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Les trois villes orientées
Roudaut Jean
GALLIMARD
12,40 €
Épuisé
EAN :9782070255795
Istanbul, Salonique et Venise apparaissent comme une triple variation sur des thèmes byzantins, fragments de mosaïques et de remparts. Distinguer entre elles ce qui est général de ce qui est particulier à chacune serait refuser l'aventure que constituent les passages de l'une à l'autre. La ville est un rêve de pierre, mais en même temps la ville vit, encore et toujours, dans l'éveil des commerces, des travaux, des femmes, et Jean Roudaut est celui qui peut enfin rêver au sens de la profonde remémoration, qui sait lire le palimpseste complexe et ruiné des villes. D'une description historique (Byzance) à une interrogation sur la réalité de l'objet et de l'image (Venise), par la relation d'une promenade particulière (Salonique), c'est le récit d'un voyage d'Orient en Occident qui suit le soleil de son lever à son coucher.
Le 27 novembre 1886, Stéphane Mallarmé écrit à Vittorio Pia: "Je crois que la littérature, reprise à sa source qui est l'Art et la Science, nous fournira un Théâtre, dont les représentations seront le vrai culte moderne; un Livre, explication de l'homme suffisante à nos plus beaux rêves". La forme du Livre à venir est celle d'une cérémonie orale; la raison des mardis était celle d'anticiper la société future des lecteurs du Livre. Ce que, déjà, dans "Solennité", évoquait Stéphane Mallarmé: "J'imagine que la cause de s'assembler, dorénavant, en vue des fêtes inscrites au programme humain, ne sera pas le théâtre, borné ou incapable tout seul de répondre à de très subtils instincts, ni la musique du reste trop fuyante pour ne pas décevoir la foule". L'Ode (moins la forme poétique traditionnelle que l'écho du mot dans son sens grec originel de chant) unit théâtre et musique. La prestation orale de Mallarmé, devant ses amis, les mardis, rue de Rome, relevait de l'Ode. Pour intituler un de ses textes qui, avant d'être publié, avait été éprouvé devant un auditoire, Francis Ponge usa d'une expression heureuse: Tentative orale. N'y aurait-il pas eu de la part de Mallarmé quelque chose de cet ordre? Le Livre, cet ouvrage sans lieu et sans date, dont Mallarmé évoque sans cesse l'existence virtuelle n'aurait-il pas été l'objet d'essais le mardi, rue de Rome? Non pas pour que les propositions fussent critiquées par les auditeurs, mais pour que leur existence volante fût provoquée.
Résumé : Les passages et les messagers nous surprennent. Nous ne savons pas toujours apercevoir ni entendre ceux qui nous font signe. Il suffit cependant d'un geste ou d'un mot retenu pour qu'une voix nouvelle naisse en soi, murmure, partage, ordonne. Il importe dès lors de s'accorder à ce qui est donné, d'explorer le regard, d'éveiller le goût, d'affiner l'écoute, de sensibiliser le toucher, pour changer le corps et le monde en une chambre d'échos. Il faut aménager le théâtre de mémoire, se libérer du souci et de la mélancolie, explorer l'espace du nom et celui des mots, faire du jour une grande année. Des phrases demeurées en souvenir deviennent des personnages de fiction, qui se rencontrent, se mêlent, valsent les révolutions du temps dans des paysages orientés par Melville, Huysmans, Proust, Michaux, Breton. Nous ordonnant, une parole reconnue nous délie. Mais rien ne conduit qui ne déchire. Cependant de quelque rigueur que fasse preuve la voix, exigeant l'affrontement, visant à nous dénuder, nous ne cessons de recourir à elle, comme à la seule chance qui nous soit donnée de nous reconnaître. Défait de toute retenue, mais reconstitué, il reste à faire don du lieu recomposé ; en se faisant guide en une ville réelle, on introduit à une ville imaginaire. On construit une autre part de soi, si on veut, si on continue de vouloir.
Longtemps considéré comme un " nouveau romancier ", Robert Pinget a traité la littérature en poète, dans l'esprit de R. Roussel, et en méditatif, à la façon de M. Proust. Sans pour autant négliger le " vrai " (les narrateurs ont le souci maniaque de l'exactitude), ni le " beau " qui tient au " ton " musical adopté, il s'est préoccupé du " bien " que peut produire le travail littéraire. Ce n'est pas qu'il ait attendu le salut de l'écriture, en imaginant déceler entre les événements quotidiens cocasses les manifestations de la Providence ; ni une grâce, en tirant avantage des défaillances de la mémoire ; le bien espéré est celui de pouvoir, un jour, acquiescer à ce qui est dans le temps, et vivre avec l'innocence de l'enfant.
Cet essai voudrait rendre le lecteur sensible à ce que le narrateur d'A la Recherche du temps perdu ne confie pas au lecteur. Bien que Proust ait choisi de s'opposer à l'esthétique de Mallarmé, il n'en demeure pas moins persuadé qu'il est préférable de suggérer plutôt que d'affirmer. A mesure qu'il se délivre d'elles, le narrateur évoque les erreurs qu'il a commises ; il est convaincu qu'au terme de son travail d'éclaircissement, il connaîtra durablement un état de félicité, dont il a entrevu les prémices par intermittence. Mais quand, pour achever son parcours, le narrateur adjoint à la reconstitution du Temps perdu, l'hymne é la joie qu'est Le Temps retrouvé, il n'est plus celui qui avait conçu le triomphe. Il est marqué par les horreurs de la guerre. Dès lors, maintenir comme une victoire l'expression d'une espérance juvénile en la littérature, n'est-ce pas encore se leurrer ?
Résumé : Cette édition s'efforce de présenter les écrits purement littéraires de Chateaubriand dans un ordre à la fois chronologique et thématique. Ainsi le lecteur pourra relire un écrivain qui ne fut pas seulement chantre de sa propre désespérance et du néant, artiste frileux réfléchissant sur son art, historien consciencieux, mais aussi le plus intraitable génie contestataire. Toute son ouvre en effet s'insurge contre une religion mal comprise qui mutile l'homme, contre une fausse civilisation égoïste et cruelle qui monopolise morale et culture. Reflet de son temps, Chateaubriand l'est également du nôtre. Le texte a été établi d'après celui des Ouvres complètes parues chez Ladvocat. On a consulté les manuscrits accessibles et découvert des sources de l'ouvre qui s'ajoutent, nombreuses, à celles que nous connaissions déjà, surtout à propos des Martyrs et du Voyage en Amérique. Cette édition devient ainsi un instrument de travail enrichissant et suggestif.
Résumé : Cette édition s'efforce de présenter les écrits purement littéraires de Chateaubriand dans un ordre à la fois chronologique et thématique. Ainsi le lecteur pourra relire un écrivain qui ne fut pas seulement chantre de sa propre désespérance et du néant, artiste frileux réfléchissant sur son art, historien consciencieux, mais aussi le plus intraitable génie contestataire. Toute son ouvre en effet s'insurge contre une religion mal comprise qui mutile l'homme, contre une fausse civilisation égoïste et cruelle qui monopolise morale et culture. Reflet de son temps, Chateaubriand l'est également du nôtre. Le texte a été établi d'après celui des Ouvres complètes parues chez Ladvocat. On a consulté les manuscrits accessibles et découvert des sources de l'ouvre qui s'ajoutent, nombreuses, à celles que nous connaissions déjà, surtout à propos des Martyrs et du Voyage en Amérique. Cette édition devient ainsi un instrument de travail enrichissant et suggestif.