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L'individuité ou la guerre
Sangral Stéphane
GALILEE
24,00 €
Épuisé
EAN :9782718610290
Beaucoup perçoivent, devant la progression de la possibilité pour l'individu d'affirmer sa singularité et sa volonté de bien-être, une progression de l'individualisme. Pour maintenir tant bien que mal un semblant de cohérence, ils sont alors obligés de minimiser, voire d'occulter, la progression de la solidarité dans le monde, aussi bien le développement des divers systèmes de protection sociale étatiques que le développement des aides interératiques ou le développement des organisations non gouvernementales, Mais le concept d'individualisme ne décrit pas ce qui effectivement se passe au niveau de l'individu, il ne fait que l'effleurer de son aile douloureuse et s'écraser contre la vitre du concept d'égoïsme. Il faut inventer un autre concept : ce sera l'individuité. Et alors tout devient plus cohérent. L'individuité, définie comme la désacralisation totale de tout groupe et la sacralisation à égalité de tout individu, est ce qui permet de rendre compte du fait que c'est justement parce que la civilisation se structure peu à peu autour de l'égo, que c'est justement parce qu'elle transfère peu à peu, des dieux aux individus, ses mouvements les plus centraux et ses perspectives les plus fondamentales, qu'elle fait alors croître sa capacité à générer de la solidarité et même de l'altruisme. Le regard humain, qui depuis toujours vacillait, à la fois se courbant vers le despotisme de n terre et se perdant vers les mirages de l'au-delà, acquiert peu à peu la capacité d'enfin se stabiliser à hauteur d'humain, dans le regard de l'Autre. Vidant progressivement de leur substance les communautés identitaires au profit des individus qu'arbitrairement elles enclosent, déconstruisant progressivement les fausses transcendances au profit de l'autotranscendance de la conscience réflexive, faisant progressivement du Je le centre de l'univers, la civilisation se structure peu à peu autour du fait qu'il y a magnifiquement un nombre incommensurable de centres à l'univers, un par subjectivité. L'humanité n'avait toujours vécu qu'à l'ère des sacralisés groupales, qu'à l'ère de la dialectique identitarisme-religion, et puis, d'abord par un frémissement il y a deux millénaires et demi, et se renforçant peu à peu au cours des siècles jusqu'à de nos jours entrer dans un vertige exponentiel, voilà qu'une nouvelle dynamique émerge qui renverse tour : l'individu s'émancipe. Une nouvelle ère anthropologique s'ouvre à nous, il fallait la nommer : l'ère de l'individuité sera, ici, peut-être ailleurs, son nom. Un nom est aussi un outil, il permettra de mieux conceptualiser ce changement, pour mieux l'accompagner, et pour l'accélérer. Car les forces réactionnaires sont là, puissantes, actives, qui le freinent. Le militarisme est l'archétype du vivre-ensemble tel que l'agençait l'ère des sacralisés groupales, là où les individus ne sont que des fragments de groupes identitaires, d'insignifiantes munitions ne servant qu'à s'écraser, au mieux par terre, et le labour ainsi se fait, au pire contre celles des autres groupes identitaires, et la mort toujours triomphe : et ce monde affreux, bien qu'affreux, n'est pas facile à quitter, et le vivre-ensemble, bien que souffrant, ne se laisse pas facilement soigner, et le chemin sera alors encore long (peut-être même très long, mais peut-être pas tant que ça si l'on mit le penser) avant que chaque individu soit considéré comme un tout, avant que l'égalité ontologique remplace totalement les hiérarchies identitaires, avant que l'éthique du respect universel remplace totalement la morale sacrificielle, avant que l'humanité ait définitivement choisi entre l'individuité ou la guerre." Stéphane Sangral.
C'était pendant la guerre d'Algérie mais délibérément ailleurs, le plus loin possible, "aux isles"... Malvina, coup de foudre sur un paquebot blanc... Ses "vérités" ? Celles de la Martinique elle-même telles que les revit le narrateur à travers les souvenirs de deux passés que sépare une quarantaine d'années (1957-1997). Mais peut-on garder le contrôle de son parcours de vie lorsque le présent, brusquement, devient le temps le plus fuyant, le plus insaisissable ?
Je suis un labyrinthe, et j'y suis enfermé. Méandres et Néant est le relevé des empreintes de pas d'une aventure spirituelle, celle qui consiste à accepter que l'existence n'est pas un chemin mais un enchevêtrement de boucles, à accepter que notre seule profondeur est, puisque l'on ne fait que tourner en rond, l'usure du sol, et que le Néant se trouve juste en dessous, et que le sol n'est pas très épais, à accepter que ce relevé d'empreintes de pas, débutant sur la prise de conscience de l'implacable temporalité, ne nous conduise qu'à notre point de départ, la prise de conscience de l'implacable temporalité. Les mots de cette phrase, ne servant qu'à cerner les blancs qui partout cernent les mots de cette phrase, me cernent dans la boucle où se creusent mes cernes... Je suis un labyrinthe, et j'y suis enfermé. " Stéphane Sangral. "Il faut lire la poésie de Sangral, elle nous invite à explorer les vertiges d'une conscience qui se voit se voir; ce n'est pas la sienne, c'est la nôtre, lorsque nous consentons à quitter les rivages pour nous exposer au déséquilibre." Eric Hoppenot.
Creusant ces matériaux que sont la pensée et le langage avec ces outils que sont le langage et la pensée, Stéphane Sangral creuse également, dans cette boucle infernale et fascinante, une brèche. Peut-être peut-on résumer ce livre, peut-être même toute l'oeuvre sangralienne, à l'exploration minutieuse de cette brèche...
Une nuit est tombée dans un livre. Nuit d'automne, pluvieuse, brumeuse, sinueuse, tortueuse, anguleuse, étrangleuse. Je ne vis pas, je me regarde simuler : regarde, cher miroir, c'est lui, le " Je " du début de cette phrase, oui, regarde, c'est bien lui que je dois duper... Nuit de réflexion, rêveuse, douteuse, questionneuse, ensorceleuse, hasardeuse, vertigineuse. C'est cette nuit, je l'ai vu, qui a écrit ce livre. " Stéphane Sangral
Nous y sommes, elle craque, cette vieille peau du monde. Elle se dessèche, se desquame. On ne peut plus la toucher. Nous ne pouvons plus nous toucher. Les croûtes et les escarres de la lèpre... Non, Maldoror, tu ne savais pas à quel point serait vérifié ce que tu annonçais. Nous y sommes, nos cancers nous bouffent, nous bouffons des particules, partout on crève de faim et de peur, notre technologie vacille sous ses grands airs transhumains. Nous y sommes sans que personne sache où nous sommes. Nous nous touchons cependant tout en touchant à nos limites. Qu'est-ce que traverser un temps qui n'avance plus ? Quel est ce présent qui nous est fait, privé d'avenir comme de passé ? Il n'y a rien de catastrophiste ni d'apocalyptique à penser que l'existence comme telle peut se trouver exposée, violemment, à sa propre fugacité et finitude ? et même que ce soit là qu'elle prend sa valeur infinie, unique et insubstituable. L'homme passe infiniment l'homme : on peut dire que cette phrase de Pascal a ouvert la saison qui nous vient.
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.
Il y a une clé qui ne sèche jamais. Il s'agit de la clé qui déverrouillerait l'origine. La clé de la chambre interdite. On ne sait si elle est tachée de sperme ou de sang. On hésite toujours.