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LES TROIS ANGES. ESSAI SUR QUELQUES CITATIONS DE A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU
ROUDAUT JEAN
CHAMPION
29,00 €
Épuisé
EAN :9782745317384
Cet essai voudrait rendre le lecteur sensible à ce que le narrateur d'A la Recherche du temps perdu ne confie pas au lecteur. Bien que Proust ait choisi de s'opposer à l'esthétique de Mallarmé, il n'en demeure pas moins persuadé qu'il est préférable de suggérer plutôt que d'affirmer. A mesure qu'il se délivre d'elles, le narrateur évoque les erreurs qu'il a commises ; il est convaincu qu'au terme de son travail d'éclaircissement, il connaîtra durablement un état de félicité, dont il a entrevu les prémices par intermittence. Mais quand, pour achever son parcours, le narrateur adjoint à la reconstitution du Temps perdu, l'hymne é la joie qu'est Le Temps retrouvé, il n'est plus celui qui avait conçu le triomphe. Il est marqué par les horreurs de la guerre. Dès lors, maintenir comme une victoire l'expression d'une espérance juvénile en la littérature, n'est-ce pas encore se leurrer ?
Dans tout roman la mort est présente sous la forme simple de l'achèvement. La mort violente ou naturelle, brutale ou détaillée du héros, et de ses compagnons, en est la métaphore. Elle est en fait très ordinaire. Stéphane Mallarmé tient le Styx pour "un peu profond ruisseau". Une mort discrète imbibe la vie comme une eau la prairie. On a sans cesse à franchir la limite, la fin du paragraphe, celle du chapitre, plus difficile, celle du livre. Et si le chant reprend, c'est qu'on a deux fois vivant franchi l'Achéron. Comme Nerval après chaque douloureuse exploration qu'on dit être la folie. C'est un événe- ment "trop calomnié", la mort, tant qu'on ne la tient pas pour ordinaire. Elle est aussi intime que la "petite mort" aux amants. Elle peut être trop redoutée". "Les êtres humains sont des animaux particuliers : leur condition, pensent-ils, ne concerne que les autres. On les dit mortels par modestie, ou pour conjurer le sort. La littérature est un rappel à l'ordre acceptable : elle constitue un art de mourir imaginaire. On n'y meurt pas pour de vrai, et le lecteur, en refermant le livre, fait l'expérience de son immortalité. Il survit à ceux qu'il a aimés. Il fait aussi la preuve de sa puissance en ressuscitant ceux qui l'ont accompagné. Il leur suffit d'ouvrir le livre".
Un promeneur innocent entre dans une galerie de peinture. Il pénètre un monde étrange, antique sous les arcades, troublant par les figures. Le voici entraîné dans une aventure curieuse : des parcs s'ouvrent à lui, il s'attarde dans les boudoirs. La peinture n'est pas une surface mais un espace. Il en fait sa maison. Il pourrait ainsi s'établir, si, pour progresser, il ne devait admettre le sacrifice, qui est la figure violente de l'offrande. Alors, s'étant perdu de vue, il peut disparaître en un monde sans fin. Il s'agit donc d'un récit, et d'une histoire : celle de la vie de l'esprit. Les événements essentiels ont été fixés par Delvaux, Watteau, Chardin. Les dialogues sont écrits par Théophile de Viau, Vivant Denon, Edmond de Goncourt. L'enjeu du voyage est la connaissance des formes du bonheur.
Longtemps considéré comme un " nouveau romancier ", Robert Pinget a traité la littérature en poète, dans l'esprit de R. Roussel, et en méditatif, à la façon de M. Proust. Sans pour autant négliger le " vrai " (les narrateurs ont le souci maniaque de l'exactitude), ni le " beau " qui tient au " ton " musical adopté, il s'est préoccupé du " bien " que peut produire le travail littéraire. Ce n'est pas qu'il ait attendu le salut de l'écriture, en imaginant déceler entre les événements quotidiens cocasses les manifestations de la Providence ; ni une grâce, en tirant avantage des défaillances de la mémoire ; le bien espéré est celui de pouvoir, un jour, acquiescer à ce qui est dans le temps, et vivre avec l'innocence de l'enfant.