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Monsieur Dido
Savinio Alberto
FLAMMARION
9,70 €
Épuisé
EAN :9782080645531
La journée est finie. Le corps de Monsieur Dido est étendu sur le lit. Sa tête chauve repose sur l'oreiller. Sa main, dans peu de temps, ayant abandonné la brillante histoire de la littérature latine de Concetto Marchesi, s'élèvera vers l'interrupteur de la lampe de chevet. Et Monsieur Dido retournera dans ses rêves. Est-ce cela, la sympathie qu'il cherchait ? Non. Même les rêves y sont étrangers. "Nos" rêves. Et antipathiques. Sauf un. Ce rêve de "soi-même" que Monsieur Dido voudrait rêver et toujours rêver encore. Ce rêve de soi-même où tout rentre, et se fond, et devient soi-même". Mais Monsieur Dido, dans ces textes qui sont parmi les tout derniers qu'Alberto Savinio ait écrit, est un "athlète dans la lutte contre les déceptions". Et il continue à écrire, peindre, subir l'étroitesse d'une vie privée aussi féroce que le regard et la langue qui la désignent, côtoyer les fantômes les plus présents des souvenirs et du rêve poétique, avant de laisser discrètement son double et créateur poursuivre son implosion de la vie domestique et son parcours hallucinatoire dans la seule réalité vécue qui compte : celle de l'imaginaire. "- Rassasiez ma curiosité. Ce soir, en arrivant à l'hôtel, j'ai entrevu par là-bas, en haut d'un grand escalier, une silhouette dressée, immobile. Est-ce un homme ou une statue ? Le veilleur de nuit me regarde fixement, commence à sourire. - Comment cela pourrait-être un homme ? ... C'est une statue. La statue d'un saint, en souvenir de l'ancien couvent. Nous nous sommes salués. Je restai derrière la porte de ma chambre à guetter. Je sors de nouveau, je traverse les couloirs. En haut du grand escalier, je ne trouve ni homme, ni statue : personne".
La ville de Milan, son histoire, ses monuments, ses musées, ses places, ses habitants, célèbres ou inconnus, sont ici les prétextes choisis par Savinio avec le propos d'illustrer ces lignes du préambule qui ont valeur de manifeste : " Dans l'ambition de faire "une oeuvre", il y a encore de la puérilité. Une fois cette puérilité comprise et dépassée, on n'écrit de livres, si on a encore envie d'écrire, qu'en forme de longue et tranquille conversation. " Songeur et précis, Savinio porte ici à son point extrême de perfection cet art de la digression qui le caractérise et qui fait de lui un auteur aussi singulier qu'universel.
On pourrait dire, paraphrasant Magritte : ceci n'est pas un livre de souvenirs. Que le lecteur ne s'apprête à y trouver ni la nostalgie larmoyante, ni l'égotisme satisfait, ni la teinte sépia qui font les succès du genre. L'art de Savinio est celui de la digression, de la flânerie poétique, de l'érudition désinvolte, de l'humour métaphysique. Remarquable artificier du langage, ses images explosent à l'improviste au fil d'une prose impeccable, comme autant de clins d'oeil à ces surréalistes dont jadis il fut l'ami _ et auxquels il réserve ici ses flèches les plus féroces. Dans cette trentaine de textes rédigés lorsqu'il vivait à Paris (et dont le dernier, Paris-Silence, fut écrit directement en français), Alberto Savinio se fait le chroniqueur insolent d'une France en suspens entre deux cataclysmes guerriers, parvenant tour à tour à nous surprendre, nous attendrir, nous faire rire : nul ne sait comme lui mêler gravité et impertinence. Qu'il évoque Max Jacob ou Apollinaire, Mata-Hari ou le Mont-Saint-Michel, Colette ou Landru, qu'il analyse le déclin du théâtre français ou réprouve _ déjà! _ l'envahissante obsession diététique des descendants de Rabelais et de Vercingétorix, Savinio écrit toujours juste ; et ses textes, dans lesquels André Breton voyait émerger " les fondements du mythe moderne ", conservent, à un demi-siècle de distance, une fraîcheur inaltérée. Alberto Savinio est né à Athènes en 1891 et mort en 1952 à Rome. Frère du peintre Giorgio de Chirico, il vécut longtemps à Paris, où il devint l'ami d'Apollinaire, de Cocteau, de Breton. Musicien, scénographe, auteur dramatique, metteur en scène, peintre, il est surtout connu en tant qu'écrivain (Toute la vie ; Maupassant et " l'autre " ; Hommes racontez-vous ; Achille enamouré).
Débarquant à Paris, le narrateur prend pension dans une étrange demeure de la rue Saint-Jacques. A la table d'hôte s'installent les protagonistes : un vicaire au double visage, un magistrat libidineux, une veuve hystérique et son fils possédé, une monstrueuse aïeule surgissant des ténèbres sur une chaise à porteurs, un serviteur champion cycliste, un gendre glouton et polyglotte, un gnome divinateur... Rien d'étonnant si la nourriture vous a des relents de cadavre : la maison, par-dessus le marché, a d'autres hôtes, invisibles ceux-là. Hilarante et corrosive, la prose de Savinio fait, ici encore, merveille. Qu'on ne s'y trompe pas : ce roman n'est pas seulement un grand livre comique prenant la France pour cible. Au fur et à mesure que le mystère se dénoue, dans l'obscurité du futur imminent, on entend gronder les rumeurs de la guerre. Alberto Savinio, né à Athènes en 1891 et mort à Rome en 1952, est le frère du peintre Giorgio de Chirico. Ecrivain, peintre au génie singulier, musicien, scénographe, il fit de longs séjours à Paris, et c'est Apollinaire qui publia ses premiers textes français (voir Hermaphrodito).