Salué à ses débuts par Mallarmé et dans sa vieillesse par Jean-Paul Sartre, André Gide (1869-1951) a longtemps été un clandestin des lettres françaises. On comprend que le lecteur contemporain ait été un peu perdu devant une oeuvre protéiforme, difficile à saisir, s'écartant des genres traditionnels et qui, au travers d'une exploration formelle, s'attaqua à bien des tabous. Or, Gide n'a pas simplement cherché à écrire des livres. Il a mis sa vie entière au service d'une oeuvre qui se devait de refléter les questions morales d'une société, mais aussi de les critiquer. Auteur engagé avant la lettre, sa morale est contenue dans l'art, dans l'oeuvre d'art. Une phrase incorrecte le faisait sursauter. Vieil homme, il n'avait pas peur de mourir, mais d'écrire des phrases grammaticalement incorrectes. Jeune homme, il avait fait sien le mot des Ecritures : " C'est à ses fruits que l'on reconnaîtra l'arbre. " Dans une approche ternaire (Ecriture - Littérature - Culture), les neuf études ici réunies essaient de déterminer pourquoi ses fruits restent si savoureux, l'arbre si verdoyant.
Gustave Roud (1897-1976) est une des grandes voix de la poésie romande, l'équivalent de ce que Charles-Ferdinand Ramuz a été pour le roman. A ses textes en prose, d'Adieu à Requiem, de L'Essai pour un paradis à Air de la solitude ou Campagne perdue, s'ajoute une oeuvre de traducteur remarquable par sa qualité (Hölderlin, Novalis, Rilke, Trakl). Roud a influencé bien des poètes romands : Anne Perrier, Maurice Chappaz, Jacques Chessex, Philippe Jaccottet et Pierre-Alain Tâche qui donne, dans cet ouvrage, un témoignage inédit : " Visites d'un jeune poète à Gustave Roud ", complété par des extraits du Journal inédit de Roud. Le mérite de Gustave Roud tient à une transposition poétique perpendiculaire au moment vécu. Elle se fait par le recours à une langue mélodieuse, charnelle, tendue vers un équilibre phonétique aux contours arrondis, mais traversée de tensions extrêmes, de brisures, de constantes mises en question. Au travers des approches variées, signées des meilleurs spécialistes de Roud et de plusieurs jeunes chercheurs - français et suisses -, le présent volume montre en quoi ce poète, enraciné dans sa campagne vaudoise (que le promeneur impénitent ne cesse d'évoquer avec finesse et tendresse), dépasse le chant de sa terre et de son pays, pour rejoindre les grandes voix poétiques de tous temps.
Cet ouvrage propose un panorama de la survie des mythes antiques : roman, théâtre, poésie et cinéma, peinture, musique, réflexion théorique sur la constante métamorphose du matériau mythique. Visites du cadastre : manifestations primitives, avatars anciens et récents, nouvelles interprétations. L'articulation de l'ensemble est thématique et chronologique : de Jupiter et Hélios à Mithra le tauroctone, de Psyché à Hermaphrodite, du gracieux Adonis au courageux saint Sébastien. Visites des " laboratoires " du mythe que furent le Moyen Âge, la Renaissance, les siècles suivants, et surtout le XXe siècle. L'étude de noyaux mythiques, redéployés avec un grand art du détail, permet au lecteur de ressentir cette jubilation constante que renferme le travail sur le mythe.
Les contributions qui vont suivre examineront, librement, les variations de la temporalité chez certains romanciers du XXe siècle, riche en avatars et en subversion. Petit à petit, le temps devient lui-même un acteur privilégié de l'univers romanesque. Selon le mot de Claude Lévi-Strauss, que Proust n'aurait pas contredit, il accède au statut de " héros du roman ". Si le temps raconte son histoire, c'est qu'il " est né de l'exténuation des mythes ", et même " se réduit à une poursuite exténuante de sa structure. " (Mythologiques, t. III, 1968). Le temps romanesque peut se jouer des lois du temps réel, le contracter ou le dilater, l'accélérer ou le ralentir. Il mélange des segments et des séquences parfois fort éloignés au plan diachronique. Pour avoir été considéré comme un miroir du temps, un Zeit-Spiegel, le temps romanesque devient, au XXe siècle, un Zerr-Spiegel, un miroir déformant. Ainsi que le montrent les études de cet ouvrage, cet effritement ne nuit pas au genre : la liberté de la fiction y puise un renouvellement constant et assure à sa propre création un avenir qui déjoue les lois du temps. Pari gagné à en juger les auteurs de ce volume.
Le 1er août 1909, François Faber remporte la septième édition du Tour de France cycliste. Le " Géant de Colombes ", ancien docker sur le port de Courbevoie, entre dans la légende, mais bien plus qu'un parcours sportif exemplaire son itinéraire est un condensé de la France de la Belle époque. L'histoire d'un gamin de banlieue au physique hors du commun et à l'appétit féroce, grandi entre maraîchages et usines, puis saisi par le démon d'une petite reine qui fera sa fortune. Un enfant de son siècle, qui croise aussi en chemin la terrible crue de la Seine en janvier 1910, le grand Jaurès quelques jours avant son assassinat, puis fauché en pleine gloire en mai 1915, lors de l'une des plus formidables offensives de la Grande Guerre... En s'appuyant sur la presse d'époque et sur de nombreux documents inédits, ce livre retrace le destin romanesque de ce champion attachant, l'un des plus populaires de son temps, né et grandi en France, devenu luxembourgeois à sa majorité sans jamais quitter sa ville de Colombes, puis engagé volontaire dans la Légion étrangère pour défendre sa patrie d'adoption.
Comme à son habitude, Marie est la première à se proposer pour venir faire les courses avec moi, deux autres jeunes du groupe nous accompagnent. C'est un soir du mois de novembre, il fait froid, nous parlons du temps, va-t-il neiger ou non? L'ambiance est détendue, je raconte une anecdote personnelle Marie, assise à côté de moi se tourne brusquement et me lance froidement "On n'en a rien à faire de ta vie!" Sur le coup je me tais, je ne comprends pas l'agressivité de ses paroles, je passe à autre chose mais au fond de moi je suis blessée. Que s'est-il passé? Pourquoi de telles attitudes, la sienne, la mienne? Pour quelles raisons cela me touche-t-il autant?.
Dans un contexte économique caractérisé par la mondialisation où les fusions, délocalisations et liquidations d'entreprises sont autant de risques pour les managers, la ressource principale de l'entreprise reste la connaissance. Véritable capital technique, social et culturel, il convient de la préserver, de l'enrichir et de la transmettre. Le capital mémoire de l'entreprise ouvre la voie au management des savoirs, à la gestion des connaissances et à l'ingénierie de la mémoire organisationnelle qui, chacun dans son domaine, cartographient les compétences et les savoirs que recèle l'entreprise et en définissent les enjeux stratégiques. Loin d'être un tout homogène, la mémoire de l'entreprise emprunte à de multiples sources, individuelles ou collectives, se pourrit de cultures conflictuelles et se fixe sur des supports composites - simples récits d'anecdotes, documents de presse ou institutionnels (affiche, film d'entreprise, banque de données...). Par-delà les clivages culturels, les querelles de territoires, les tactiques du secret, les justifications plus ou moins excusables de l'oubli, cet ouvrage montre en quoi la mémoire constitue, pour l'anticipation stratégique et la construction identitaire des collectifs de travail, un facteur-clef dé la communication d'entreprise. L'exemple des Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire illustre toute là complexité et la richesse du capital mémoire d'une grande organisation.
Cette recherche part d'un intérêt pour la schizophrénie et des processus évolutifs qui peuvent être repérés. C G Jung a consacré sa vie à la description de ces dynamiques psychiques transformatrices. Ces potentiels s'animent lors de processus de crise psychique, de métamorphoses, ou lors d'épisodes psychopathologiques. Cette vision est de plus en plus partagée parmi les chercheurs en psychologie, en psychanalyse, en neurobiologie et dans les sciences du chaos.