Ces photos Monsieur ? ...C'est du blanc, du gris et du noir. Bien sûr, face à elles, on peut se sentir mal à l'aise, mélancolique, regarder ailleurs... parce que dehors au moins il fait beau. On peut rire jaune parce qu'elles sonnent trop familier... on aime imaginer autre chose. On peut rire vert parce qu'elles rendent malade : pas de complaisance pour se prendre en pitié. Mais ces photos, Monsieur, pourquoi ne pas leur sourire ? Ces images, elles sont intimes comme des vacances en solitaire : il y a de l'eau et des vagues, grises à force d'être bleues. Et ces chiens pas même écrasés, ces chiens avec toutes ces jolies choses dans les yeux... Il y a des enfants, qui courent plutôt que de savoir où aller. Des jeunes femmes, des reflets. La beauté se devine plus qu'elle ne s'expose. Des gens qui attendent et s'ennuient, peut-être parce qu'ils n'ont pas de jeu de cartes, peut-être parce qu'ils sont déjà morts. Des fils électriques dans le ciel. Des ruines. Des drapés. Encore des ruines. Vous avez raison : on pourrait parler du tragique de ces images, de la tension entre la tristesse voilée et l'humour éclatant... Ça crève assez les yeux pour être tu. Allez-y Monsieur, regardez-les bien, regardez-les encore ces photos. C'est plus touchant qu'un album de famille... parce qu'on ne reconnaît personne.
Résumé : "J'ai tout retrouvé. Les enveloppes n'avaient jamais été ouvertes, faute d'adresse. Elles sont revenues. La poste n'a rien perdu. Sans autre destinataire que ce Monsieur, elles ont eu à attendre que je le devienne. Peut-être savais-je déjà qu'elles m'étaient adressées pour faire ainsi confiance au destin. En relisant ces lettres, je me découvre tel que j'étais. Je relis ces plus tard impatients, et me voici déjà à aujourd'hui. Que de solitude, que de joie folle à courir le vent. Je rêvais d'horizon, et me voilà assez grand pour le savoir hors d'atteinte. Et pourtant, je sens à nouveau l'infini me parler, il me souvient même qu'il m'aimait. Je ne suis plus seul, j'ai retrouvé mon enfance". L'écriture et la photographie chez Jean-François Spricigo l'ont amené à se découvrir plus tranquille qu'il ne croyait l'être. Cet amoureux inconditionnel de la nature et des animaux commence, au travers de cet ouvrage plein de délicatesse, à vivre enfin sereinement l'inconstance de l'espèce à laquelle il appartient.
Olivier Smolders représente un des visages les plus novateurs et les plus cohérents du cinéma belge contemporain. Spécialiste du court-métrage, marqué par l'esprit de dérision comme par le goût du fantastique, Smolders est aussi, dans la grande tradition de Chris Marker, Godard ou Tarkovski, un véritable écrivain. Poursuivant sa réflexion sur les arts et le cinéma, Olivier Smolders rassemble dans cet essai un florilège de fragments et de notes de travail qui ont accompagné la réalisation de Voyage autour de ma chambre, un film qui interroge d'une façon poétique la difficulté de chacun à trouver sa juste place au sein du monde. Le plaisir d'écrire avec des images et des sons s'est donc doublé de celui qui consiste à déplier parallèlement le thème du voyage selon un rythme, une structure et une économie propres à l'espace littéraire. Chemin faisant, ce livre, abondamment illustré, emprunte de nombreux sentiers de traverse qui autorisent autant de lectures diagonales.
Résumé : Artiste échappant aux modes, Jean-François Spricigo développe une oeuvre personnelle où la photographie est en lien avec la littérature, le théâtre, la vidéo et la musique. Dans Oraison sauvage, l'artiste met en récit son rapport intense à la nature et aux animaux, fondé non sur une hiérarchie mais sur une interdépendance, et sur un équilibre retrouvé entre instinct et connaissance, honnêteté des émotions et détermination de la pensée. Oraison sauvage rassemble plusieurs séries de photographies, en noir et blanc mais aussi pour la première fois en couleurs, dans une pluralité de formats dont de saisissants panoramiques. Il réunit aussi des textes de plusieurs natures : récit personnel, textes de ses créations théâtrales, entretien avec son ami l'écrivain belge récemment disparu Marcel Moreau.
Résumé : Jean-François Spricigo élabore depuis 20 ans un langage d'une rare puissance mêlant différentes écritures photographiques en lien avec l'écriture, les sons, la vidéo ou la mise en scène. Au fondement de cette oeuvre radicale, le rapport intense à la nature qui anime l'artiste, réfutant toute hiérarchie entre les formes de vie. Oraison sauvage, paru au Bec en l'air en 2021, a témoigné de l'intégrité de ce parcours. Nous l'horizon resterons seul, récit de voyages à La Réunion, à Mayotte et en Guyane, mène plus loin encore cette quête intime du sensible. Inspiré par la force indomptable des littoraux ultramarins, ce nouveau livre relate, en mots et en images, les souvenirs de rencontres humaines et animales, et se fait l'écho d'émerveillements toujours renouvelés devant l'immensité du vivant. Les photographies sont prolongées par un texte de Thierry Gillyboeuf.
Première impression forte que nous procure la vision des Sept Samouraïs: le générique du début du film défile en larges lettres blanches sur un fond noir. Chaque nom «tombe» sur l'écran massivement, laissant une empreinte profonde, appuyée par une musique aux percussions sourdes et au rythme martelé. Les signes sont épais, le trait vigoureux. Et Gilles Deleuze disait que c'était de cette manière qu'il fallait comprendre le style d'Akira Kurosawa, comme un caractère mat et compact. Ici la lettre n'est pas signe qui disparaît sous son sens, mais un sceau imprimé comme au fer rouge. Les symboles se mettent peu à peu à former des figures géométriques régulières. Ainsi se caractérise la présence dans les films de Kurosawa. Apparaître à l'écran, c'est déjà être engagé dans un jeu de forces, marquer sa puissance, avoir un poids.«Au XVIe siècle, époque de guerre civile, des guerriers dévastent les campagnes. Partout ces bandits sans pitié oppriment les paysans.»Ce film de 1954 se déroule au Japon, pendant la période Sengoku (1490-1573), époque sanglante durant laquelle se développent des mouvements d'autonomie rurale. Sous la menace de brigands, un petit village de paysans apprendra, avec l'aide de samouraïs, à se défendre et à s'autogérer.En reprenant une trame historique, Akira Kurosawa inscrit son film dans la tradition japonaise du jidai-geki ou film d'époque. Toutefois, il prétend en renouveler le cadre et les schèmes: «Un film d'action peut n'être qu'un film d'action. Mais quelle chose merveilleuse s'il peut en même temps prétendre peindre l'humanité.»Présence des corpsLe cinéma de Kurosawa est avant tout un art des corps. Dénudé, désirant, fébrile ou en mouvement, les destins qu'il met en scène sont autant d'aventures ou de métamorphoses du corps.Dans nombre de ses films, les premiers plans d'un personnage le présentent de dos, comme s'il était d'abord une masse pesante, plus ou moins musculeuse ou débile, plus ou moins agitée ou sereine, et bien moins un visage. Dans Les Sept Samouraïs, le premier plan de Toshiro Mifune le montre de dos grattant son échine courbée, comme un personnage qui ne sait pas se tenir. Au contraire, Barberousse, dans le film éponyme, également joué par Mifune, apparaît pour la première fois de dos dans la plus grande immobilité et dans la plus grande fermeté, comme une puissance intraitable. Kurosawa s'attache à singulariser la présence corporelle de chacun, comme celle par exemple de l'enfant fou dans Dodeskaden (1970), au haut front et à la démarche mécanique. Dans Les Bas-Fonds (1957), dans Le Garde du corps (1961), les personnages sont à la limite du monstrueux. Les uns, un fichu sur la tête, ne laissent voir qu'une face osseuse, les autres ont un crâne ou un ventre si protubérant qu'ils déséquilibrent toute leur silhouette. (...)
Van Malleghem Sébastien ; Gailly Anne ; Autreppe E
Sébastien Van Malleghem entame des études de photographie au "75" (Bruxelles) en 2006. Il part un mois en stage à Cuba (la Havane) en 2008, est diplômé du "75" en 2009, fait un stage d'un mois en tant que photographe de presse chez Photonews en octobre 2009. Il intègre le collectif Caravane en juillet 2010, est sélectionné pour le Workshop "Eddie Adams" aux Etats-Unis en octobre 2010. Il devient assistant de Tomas Van Houtryve en janvier 2011et fait partie d'une résidence d'artiste en Norvège, août 2012 (Halsnoy Kloster) ainsi qu'en Allemagne, octobre-novembre 2012.
Cet ouvrage résolument composite, comme son titre le suggère, s'inscrit dans la suite d'un autre recueil, Twist dans le studio de Velasquez, publié en 1998. Les textes regroupés ici (préfaces, articles, poèmes, récits, embryons de fictions, chansons, entretiens, échanges de mails), ou plus exactement étirés en chapelet, pour une grande majorité de circonstance ou de commande, sont présentés sans retouches (aux corrections d'usage près) par ordre alphabétique. Certains diront peut-être à propos de quelques-uns d'entre eux qu'il s'agit de fonds de tiroir. Absolument ! Et pourquoi le nier ? Je ne cherche pas le moins du monde, en effet, à hiérarchiser ce que j'écris. Par ailleurs, les plus anciens de ces textes ont, de fait, été retrouvés presque par hasard, comme lorsque, ouvrant une malle remplie de vieux papiers, on y découvre des bouts de soi-même oubliés. Leur provenance est indiquée en fin de volume.