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La construction du "talent". Sociologie de la domination des coureurs marocains
Schotté Manuel
RAISONS D AGIR
24,00 €
Épuisé
EAN :9782912107688
Depuis le milieu des années 1980, les coureurs kenyans, éthiopiens et marocains opèrent une mainmise dans le domaine de la course de demi-fond et de fond. Les succès de ces athlètes sont rapportés de façon quasi-invariable à leur supposé talent inné : les sportifs les plus talentueux sortiraient automatiquement du lot des pratiquants, en vertu de leurs exceptionnelles qualités. La suprématie des coureurs d?Afrique de l?Est et du Nord au niveau mondial est alors décrite comme le produit d?une sélection naturelle qui tournerait à l?avantage de ces populations prétendument plus douées pour les efforts prolongés. Plutôt que de naturaliser la performance sportive, il s?agit dans cet ouvrage de rendre compte des logiques sociales qui sous-tendent la réussite athlétique. La surreprésentation des coureurs marocains parmi les champions du demi-fond repose sur une double construction sociale : construction de l?offre de travail d?un côté, avec le façonnement d?ambitions et de compétences dans le domaine de la course à pied chez des jeunes Marocains ; construction de la demande ensuite, avec l?émergence du professionnalisme en Europe au début des années 1980. Aucune de ces conditions, ni leur juxtaposition d?ailleurs, ne suffit à expliquer le succès international des coureurs marocains à compter de ce moment. C?est effectivement à la seule condition de mettre en relation les deux versants que l?on peut rendre compte de la répartition socialement construite des populations telle qu'elle se donne à voir en athlétisme depuis environ 25 ans. Mettre en doute l?idée d?un " talent " préexistant et intangible, ne revient pas à voir dans la réussite le pur produit d?un jeu social qui aurait propulsé le " champion " au sommet, indépendamment de ses qualités athlétiques. Or si jeu social il y a bien, il repose sur une compétence spécifique qui en est à la fois le support et l?issue. L?une des caractéristiques de cette compétence est d?être objectivement mesurable : le sport constitue un formidable laboratoire pour comprendre comment celui-ci se façonne. Du fait de " l?objectivité " des hiérarchies sportives ? en particulier en athlétisme, sport qui classe les concurrents sur un étalon chronométrique universel ?, on peut définir, précisément et à tout moment, le niveau de performance d?un sportif. Même s?il est centré sur la fabrique du " talent ", l?ouvrage peut également être lu comme une ethnographie de la jeunesse urbaine marocaine de milieux populaires et des conditions d?émigration/immigration d?une partie d?entre elle. Organisé autour de cas finement dépeints et replacés dans toute l?épaisseur de leur quotidien, il donne à voir ce que sont les univers de vie et de sens de jeunes marocains devenus coureurs. En les suivant dans leurs espoirs, leurs efforts et leurs échecs, c?est le portrait de la jeunesse sans avenir d?un pays dominé qui se dessine en creux : comprendre pourquoi et comment la course à pied peut devenir pour quelques-uns une voie de salut donne des indications plus générales sur le groupe dont ils sont issus. Et décrire l?intensité des attentes et des investissements associés à la pratique sportive donne une idée du dénuement des classes populaires maghrébines dont certains membres en viennent à tenter de courir leur chance. Au total, parce qu?il se fonde sur une enquête méthodique et approfondie, réalisée par un universitaire qui est aussi coureur de fond lui-même, cet ouvrage intéressera tous les spécialistes tant de sociologie du sport que des inégalités et des formes de relégations vécues par une partie de la jeunesse d?Afrique du Nord. Mais, il renvoie aussi à la question de la capacité des sciences sociales à comprendre le singulier et même le plus singulier des singuliers quand il s?agit de l?athlète d?exception et de l?homme hors norme.
Sportifs en danger " ? La formule peut surprendre au regard des fortunes amassées par les champions les plus connus. Ils font pourtant figures d'exception. La plupart de ceux qui sacrifient leur vie à la pratique compétitive sont confrontés, en effet, à l'insécurité permanente. Mais, plus que l'incertitude des résultats, c'est le refus de les considérer comme des travailleurs à part entière qui crée les conditions de leur précarité. Les dirigeants fédéraux contribuent à cette situation en encensant les vertus du sport amateur et désintéressé. Dénonçant les dérives de l'argent, ils appréhendent les athlètes dans une vision paternaliste, fermée à l'idée même de travail sportif. A l'inverse, ceux qui s'efforcent de promouvoir et de vendre le sport comme un spectacle déplorent le conservatisme des fédérations et participent, sous couvert de modernité, à l'instauration de pratiques libérales. Pris dans l'alternative " paternalisme/libéralisme ", les sportifs font figure de prolétaires de la performance. Tant qu'ils ne parviendront pas à faire reconnaître collectivement leurs conditions de travail spécifiques, ils devront supporter seuls les risques d'une carrière courte et aléatoire.
Dossier : La reproduction nationale Introduction, Sébastien Roux et Jérôme Courduriès Et les bâtards devinrent citoyens. La privatisation d'une condition d'infamie sous la Révolution française, Sylvie Steinberg La lignée et la nation. Etat civil, nationalité et gestation pour autrui, Jérôme Courduriès Faire la frontière dans les murs du laboratoire. Destins migratoires et usages de l'ADN aux Etats-Unis, Mélanie Gourarier L'Etat des origines. Histoires adoptives, conflits biographiques et vérités passées, Sébastien Roux Quand l'humanitaire est payant. Enquête sur l'expérience de jeunes volontaires français au Ghana, Alizée Delpierre Négocier les frontières. Parcours migratoires de Vietnamiennes, Hyunok Lee Savoir-faire Quantifier en ethnographe. Sur les enjeux d'une émancipation de la représentativité statistique, Julien Gros Fenêtre La croyance, la vérité et la ruse. Apparitions et enquête policière à Lourdes, Laetitia Ogorzelec-Guinchard Lectures François Buton - Jean Frances et Johan Giry
Freud. Encore une fois ! Avec conviction. Et non sans plaisir - compliqué, et contradictoire parce qu'humain, le seul possible ainsi que l'apprend l'oeuvre de Freud. Aucun clinicien, psychanalyste ou non, ne devrait prétendre se passer de cette oeuvre, peu à la mode. Car Freud n'a cessé de questionner la chose à laquelle ce clinicien est confronté chaque jour, du moins s'il se le permet au lieu de formater ses rencontres : la Lust et l'Unlust, éprouvées par un sujet dont le fonctionnement psychique ne saurait être réduit à ses seuls aspects économiques. Il faut donc restituer celles-ci entièrement, en résistant à tout réductionnisme naturaliste. Freud, héritier paradoxal de la modernité inaugurée par Descartes, a en effet dû se rendre à l'évidence : le sujet n'est pas "maître et possesseur" de lui-même, et il faut bien qu'il le supporte, n'en déplaise aux tenants actuels du pragmatisme technique. Par ailleurs, s'il faut passer par Freud, c'est pour s'en passer, à certains égards. Qui bene amat, castigat. Freud est un auteur qui mérité d'être contredit et questionné. Et l'on ne saurait s'approprier son oeuvre de manière durable sans traduction. Celle-ci est entreprise ici à partir des oeuvres de Michel Foucault, qui s'oppose à la trop évidente vérité sexuelle du sujet, et de Jean Gagnepain, qui permet en outre de formuler une authentique axiologie, délestée de ses présupposés freudiens, trop sociocentriques. Aussi, ce livre est-il à prendre pour le premier tome d'une série intitulée Still lost in translation, consacrée à une relecture de l'Odipe tyran de Sophocle. La vérité du héros tragique, très différent de l'Odipe freudien, apparaît dans l'exercice du pouvoir par un héros éphémère, mortel, institué à la manière du "tyrannos" antique, et appelé à sauver la cité d'une injustice en se perdant lui-même.
Résumé : Le charisme figure parmi les catégories d'intellections traditionnelles des sciences sociales. De Weber à Geertz ou Kershaw, du charisme personnel au charisme d'institution, il entre de longue date dans l'explication des formes d'organisation des sociétés humaines et dans l'élucidation des rapports de pouvoir, profanes ou religieux, qui les structurent. Des déférences de rang au leadership du chef, les travaux sont nombreux qui étudient les signes, les rites et le mécanisme des croyances qui, au sein de groupes et de périodes précises, en fondent et en perpétuent l'autorité collective. Pour son premier numéro, la revue Sensibilités. Histoire, critique et sciences sociales a choisi de prendre pour objet l'" enchantement affectif " qui se tient au centre de la relation charismatique. Elle propose ainsi d'analyser ensemble, dans les conditions changeantes de leur emboîtement, la construction, sociale, politique, historique, des propriétés qui fondent le charisme, qu'il s'agisse de l'autorité d'un dieu, de la prestance d'un chef de bureau ou de l'aura d'une oeuvre d'art, et celle, sociale, politique, historique, elle aussi, qui organisent les conditions de l'admiration, de la reconnaissance ou plus simplement de l'attente qui font vivre le charisme. Non pas qu'est-ce que le charisme, autrement dit ? mais bien plutôt quand y-a-t-il charisme et qu'est-ce qui agit sous son nom ?
Un bureau de préfecture, une file d'attente, un espoir - obtenir des papiers. Désormais banale, cette image de l'immigration occulte l'essentiel: ce qui se joue de l'autre côté du guichet. Là, des fonctionnaires examinent les dossiers, jaugent les candidats, statuent sur leur sort. C'est à eux que l'État délègue la mise en ?uvre de sa politique d"" immigration choisie". Mais qui sont ces hommes et ces femmes qui décident d'attribuer des papiers ou, au contraire, de reconduire à la frontière? Comment tranchent-ils? De quelle latitude disposent-ils dans l'interprétation des règlements? Au terme de plusieurs années d'enquêtes dans les coulisses des consulats, des préfectures et des services de la main-d'?uvre étrangère, Alexis Spire dévoile la face cachée de cette machine à trier les étrangers. Ceux qu'on éloigne, et ceux qui rejoignent la main-d'?uvre bon marché réclamée par les employeurs. Situés au bas de l'échelle administrative, les personnels chargés de l'immigration sont sommés de" faire du chiffre "et de" traquer les fraudeurs ". Cobayes de la" modernisation de l'Etat ", ils s'enrôlent dans cette croisade en croyant défendre le modèle social français."
Dépensier, "inefficace", l'État social est la cible d'attaques récurrentes et l'objet de multiples réformes. Mais que sait-on des professionnels qui ?uvrent en son nom au quotidien? Comment font-ils face aux changements incessants de leurs conditions de travail? Au cours d'une longue enquête dans plusieurs services sociaux, la sociologue Delphine Serre a choisi comme fil directeur les signalements d'enfant en danger qui sont envoyés à la justice. Entre 1994 et 2006, le nombre de mineurs concernés a quasiment doublé. A travers ces signalements on découvre les savoirs et les pratiques, les règles juridiques et les normes éducatives qui guident les assistantes sociales chargées d'identifier les désordres familiaux. La décision de faire appel au juge dépend aussi du contexte de travail, de l'appartenance générationnelle et de la trajectoire de ces agents. Partagées entre le souci d'agir et la peur d'aggraver des situations déjà dramatiques, les assistantes sociales doivent surmonter leurs doutes et trancher. Elles sont d'autant plus déstabilisées qu'elles sont soumises à un nombre croissant d'injonctions, parfois contradictoires, et disposent de peu de ressources pour venir en aide à un public de plus en plus précarisé. Derrière leur réticence ou au contraire leur empressement à signaler apparaissent les causes structurelles du "malaise" des travailleurs sociaux. En nous faisant entrer dans les coulisses de l'Etat social, ce livre permet de comprendre l'épreuve que traversent les professions du public qui, sur le terrain, sont confrontées au désarroi des familles tout en voyant leurs moyens se réduire.
Résumé : Certains métiers sont attractifs, moins pour le confort matériel qu'ils garantissent qu'en raison de l'image valorisée et valorisante qui leur est associée, ou de l'épanouissement dont ils portent la promesse. Ils reposent sur un fort engagement personnel, qui peut être subjectivement vécu sur le mode de la passion et du désintéressement. L'orientation professionnelle vers le secteur culturel participe de cette logique vocationnelle. Quelles sont les modalités de cet appel? Qu'est-ce qui prédispose à y répondre ? Quels sens ces orientations revêtent - elles ? Pour répondre à ces questions, Vincent Dubois a enquêté sur les étudiants qui se destinent à l'administration culturelle. En révélant qui et ce qui s'y investit, ce livre apporte un éclairage inédit sur ces métiers. Ces positions intermédiaires où se croisent héritages familiaux et investissements scolaires, espoirs d'ascension sociale et lutte contre le déclassement, offrent plus largement un point de vue privilégié pour l'analyse des modes de reproduction dans la France contemporaine.
Wall Street est le symbole même de la finance des années 1980, du capitalisme triomphant, des empires bâtis sur des opérations de bourse de grande ampleur, par des personnages à la réputation sulfureuse (George Soros, Ted Turner, Michael Milken) qui se sont assurés, en un temps record, des fortunes personnelles immenses. Vingt ans plus tard, les mêmes se lancent dans de grands projets de fondations privées qui auraient pour seul objet de faire le bonheur de l'humanité. Ces financiers devenus philanthropes évoquent l'épopée des "barons voleurs', les Carnegie et Rockefeller qui, partis de peu, avaient fondé les plus grandes entreprises du capitalisme du début de XXe siècle aux États-Unis, en recourant eux aussi aux marchés financiers. Et qui, sur le tard, avaient également cru bon de léguer à la postérité de grandes fondations, des universités ou des hôpitaux. A partir de cette analogie historique, Nicolas Guilhot montre que ce mouvement du capitalisme vers la bienfaisance universelle exprime une dimension essentielle de la reproduction du capital qui, pour se perpétuer, doit trouver les formes de sa propre légitimation."