C'est à Prague que commence ce récit biographique autour d'Alfons Mucha. Et d'abord dans ce palais mélancolique qui lui fut offert à la toute fin de son existence, avant que les nazis ne l'emprisonnent, le poussant vers la mort. Mais la vie du maître de l'Art nouveau ne fut pas toujours aisée. Patrizia Runfola retrace ses débuts difficiles, à Prague, puis dans la bohême parisienne, où Mucha croise entre autres personnalités Paul Gauguin et Sarah Bernhardt. Ce livre pénétrant permet donc de mieux comprendre l'oeuvre si originale de cet artiste cosmopolite, qui n'aura de cesse pourtant de célébrer, après 1918, L'Epopée slave. " L'oeuvre et la personne de Patrizia Runfola vivent dans cette transcendance qui se trouve concrètement dans les choses, dans la vie, dans les ombres de la vieille Prague, comme dans le bruissement du vent ", écrit Claudio Magris dans son avant-propos.
Ce livre évoque la «Prague magique», la Prague des écrivains du tournant du siècle, la Prague de Franz Kafka et de ses amis. Du Golem de Gustav Meyrink au Brave soldat Sveik, des outrances expressionnistes de Werfel au cercle de Prague, du séjour de Rilke aux cubistes tchèques, Patrizia Runfola fait revivre sous nos yeux une culture fascinante et crépusculaire. C?est un guide imaginaire pour visiter cette vieille capitale en arpentant en rêve les ruelles obscures qui montent au Château, traverser le Pont Charles, ouvrir, comme l?auteur du Procès la lucarne qui donne sur le choeur de l?église de Tyn. C?est aussi l?ouvrage indispensable pour comprendre l?esprit d?une littérature qui a marqué de son influence la littérature européenne du XXème siècle.
Prague, ce centre dramatique et douloureux du destin occidental, s'éloigne lentement dans les brumes de l'Europe de l'Est à laquelle elle n'a jamais appartenu. Elle, première ville universitaire à l'est du Rhin, scène au XVe siècle de la première grande révolution européenne, berceau de la Réforme, ville qui a fait éclater la guerre de Trente Ans, capitale du baroque et de ses folies, elle qui, en 1968, a vainement essayé d'occidentaliser le socialisme importé du froid. L'image de l'Atlantide me vient à l'esprit". Edifiant bilan que celui dressé par Milan Kundera, en 1980. Prague, ville mythique malmenée par l'Histoire ; Prague, ville en constante mutation, sans cesse en train de se métamorphoser. Et de renaître à elle-même. C'est de cette Prague insaisissable que nous parlent les écrivains réunis ici - Jan Neruda, Leo Perutz, Max Brod, Franz Kafka, Vitezslav Nezval, Ivan Klima, Bohumil Hrabal, etc. Contant le roman d'une ville inconnue au charme irrésistible...
Leçons de ténèbres est un grand texte. Il rappelle par ses aspects durs et inquiétants certains récits de Hofmannsthal comme la Lettre du dernier Contarin. Écrit pendant les années quatre-vingt-dix, il est le seul ouvrage de fiction de Patrizia Runfola. Composé de récits autonomes et cependant liés par des thèmes et des leitmotive traversant des histoires et des personnages parfois imaginaires, parfois ayant eu une existence historique, racontés à la première personne par différentes voix, masculines ou féminines, se fondant néanmoins en une seule - on s'aventure dans l'ombre de la vie, on descend jusqu'à ses racines obscures. Ce sont des histoires d'artistes qui arrachent à l'obscurité et à la matière leurs secrets réticents si prompts à se replonger dans l'obscurité.Unique en son genre, ce livre est un adieu à la vie passionné, intrépide et mystérieux. Comme le souligne Claudio Magris: « Patrizia Runfola a le sens - moral, sensuel et douloureux - de la grandeur. »
Le seul moteur de notre civilisation productiviste est la destruction. Destruction des hommes, des peuples, des milieux naturels, destruction même de cette économie qui, emportée par son élan criminel, s'autodétruit et en trouve à se survivre qu'en détruisant ailleurs. " Le constat d'Armand Farrachi est clair : malgré les déclarations d'intention, malgré les efforts des écologistes, la planète est en danger. Ses ennemis cherchent un profit immédiat à empoisonner l'air, les sols et l'eau, à abattre les arbres et les animaux. Ils trouvent en outre un intérêt à détruire la réalité pour lui substituer un réel artificiel, éventuellement virtuel, qu'ils contrôleraient entièrement. Qui sont les ennemis de la Terre ? Les producteurs qui se livrent au pillage de la nature. Les chasseurs, pour qui la mort du non-humain est un loisir. Les consommateurs, prêts à brader leur liberté et leur responsabilité contre la promesse d'un bien-être trompeur. Les idéologues qui justifient la violence contre le vivant par les concepts commodes de " progrès " et " d'humanisme "... Cet essai polémique permet de prendre la mesure d'une agression généralisée. Sous forme de réponses aux critiques, il invite aussi à relever le défi de la liberté et à établir de nouvelles relations entre la planète et les hommes. La défense de la nature n'est-elle pas le plus sûr moyen de penser et de garantir la liberté individuelle ?
Paris est le paradis d'un personnage fantasque qu'on appelle le flâneur. " Avec érudition, l'écrivain polonais Krzysztof Rutkowski devient ce flâneur pour observer la scène littéraire et artistique parisienne, des libertins jusqu'aux postmodernes. A la recherche de ses compatriotes Mickiewicz et Gombrowicz, il entraîne le lecteur dans un parcours ironique à travers passages, labyrinthes et autres réseaux intellectuels qui ont fait - et peut-être font encore - de Paris une construction unique au monde. Aux côtés de Walter Benjamin, il décrypte les grandes mythologies de la capitale : l'absinthe, les cafés, les maisons closes, les bains-douches... mais son regard se fait plus critique lorsqu'il aborde l'avenir : " et si par hasard Mlle Utopie frappait à nouveau aux portes de la ville ? Hélas, personne n'a encore attrapé par les cheveux la nouvelle demoiselle Utopie en cette fin de siècle. On ne trouve pas d'idées nouvelles à Paris. Il semble que ce ne soit pas mieux au Mexique. En est-il de même à Cracovie ? "
Proust jeune homme fréquente assidûment le Louvre et ses peintres, infligeant à ses amis (Reynaldo Han, Lucien Daudet,etc.) des rendez-vous étranges au musée et de longues stations devant les tableaux. Dans la réponse au fameux questionnaire sur son peintre préféré, il répond Léonard et Rembrandt. Que fait Proust devant les Vinci du Louvre, en particulier le Saint-Jean Baptiste et la Joconde ? Il apprend ce que voir veut dire et ce que créer une oeuvre appelle de séparation et de force. Cet enquête d'Olivier Wickers, auteur de plusieurs essais remarqués (en particulier Chambres de Proust, Flammarion, 2013) emmène le lecteur dans les arcanes de la création artistique et littéraire.
Loin des commémorations de luttes passées et des célébrations nostalgiques de Mai 68, ce livre se veut avant tout, au sens propre, un "pavé graphique". Pour inciter chacun à ouvrir les yeux et à se prendre en main. Pour que chacun aiguise ses perceptions, acquière des réflexes, des habitudes. Dans ces pages sont rassemblées quelques idées, formules et solutions visuelles qui pourront servir encore. L'avenir n'est pas à l'ordre du jour, et les prochains pavés seront sans plage. Ami lecteur, garde ce livre, c'est une caisse à outils.