, il n'y a pas de frontière. Et là où il n'y a pas de frontière, on ne peut pas la franchir. Bien sûr, la prose doit être poétique et la poésie doit pouvoir être prosaïque. 4/ De la forme (et du formel) en temps de crise. Je travaille sur un poème jusqu'à ce que je puisse le supporter. Il naît ainsi de la crise, la transforme et la transporte plus loin. Les formes inachevées sont ma partie préférée du processus. Le poème est un produit de la terreur et du plaisir. Et il devrait être lu avec plaisir. 5/ Quel avenir pour la poésie ? La poésie n'a pas encore épuisé son avenir. Le poème est toujours là avec son corps indemne, sa littéralité. Il est écrit dans un alphabet provisoire. En fin de compte, mes parrains sont Jean Arp, le maître de l' "opus null" . Et Harpo Marx, le frère silencieux, lorsqu'il sort un objet inattendu de sous son large manteau. 6/ La part de la prosodie dans l'élaboration du poème. Quant aux formes de la tradition classique, ma devise est : "Ni Dieu ni Mètre" , la corruption par Paul Feyerabend de la vieille formule anarchiste de Daniel Guérin : Ni Dieu ni Maître. Mais bien sûr, chaque phrase, chaque ligne a son rythme. Le langage émerge du rythme. Ici, le mélange parlé et écrit. Dans certains endroits, le poème "chante" , dans d'autres, il devient assez prosaïque. Ainsi, la musique en vers n'est plus une question de régularité. Je peux profiter de la belle harmonie des temps passés, je ne veux pas la reproduire. 7/ La place de la traduction dans l'écriture poétique. "En fin de compte, toute poésie est une traduction". (Novalis). La traduction est plus qu'un simple métier, c'est un état, une assurance ludique d'être dans la langue. De nombreuses idées proviennent de la pratique de la traduction constante, qui pourrait bien devenir une manie au fil des ans. Traduire les noms, retracer l'origine des mots, les échos phonétiques d'expressions apparentées et contrastées. Tout cela trouve sa place dans le poème, comme une citation, une blague, une erreur de parole. De plus, on peut travailler dans le poème avec des langues que l'on ne peut pas vraiment parler. Ils entrent par la fenêtre comme s'ils étaient soufflés par un vent lointain, ils sont scandés dans les rues de New York ou sur la place al-Tahrir. Des slogans en ukrainien, des bribes de Mo'allaqat, des slogans en zoulou, en kiswahili, par exemple, remplis d'une grande euphorie, ou les paroles martelantes d'une chanson rock. D'autres inspirations lointaines qui surgissent de la mémoire, comme un cadeau ou un ver d'oreille obsédant. Le poème comme lieu de multilinguisme, les poètes du Maghreb et des Antilles me l'ont montré. Ces derniers temps, le multilinguisme a également acquis une valeur poétique en Allemagne, et cela est représenté par la jeune génération de poètes dont la fierté n'est plus de pratiquer la fidélité à une seule langue.
On le connaît surtout comme le créateur du mythe de Cthulhu. Auteur d'une poignée de nouvelles, poèmes et essais, Howard Phillips Lovecraft, grand maitre du fantastique moderne a laissé derrière lui, une matière qui a inspiré des générations. Longtemps entouré d'un aura de mystère, on a beaucoup affabulé sur son sujet, avant qu'un travail méticuleux de réhabilitation ne soit engagé ces dernières années. Alors, qui était vraiment Lovecraft ? Quel héritage laisse-t-il derrière lui ? Quels sont ses textes incontournables ? Comment son oeuvre s'est-elle ensuite retrouvée à influencer aussi bien le cinéma, le jeu de rôle que la musique ?
Et si les clans d'Ecosse n'avaient jamais disparu ? Et s'ils continuaient à diriger les Highlands à l'insu du reste du monde ? Quand Phèdre arrive à Edimbourg pour respecter les dernières volontés de son père, elle se retrouve malgré elle entraînée dans ce monde de clans et de querelles sanglantes qui lui est inconnu. Recueillie par le fougueux et irascible Caleb, chef du clan MacCoy, elle se révèle bientôt être une pièce maîtresse sur l'échiquier du pouvoir...
Thill Edgar ; Doutreloux Jean-Paul ; Fleuridas Cla
Le champ des activités économiques et sociales liées à la pratique sportive, ainsi qu'à l'animation d'activités éducatives et de loisir, s'est considérablement développé dans notre société. En 2003, le ministère des Sports a évalué à 350 000 le nombre d'emplois liés à la filière du sport, alors que la Délégation à l'Emploi et aux Formations estime à 606 000 le nombre de salariés travaillant en 2004 dans les domaines de l'animation, de la jeunesse et de l'éducation populaire ; dans ce dernier secteur d'activité, on chiffre à 13 % la hausse globale des effectifs entre 1993 et 1996, par exemple. Pour répondre à des besoins importants de formation de cadres, le ministère des Sports a donc défini depuis quelques années les modalités de préparation et d'obtention des examens du brevet d'éducateur sportif et, plus récemment, celles relatives aux examens d'éducateur professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport. Et c'est à partir de l'analyse de ces textes que les auteurs ont défini le contenu de ce manuel, en faisant le point des connaissances susceptibles d'aider les candidats à se préparer dans de bonnes conditions à de tels examens. Pour répondre précisément à ces impératifs de formation, faciliter l'accès aux examens, et rendre les nombreuses connaissances requises plus assimilables, cet ouvrage se divise en trois livres. Le livre I est dévolu à la préparation du premier degré d'éducateur sportif, ainsi qu'à celle d'encadrant d'activités. Le livre II est destiné à préparer les candidats au deuxième degré d'éducateur sportif, ainsi qu'aux emplois de formateurs et de responsables de structures. Le livre III enfin, présente les connaissances indispensables, à tous niveaux de responsabilité, en matière de réglementation et d'organisation du sport. Cet ouvrage a été rédigé par des auteurs qui possèdent la culture requise en sciences humaines et en sciences biologiques et qui, de surcroît, ont été confrontés aux problèmes posés par le terrain. Aussi, les différents chapitres présentent-ils de nombreux exemples et des repères pour l'action, destinés à faciliter les possibilités d'application de ces disciplines scientifiques aux processus d'animation, d'entraînement, d'éducation et de formation.
Après avoir découvert le terrible secret de Caleb MacCoy, Phèdre a rejoint le château de Dunvegan pour enfin prendre possession de l'héritage de son père. Désormais à la tête des MacLeod, elle découvre la vie de chef de clan... Mais sa position est fragile : depuis son fief d'Inveraray, le bourreau de son enfance, Henry Campbell, est à l'affût de la moindre opportunité pour la faire chuter... Et pour cela, il est prêt à se servir de Caleb. Car aux yeux des clans, Phèdre est toujours la Pupille de ce dernier, et elle est donc censée respecter ses ordres...
SEPT QUESTIONS A MICHEL DEGUY 1/ Une autobiographie en quelques mots. J'appelle mon mouvement "palin-odique" . C'est celui d'une mémoire sans retour qui transforme pour conserver. Une infidélité fidèle. Nos reliques nous livrent le passé en oeuvre : traditionis traditio. A recevoir en pensée radicalement transformatrice : métamorphoses intelligibles, "noétiques" , démythologisées, incroyantes, minutieuses, rigoureuses. Leur archive n'est plus un dépôt syncrétique (c'est ce que veut dire la "déconstruction"). La profanation ou déposition (terme qui est lui aussi une relique chrétienne) n'est pas un dépôt, une déchetterie. 2/ Comment répondre à une injonction brusque : "Définissez la poésie" . La poésie, pensée parlante ou "écriture" , ne cherche pas la "sortie du langage" . Mais le contraire. Devenant une poétique, elle pourrait refrayer une espérance en l'espérance (celle de Baudelaire, 1855), ni "réactionnaire" , ni "culturelle" . 3/ Prose et poésie, la distinction a-t-elle un sens ? "L'écriture" ... : "contrée énorme où tout se tait" (selon les mots d'Apollinaire, qui parlait de la "bonté"). Soyons intraitables : pas d'abandon, pas de délinquance. Je reprends des injonctions de Rimbaud, sans aucune illusion de rimbaldisme adolescent ! Soit : "devotio" qui est de se jeter à corps perdu contre la déroute dans la défaite imminente (le "combat spirituel" , disait Arthur ; et qu'il perdit en effet)pour en renverser le cours, à coups d'encouragements inouïs. 4/ De la forme (et du formel) en temps de crise. Refusons les défections. Le temps de l'Occident, c'est la crise (Krisis en grec, et chez Husserl) toujours. La "mondialisation" en réduit le sens - à l'économisme. Donc retour à - où plutôt : réinvention de - la vraie crise permanente : la critique. 5/ Quel avenir pour la poésie ? L'avenir de la poésie ? La poétique, c'est-à-dire les poétiques, ou des poétiques. Sortons de la confuse homonymie de "poésie" , où s'indifférencient des contrariétés, qui s'accommodent et croient ainsi sauvegarder une bonne petite place "culturelle" secondaire pour la poésie (à demi "populaire" et à demi "élitaire"). 6/ La part de la prosodie dans l'élaboration du poème. Toute la part ! La partie est plus grande que le tout. La prosodie est l'entente de ma langue en son poème. Le secret de la prosodie française est le jeu du e muet et de la diérèse... Il me faudrait ici dix pages de plus ! 7/ La place de la traduction dans la démarche poétique. Décisive. Tout est traduction. Circonscrire le "ne pas s'entendre" les unes les autres des langues ouvragées est "la tâche infinie" (Walter Benjamin). Les langues, parfaites en cela que plusieurs (ce que ne dit pas Mallarmé), cherchent par leurs oeuvres, tendues à tous, à changer la surdité réciproque des langues (le mal-s'entendre dans le malentendu général des parlers, pour respecter la distinction saussurienne langue - parole), non pas en un (dés)espéranto globish, mais en une trêve active.
SEPT QUESTIONS A ALAA KHALID 1/ Une autobiographie en quelques mots. Alâa Khalid est né à Alexandrie en 1960. Il est diplômé de la faculté des sciences de l'université d'Alexandrie en 1982. Depuis 1999, il publie et édite la revue "Amkina" (Lieux) avec la photographe et artiste Salwa Rachad. Cette revue a pour objet la culture du lieu. Le poète et écrivain Mahâb Nasr, avait pris part aux premiers numéros. Il a huit recueils de poésie dont le dernier, Le néant aussi est un lieu de nostalgie, a été publié par l'Autorité générale du livre du Caire en décembre 2022 ; quatre romans dont le dernier, Le labyrinthe d'Alexandrie, est paru chez Dâr as-Shurûq au Caire en 2021 ; trois ouvrages sur la littérature de voyage parus chez Dâr as-Shurûq et Dâr as-Sharqiyyât ; quatre ouvrages en prose à mi-chemin entre l'autobiographie et la critique littéraire. 2/ Comment répondre à une injonction brusque : "Définissez la poésie". Pendant mon périple d'écriture poétique avec laquelle a commencé mon périple avec la littérature, une relation fluctuante est née avec la poésie. Sa présence, puis son absence, puis sa présence et ainsi de suite. Il y a toujours un iceberg immergé qui est seul à décider du moment de son apparition. Au départ, la poésie était le moyen de s'exprimer sur soi et de dire "la vérité" . Son principal moteur était à quel point elle était proche de la vie, de ses détails, jusqu'à se transformer avec le temps en de rares archives du quotidien. Mais bien sûr, à l'intérieur d'un contexte d'idées et de concepts auxquels je croyais à ce moment-là. Pendant les années où l'écriture de la poésie s'est arrêtée et qui a duré, peut-être cinq ou six ans ; je n'ai pas écrit une seule ligne. Comme si je redevenais illettré et que je ne connaissais pas les alphabets de ce monde. Puis un jour, le sommet de l'iceberg a commencé à poindre, j'ai commencé à glaner des signes pour des phrases qui bourdonnaient dans ma tête et une série de poèmes s'est mise à se succéder, comme si cet iceberg s'était formé une nouvelle fois et pouvait à présent flotter. Ce processus s'est répété environ cinq ans tout au long de ma vie avec la poésie qui s'est poursuivie plus d'une trentaine d'années. Cependant, à force, la crainte que la poésie ne se moque de moi a disparu, parce que je sais qu'il y a quelque chose qui se forme, des visions qui massèrent et une transposition quelconque en attente d'apparaître. Peut-être que ces interruptions constituaient le rythme du temps poétique en moi, ou bien le rythme de la vie d'une autre manière. La vie dont je cherchais les détails et en me les donnant, elle m'a donné ce rythme où elle vit. La vie a une autre révolution qu'elle effectue en tournant à l'intérieur du monde la poésie et des sens. Durant tous les moments de désespoir que je ressentais, où j'ai souvent décidé que je n'écrirai plus de poésie ou que la poésie de m'écrira plus, la poésie était tournée dans l'autre direction, en train de regarder mon navire en mer contre lequel elle risquait de se heurter. Peut-être est-ce la vie qui prit de nouveaux sens pendant mon périple avec la poésie, quittant les détails pour se mettre à la recherche de la structure ou de la forme qui la distingue. En effet, la structure ou la forme c'est ce qui donne le tempo, c'est ce qui guide le conscient et l'inconscient ensemble. Jusqu'à présent, elle ne m'a pas trahi. Je lui fais confiance parce qu'elle a préservé mon identité poétique, malgré ses interactions avec d'autres identités et d'autres manières d'écrire. 3/ Prose et poésie, la distinction a-t-elle un sens ? Il n'y a pas de distinction entre la poésie et la prose parce qu'en un sens, elles obéissent à une loi plus grande qui les anime, à savoir l'âme de la poésie. Je crois que l'écriture, sous toutes ses formes, est partie de ce lieu sacré. Ce paradoxe qui a fait que le langage dévie de ses origines pour exprimer ce niveau d'expression nouveau et inouï. L'âme de la poésie est l'origine qui s'est propagée dans de nombreuses et diverses formes d'expression. Pendant les périodes où l'écriture de la poésie s'est interrompue, elle lui trouvait d'autres échappatoires dans l'écriture de la prose. Cependant, même ainsi, elle ne s'est pas complètement diluée dans la prose. Peut-être a-t-elle pris une nouvelle version à l'intérieur de la prose, car il y a une différence entre l'âme de la poésie et le fait poétique. Ce qui s'est glissé vers la prose c'est l'âme de la poésie, tandis que le fait poétique avec lequel j'ai inauguré mes écritures avec la poésie, il n'en a jamais trop fait ni ne s'est perdu dans d'autres expériences. Ce "fait" a façonné la structure à travers laquelle la poésie peut apparaître, comme si la poésie créait sa propre coïncidence avec elle-même et non d'un autre contexte. 4/ De la forme (et du formel) en temps de crise. Peut-être que la crise humaine que nous vivons tous désormais et qui menace la poésie en ceci qu'elle menace le moi de l'Homme et réduit sa liberté, peut-être que cette crise a généré un enchevêtrement des formes, des structures et des genres d'expression poétique. Bien plus, elle a créé de nouvelles formes, à mi-chemin entre le conte et la poésie, entre le journalisme et la poésie, entre la poésie et la musique. Si bien que d'autres critères se sont ajoutés à son essence, afin de prendre le dessus sur ce moi contracté du fait de la crise. En ce qui me concerne, avec le temps et beaucoup de lacunes qui ont imprégné ma relation avec elle, le concept de "Vérité" s'est transformé, de même que s'est transformé mon concept de moi-même. La poésie s'est emmêlée avec des formes narratives qui inclinent vers le conte ou la narration. Cette construction narrativo-dramatique a fait en sorte que la poésie concentre son devenir sur la forme. Cet événement dramatique attend de flotter à sa surface, même si la poésie se trouve toujours au-delà des événements, des faits, et n'attend aucune histoire dans laquelle elle prendrait forme. J'ai commencé ces dernières années à tendre vers cette mystérieuse quintessence poétique qui cède plus à une intuition poétique et est loin d'un événement de vie en particulier. Peut-être que la mémoire enfantine s'est vidée, ou que son espace de révélation, de vérité, s'est heurté aux obstacles de la langue, du tabou et du normal ; ou du rétrécissement de la possibilité d'expression en raison de la crise humaine. La révélation s'est ainsi vidée de l'énergie de la culpabilité, de la transgression ou de la capture symbolique et iconique de la sphère privée. C'est pourquoi je me suis plus dirigé vers des espaces baignés dans l'ambiguïté existentielle qui sort d'un autre réservoir, autre que la mémoire de l'enfance. Peut-être est-ce le réservoir de la culture elle-même, dans l'une de ses représentations et son lourd héritage humain à l'instant où elle croise l'existence personnelle. 5/ Quel avenir pour la poésie ? Maintenant, partout dans le monde, la poésie est isolée et vit seulement des bourses dans les académies et les universités. Rien ne représente une poétique mondiale malgré la globalisation de la vie aujourd'hui. Mais c'est une globalisation qui ne forge aucun modèle humain. L'idée/ la référence commune se dissout au milieu de cette fragmentation de la vie malgré les nombreux abonnements à l'initiative des médias, mais la plupart ne sont que consommation. Cette fragmentation s'est reflétée sur la poésie et à présent, le poète, en dépit de ses liens avec le monde, est isolé. Ainsi, il y a un récit d'une expérience personnelle sans la moindre référence, intérieure ou extérieure, pleine de peurs et un flou quant à l'avenir et peut-être même une rupture avec le passé. Une expérience personnelle suspendue qui ne vit peut-être qu'à l'intérieur de la langue. 6/ La part de la prosodie dans l'élaboration du poème. Je crois que la prosodie est aujourd'hui très différente du passé. Ce n'est plus cette parole de mesures et de rimes, mais elle a une autre place. C'est comment préserver le rythme à l'intérieur du poème, à travers des formes répétées et diverses d'idées, et des manières de les formuler à l'intérieur de chaque poème. Peut-être que ce "rythme" est l'équivalent de l'ancienne prosodie et qui aujourd'hui se trouve à l'intérieur d'une large surface expérimentale. Par exemple, parfois, en libérant la langue de l'éloquence en la transformant en surface transparente révélatrice de sens. Bien sûr, il y a plusieurs façons selon la vision de chaque poète, mais toutes dépendent d'un effort organisé afin de transcender la surface de la langue en direction du sens. C'est pourquoi la poésie est à présent à même d'être traduite d'une langue à l'autre ; le sens est devenu flottant avec la surface de la langue ou se tient à proximité. 7/ La place de la traduction dans l'écriture poétique. Je pense que le rôle de la poésie aujourd'hui, dans cet instant de fragmentation que l'on vit, est d'unifier ou de créer un commun mondial et universel, ce que la culture globalisée n'a pas réussi. Peut-être parviendra-t-elle à relier de nouveau ces existences humaines à la fois unies et désunies sur un commun plus grand qui n'est pas la globalisation. Peut-être que la globalisation a forgé un monde unique, mais ses disparités sont grandes et chacun vit sa globalisation à sa façon. C'est pourquoi la traduction peut guetter cette pulsation différente de l'impact de la globalisation, afin de créer une universalité nouvelle, résistante, à travers laquelle le moi poétique, où qu'il soit, peut voir qu'il n'est pas à l'écart, ou seul face à la crise. Peut-être que cela redonnera au poète foi en l'avenir.
SEPT QUESTIONS A MIA LECOMTE 1/ Une autobiographie en quelques mots. Née à Milan, grandi en Suisse, et puis encore en Italie : Florence, Rome, et maintenant en Toscane, avec un pied à Paris... Deux mariages, trois enfants, beaucoup de chats et un sentiment permanent d'étrangeté : nationale, sociale, créaturale. Un handicap de l'identité, pourtant accompagné d'un amour imprudent de la vie. Bien résumé dans ces vers : "Debout entre l'arme pointée et sa cible / je mène une vie aisée" . 2/ Comment répondre à une injonction brusque : "Définissez la poésie". Par une brusque réponse "Jamais ! " . Je ne voudrais pas prendre le risque de suggérer le chemin pour s'approcher de mon unique refuge, entrouvrir la porte du seul lieu où je suis capable d'exister... 3/ Prose et poésie, la distinction a-t-elle un sens ? Le sens d'une distinction entre chant, aria et récitatif dans une pièce d'opéra. Il s'agit d'une question de fonctions et de durata. Mais ils partagent le même dessin musical global, le même langage soumis à la nécessité du rythme. 4/ De la forme (et du formel) en temps de crise. Le bénitier qui recueille l'eau du déluge. 5/ Quel avenir pour la poésie ? La poésie persistera tant que persistera l'humanité, son exil intérieur, sa nostalgie d'une mémoire de beauté. C'est une évidence plutôt banale. Mais après ? Dans ces temps apocalyptiques et informatisés, on se demande quelquefois si la poésie peut exister au-delà de l'homme. 6/ La part de la prosodie dans l'élaboration du poème. Brodsky a dit que les poètes, comme les oiseaux, sont identifiables par leurs chants. Il y a donc plutôt une "marque prosodique" , une sorte de "destin" musical - biologique et culturel, lié à la chimie et aux émotions de la langue maternelle - dont on ne peut s'échapper. 7/ La place de la traduction dans l'écriture poétique. Quels sont les confins d'une langue et à quel moment les dépasse-t-on ? A une époque de migrations globales, de transferts et d'échanges plurilingues, il faut repenser les langues comme une construction collective. Et le défi de la poésie consiste justement à toujours faire de sa propre langue une langue étrangère.