Qu'il soit aujourd'hui accepté dans ses significations les plus subversives ou que l'on débatte de son contenu réel, le concept de "Lumières radicales" s'est imposé dans les études historiographiques sur le XVIIe et le XVIIIe siècles: au maximum, comme un concept opératoire déjà mis en ?uvre avec succès ou, minimalement, comme un objet d'interrogation et de discussion entre chercheurs. Tout le monde s'accorde sur l'existence d'une "radicalité" au c?ur des Lumières. C'est sur le sens, le statut et l'histoire de cette "radicalité" plus ou moins clandestine que s'interrogent les différentes études qui composent cet ouvrage, ainsi que sur la continuité ou les ruptures caractéristiques de l'émergence des pensées et des mouvements contestataires depuis le milieu du XVIIe siècle. Existe-t-il un seul et même mouvement unitaire de la libre pensée au début de l'ère moderne? Quelle place attribuer au libertinage érudit vis-à-vis de ce qui deviendra les Lumières "radicales"? Le panthéisme, qui apparaît comme une position majeure du combat des Lumières radicales, enveloppe-t-il un athéisme lui-même radical ou n'exprime-t-il que le fond inavoué voire la vérité même de toute religion? A la lumière des différentes études qui composent cet ouvrage, c'est la multitude des "radicalités" (dans les contenus, les méthodes, les principes, etc.) qui s'impose.
L'auteur entraîne Blaise Pascal dans le domaine du politique pour projeter sur les " vertus républicaines ", sur la démocratie et sur le tragique de l'histoire, la lumière des trois ordres de la chair, des esprits et du cœur. Il s'agit d'apporter des éclaircissements sur les aspects décisifs de nos sensibilités politiques, et sur nos réactions aux événements qui exigent que position soit prise. Les thèmes de la violence et de l'utopie sont privilégiés, jusqu'à interroger Sartre sur ses allusions à Pascal (dans " Le Diable et le Bon Dieu ") et Thomas More sur sa Société idéale, difficilement compatible avec le réalisme de la foi. Pas plus que dans d'autres ouvrages, l'auteur ne sépare ici sa réflexion philosophique de ses convictions chrétiennes.
Le " Siècle d'or " (XVIIe siècle) des Provinces-Unies fut une réalité reconnue dès l'époque, tant par les Néerlandais eux-mêmes que par les innombrables étrangers, voyageurs, commerçants ou réfugiés, qui affluèrent de toutes parts. Le " Siècle d'or " (XVIIe siècle) des Provinces-Unies fut une réalité reconnue dès l'époque, tant par les Néerlandais eux-mêmes que par les innombrables étrangers, voyageurs, commerçants ou réfugiés, qui affluèrent de toutes parts. Phare de l'espace européen de leur temps, les Pays-Bas se sont illustrés par des innovations dans les domaines les plus variés : politique avec leur système républicain, technique avec les poldérisations, économique avec leurs établissements bancaires, artistique avec des peintres d'exception, religieux avec une gestion des cultes marquée par un impératif de tolérance alors exceptionnel en Occident. C'est ce pays en effervescence que nous présente ce dictionnaire à travers 450 notices dues à plus de 100 spécialistes, couvrant tous les domaines de la vie : de la traite des esclaves à l'interprétation de l'Ecriture sainte, du commerce avec les colonies à la peinture à l'huile, des guerres de Hollande à la production du fromage, du patinage aux Lumières radicales. Philosophes, artistes, personnages historiques, familles de notables complètent cette présentation du pays. L'eau, enfin, que ce soit celle de la mer ou celle des fleuves, occupe une place spécifique : des inondations à la construction navale, des écluses aux canaux, et à la cartographie. Une incursion vivante dans l'histoire du XVIIe siècle.
Regards inquiets est une somme de réflexions qui s'échelonnent sur de nombreuses années. Elles témoignent avant tout d'un souci de clarté sur ce qui se dit, se pense, se débat sur cette place publique mondiale que sont les médias, sans pourtant prétendre y mêler sa voix. L'auteur a vu naître l'écologie et a appris à la prendre au sérieux. Il a vu s'effondrer la superstructure religieuse de notre civilisation. Il continue à penser que rien ne pourra la remplacer, que la paix des religions est une condition essentielle du développement du monde, et que la démocratie est source de trop d'illusions pour que l'on puisse en faire une manière de modèle platonicien, de validité planétaire. L'auteur a vu le pouvoir du virtuel menacer d'obsolescence le réel, qui pourtant permet encore de penser à un ordre créé, incontournable et incomparable. Il croit à des valeurs jugées obsolètes et ne craint de se faire juger de réactionnaire, car il admet qu'il n'y a de vrai progrès que là où de nouvelles forces sont puisées au fondement des choses. La lucidité critique est la lumière dans laquelle il a rédigé ces pages.
Deux frères aux destins parallèles, tous deux enseignants - philosophie et littérature - et artistes, profondément catholiques, l'un vivant en milieu protestant et l'autre en milieu anglican, ont imaginé dans leurs vieux jours de rassembler des pages religieuses écrites au fil des ans, indépendamment l'un de l'autre mais où se communiquent intimement jubilation et réflexion. D'où le titre " Fêtes et Raisons ". Fêtes liturgiques et oraisons, sermons à fortes résonances théologiques et communications des idiomes - allemand/français. Le besoin de réunir dans une même foi poésie et intelligence est un héritage de leur père, théologien et poète, auquel ils rendent un commun hommage dans une page d'introduction. L'illustration de la couverture résulte du " collage " d'une peinture de l'un et d'une sculpture de l'autre. Elle symbolise une communion d'esprit peu commune.
La quatrième vague du féminisme a commencé : venue d'Amérique latine, portée par les combats contre les féminicides et pour la liberté des femmes à disposer de leur corps, amplifiée par le moment Metoo, elle constitue aussi-surtout-un mouvement qui s'attaque à l'inégalité des rapports de production et de reproduction sous le capitalisme. Qui dépasse, sans les exclure, les revendications juridiques ou paritaires et repense l'ensemble de l'organisation sociale à partir des oppressions subies par les femmes et les minorités de genre. Le féminisme est révolutionnaire ou il n'est pas : voilà la thèse soutenue par Aurore Koechlin, qui se propose d'abord de guider ses lectrices et lecteurs à travers l'histoire trop méconnue des différentes vagues féministes. Du MLF à l'inter-sectionnalité, de l'émergence d'un "féminisme d'Etat" au féminisme de la reproduction sociale, ce petit livre tire le bilan politique et intellectuel d'une quarantaine d'années de combats, repère leurs impasses, souligne leurs forces, pour contribuer aux luttes actuelles et à venir.
En ce début de XXIe siècle, vingt ans après la chute des vieilles bastilles, à Berlin puis en Afrique du Sud, des murs sont construits frénétiquement aux quatre coins du monde: en Palestine, entre le Mexique et les Etats-Unis, l'Inde et le Pakistan, l'Arabie Saoudite et l'Irak, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe, la Thaïlande et la Malaisie, l'Ouzbékistan et la Kirghizie... Sans compter tous les murs intérieurs, gated communities et autres checkpoints qui partitionnent et régulent les espaces nationaux. Alors que le XXe siècle avait prétendu se clore sur la promesse d'une ère d'échanges et de prospérité, des tensions nouvelles sont apparues, entre la fermeture et l'ouverture, l'universalisation et la stratification. Et ce monde qui se pensait en termes de flux et de circulations n'a depuis cessé de mettre en place des filtres et des dispositifs, largement dématérialisés, de surveillance et de contrôle. Dans ce contexte, que peuvent bien signifier ces murs terriblement concrets, d'acier et de béton, grillagés ou couverts de barbelés, sortes de survivances d'un autre âge? S'ils se révèlent largement inefficaces sur le plan fonctionnel, leur pouvoir discursif, symbolique et théâtral est incontestable: ils fonctionnent comme les icônes d'un pouvoir souverain et d'une nation préservée. Mais là où l'interprétation dominante en déduit que ces murs sont les symptômes d'États-nations renforcés, Wendy Brown y décèle au contraire un déclin avancé de la souveraineté étatique. Et selon elle, celle-ci se redistribue au profit d'autres entités désormais plus puissantes: le capital et la religion.
Ville globale, ville créative, ville multiculturelle, ville intelligente... Autant de slogans à la mode qui imposent et diffusent une vision aseptisée et consensuelle des réalités urbaines. Les villes doivent au contraire être bousculées, chahutées, contestées. C'est précisément ce que ce recueil se propose de faire en réunissant pour la première fois un ensemble d'auteurs dont la réflexion n'épargne ni les espaces urbains, ni les élites qui les façonnent et les gouvernent. Par la radicalité de leurs analyses, qui portent entre autres sur la financiarisation de la production urbaine, sur les trompe-l'oeil que représentent le développement durable, la mixité sociale ou le multiculturalisme, sur les dispositifs de surveillance et de contrôle des populations, et plus globalement sur les formes de domination qui régissent les rapports sociaux en ville, les onze textes réunis dans ce recueil parviennent à identifier, et par là à contester, les nombreuses contradictions spatiales et urbaines que le système capitaliste produit et reproduit. Ils nourrissent ainsi une géographie critique de l'urbain et, indirectement, une critique en profondeur des sociétés contemporaines.
La Révolution française a été taraudée par une question : comment transmettre l'événement inouï aux générations qui ne l'auront pas vécu ? Les révolutionnaires ont alors cherché à inventer des institutions civiles qui permettraient d'entretenir le souvenir, mais surtout une tenue, une manière révolutionnaire d'être au monde. Cette question, ces institutions, les lieux et les pratiques qu'elles ont fait surgir, sont autant de laboratoires sociaux sensibles pour comprendre comment l'événement depuis 1789 a été régulièrement réinvesti mais aussi dénié, renié, travesti, désinvesti, au point de devenir une sorte de "trésor perdu" pour des héritiers sans testament. La Restauration, les années 1830-1848, le Second Empire, la Commune de Paris, la Troisième République, le début du XXe siècle socialiste, les années sombres, ont métabolisé cette séquence brève dans de grandes discontinuités. Et les affrontements mortifères ont perduré de la Seconde Guerre mondiale à aujourd'hui. Loin d'une signalétique ambiguë faite de bonnets phrygiens, de bastilles à prendre et autres constituantes, ce livre invite à ne rien imiter mais aussi à ne rien négliger d'une histoire qui n'a pas été seulement libérale, d'une transmission qui n'a pas été seulement historiographique. Il invite, plus simplement, à retrouver la Révolution comme référence émancipatrice.