Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Journées 1945-1971
Séféris Georges ; Ortlieb Gilles
BRUIT DU TEMPS
34,00 €
Épuisé
EAN :9782358732116
Le présent volume, avec lequel s'achève notre traduction intégrale des 9 tomes de l'édition grecque des Journées, peut légitimement apparaître, dans la lignée du précédent, comme le livre "total" d'un poète, d'un dia- riste et d'un diplomate qui serait en même temps essayiste, historien, épis- tolier, photographe, traducteur, mélomane et lexicographe à ses heures. Notre premier tome s'achevait sur les journées glaçantes du mois de décembre 1944, avec ses manifestations, ses combats de rues et ses tue- ries, annonciateurs de la guerre civile qui allait bientôt écarteler le pays. La nomination de Georges Séféris au poste de conseiller d'ambassade à Ankara, en 1948, lui permettra d'y échapper en grande partie, mais en aiguisant le sentiment douloureux et ambulant que la Grèce lui inspire depuis toujours. Tout comme le feront ses missions successives, à Londres d'abord, au début des années 50, et dans les pays du Moyen-Orient ensuite (Liban, Syrie, Iraq, Jordanie), à nouveau sillonnés pour l'occasion en tant qu'ambassadeur itinérant. A la fin des années 50, et jusqu'à son retour défi- nitif en Grèce en 1962, le voyageur impénitent qu'il avait été jusqu'alors paraîtra s'estomper devant celui qui est entre-temps devenu l'ambassadeur de Grèce en Grande-Bretagne, dernière étape d'une longue, pesante, car- rière diplomatique. En Angleterre même, l'ambassadeur finira par s'effacer devant le poète lorsque viendra le temps des honneurs et d'une reconnais- sance d'autant plus assurée, dirait-on, qu'elle aura été relativement tar- dive, et qui culminera avec l'attribution du prix Nobel de littérature, en novembre 1963. La petite dizaine d'années qu'il lui restera à vivre, il les passera à arpenter son Ithaque retrouvée, tel un Ulysse réconcilié - même si les toutes dernières seront assombries et rendues mutiques par la dictature des colonels et la chape de plomb que ceux-ci imposent au pays. Au centre de ces pages, il y a, dans les années 1950 la découverte émer- veillée de Chypre à l'automne 1953, comme une sorte de miracle venant en quelque sorte réparer la désolation que fut le retour au para- dis perdu de son enfance, Skala, lors d'un voyage en Asie Mineure. On y trouvera aussi l'évocation de ses amitiés lumineuses avec T. S. Eliot, Saint-John Perse, Yves Bonnefoy, ses rencontres avec Henri Michaux, Paul Eluard, Dylan Thomas ou Pierre Leyris - qui contribuent à faire de lui notre quasi-contemporain - et, surtout, le lien indéfectible qui l'unis- sait à son pays, la Grèce, dans sa grandeur et ses petitesses. Mais au- delà de la radiographie d'une époque et d'une identité, cette somme est d'abord, et avant tout, le vademecum d'un poète qui ne cesse de s'inter- roger sur son art, à la recherche des conditions qui lui permettront de s'acquitter au mieux de sa tâche. Car c'est au poète, aussi bien, qu'il revient "d'incarner sous sa forme la plus achevée la dimension spirituelle de l'aire hellénique, dont il se trouve être le porte-parole le plus responsable" .
Cornaros Vitzentzos ; Kohler Denis ; Séféris Georg
Ce Tristan et Iseult de la Méditerranée, célèbre de Venise à Constantinople, est traduit pour la première fois ici en langue française. Chants d'amour, tournois de chevalerie, actes de bravoure, glorification de l'honneur, filtres magiques, tous les éléments de la littérature courtoise sont là. Malgré lui, Erotocritos tombe éperdument amoureux de la fille du roi d'Athènes, la belle Arétousa. Elle, à son tour, est éprise. Mais son père ne veut rien savoir et l'emprisonne. Exilé, Erotocritos erre et dépérit, cherchant comment prouver au souverain qu'il est digne de sa bien-aimée. Erotocritos est une ?uvre majeure de la littérature européenne par le succès populaire qu'il a connu et connaît encore et par la force poétique de l'évocation amoureuse qui fait de lui le premier roman moderne de la littérature néo-hellénique. Georges Séféris, Prix Nobel de littérature et auteur du célèbre essai reproduit ici à la suite de l'?uvre, disait que c'était "peut-être le seul. en tout cas l'un des très rares textes grecs qui sachent parler sensuellemment dans un monde à l'érotisme refoulé."
Résumé : Le poète Georges Séféris naît en 1900 à Smyrne, dans une famille grecque qui en sera chassée par les Turcs lors de la "grande catastrophe" de 1922 qui marque la fin de l'Hellénisme d'Asie mineure. Dès lors, toute sa vie et dans les pages de ces Journées qu'il consigne à partir de 1925, Séféris tentera de répondre aux contradictions inhérentes à ce qu'est devenue la Grèce : un petit pays dont l'indépendance et l'intégrité territoriale sont sans cesse menacées, mais un pays avec une immense tradition. Comment, en poète qui a choisi d'écrire en grec, redonner une vie littéraire à la langue populaire de son pays, afin de renouer avec la vérité de l'Hellénisme, "caractérisé par l'amour de l'humain et de la justice" ? Comment, alors qu'on gagne sa vie comme fonctionnaire auprès des gouvernements successifs dans une période particulièrement troublée, affronter "l'épreuve inévitable" et ne pas céder au découragement quand on constate chaque jour que les hommes au pouvoir ne sauraient être à la hauteur de cet idéal ? Tout au long de ces pages, nous voyons Séféris vivre l'odyssée d'un perpétuel exilé : en Albanie où il est nommé avant-guerre puis - alors que la Grèce est vaincue, occupée, résistante, en proie à la guerre civile - en Crète, au Caire, en Afrique du Sud, à Jérusalem, à Londres, en Italie. Quelles que soient les circonstances, il mène de front deux existences parallèles : celle de l'homme de bureau - qui joue parfois un rôle de tout premier plan dans les événements historiques qu'il rapporte au jour le jour avec une acuité qui peut évoquer le Victor Hugo de Choses vues - et celle de l'écrivain qui rencontre André Gide, Henry Miller, Lawrence Durrell, commente Solomos ou Cavafis et publie de minces recueils qui permettront à la poésie grecque moderne de rivaliser avec celle de ses maîtres, Paul Valéry ou T. S. Eliot. La hauteur de vues, la lucidité et la probité dont il fait preuve, pendant toutes ces années, font de ce témoignage pour mémoire un monument sans équivalent dans son siècle et son pays d'origine. Et qui justifie d'autant, a posteriori, que lui soit attribué, en octobre 1963, le prix Nobel de littérature, pour la première fois décerné à un écrivain grec.
Publié en Angleterre en 1905, traduit en français en 1954 par son ami, l'écrivain et critique Charles Mauron, Monteriano est le premier roman d'E. M. Forster. Quelques années avant le célèbre Avec vue sur l'Arno (adapté au cinéma en 1986 par James Ivory sous le titre Chambre avec vue), Forster y explore déjà le thème du voyage initiatique et du choc des cultures: la société anglaise étriquée de Sawston confrontée aux sortilèges d'un petit coin d'Italie, modelé sur la cité toscane de San Gimignano. "Philippe fixait son regard sur le campanile d'Airolo. Mais ce sont les images du beau mythe d'Endymion qu'il voyait. Cette femme restait, jusqu'à la fin, une déesse. Nul amour ne pouvait être dégradant pour elle: elle était hors de ce qui se dégrade. Ce dernier épisode, qu'elle jugeait si vil, qu'il jugeait si tragique, lui offrit, en tout cas, une beauté suprême. Philippe se sentit porté à une hauteur telle qu'il eût pu, désormais, sans regret, avouer à la jeune fille sa propre adoration. A quoi bon? Tout le merveilleux était arrivé."
Je n'ai pas envie de parler de moi, mais d'épier les pas du siècle, le bruit et la germination du temps..." Même s'il s'en défend, avec Le Bruit du temps, publié en 1925 et rédigé en Crimée dès 1923, Mandelstam signe son livre le plus autobiogaphique et donc la meilleure introduction qui soit à son oeuvre. Il y évoque le Pétersbourg d'avant la révolution et sa formation de poète: de la bibliothèque (russe et juive) de son enfance à l'étonnant professeur de lettres, V. V. Gippius, qui lui a enseigné et transmis la "rage littéraire". Mais le livre est aussi une éblouissante prose de poète, qui annonce Le Timbre égyptien. Une prose où le monde sonore du temps (concerts publics, mais aussi intonations d'acteurs, chuintements de la langue russe) constitue la base du récit, une prose qui jaillit d'un regard à travers lequel le monde semble vu pour la première fois, avec une étonnante intensité. Mandelstam compose ainsi une suite de tableaux d'une exposition sur la préhistoire de la révolution. Le livre s'achève au présent sous une chape d'hiver et de nuit ("le terrible édifice de l'Etat est comme un poële d'où s'exhale de la glace"), face à quoi la littérature apparaît "parée d'un je ne sais quoi de seigneurial" dont Mandelstam affirme crânement, à contre-courant, qu'il n'y a aucune raison d'avoir honte ni de se sentir coupable. Pourquoi traduire une nouvelle fois Le Bruit du temps alors qu'il existe déjà deux traductions en français, l'une, médiocre, dans une anthologie de proses de Mandelstam intitulée La Rage littéraire chez Gallimard, jamais rééditée; l'autre, extrêmement précise, par Edith Scherer, à L'Age d'homme, reprise dans la collection "Titres" chez Christian Bourgois? Sans doute parce qu'il fallait faire appel à un poète pour donner à entendre dans une langue d'une grande richesse, la musique et l'éclat si particuliers de cette prose. Nous avons commandé cette traduction nouvelle à Jean-Claude Schneider, admiré de poètes allemands comme Hölderlin, Trakl, Bobrowski, qui avait déjà traduit de Mandelstam, à La Dogana, des poèmes de Simple promesse et surtout le magnifique Entretien sur Dante, précédé de La Pelisse.
Publié en 1924 et traduit en français dès l'année suivante, Route des Indes est le dernier et le plus complexe des romans de Forster. La tentative de relier deux mondes que tout oppose, déjà au coeur de ses livres antérieurs, y acquiert une tout autre dimension, confrontant cette fois la réalité infiniment confuse et mystérieuse, insaisissable, de l'Inde à l'orgueil et aux préjugés britanniques. Le roman est ici suivi d'Au fil de l'Inde, recueil d'articles écrits par Forster à la suite de ses voyages, en 1914 et 1923, et réunis par lui sous ce titre en 1936.