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Antigone - De Sophocle à Hölderlin. La logique du "rythme"
Rosenfield Kathrin-H
GALILEE
32,00 €
Épuisé
EAN :9782718605579
Qui a peur d'Antigone ? Personne ? Néanmoins, pour vraiment comprendre le défi de l'héroïne de Sophocle, il faudrait bien sentir un certain effroi devant l'étrange mélange de violence et de piété, de cruauté et de douceur de cette vierge. L'énigme de la beauté de cette héroïne - que nous aimons malgré l'horreur que certains de ses gestes ou mots nous inspirent - se confond avec le problème de l'interprétation de la tragédie. Antigone est une des tragédies les plus commentées, représentées et présentes dans l'imaginaire moderne. Après deux millénaires et demi, elle nous offre, toujours et encore, la possibilité d'une identification quasiment immédiate. Mais qu'y a-t-il de " réel " dans cette identification ? Qu'est-ce qui est forcé, illusoire ou sentimental dans notre admiration ? Voilà les questions que Hölderlin et Nietzsche ont posées au lecteur moderne en montrant que le goût des " chefs-d'?uvre " peut se dégrader et devenir un simple cliché. La traduction de Hölderlin - malgré son obscurité - arrache le drame de Sophocle aux grilles de lecture idéologique ou religieuse qui opposent la noble Antigone au tyran avide de pouvoir. Contre ce type d'applatissement sentimental, Hölderlin souligne, d'un côté, la cruauté magnifique de l'héroïne, de l'autre, il met en relief son statut véritablement politique. En même temps, il montre que Créon n'est pas seulement l'homme d'État, mais que son projet de gouvernement n'exclut pas un sincère souci pour son fils. Hölderlin lit la tragédie dans son double registre - les dialogues et la poésie lyrique, dont les images suggestives obscurcissent la clarté apparente des arguments dialogués. En creusant ainsi la surface supposément lisse et rationnelle, le poète fait apparaître la double articulation - mythique et historique, archaïque et actuelle - du drame. En effet, dans l'imaginaire de la légende héroïque, Antigone est une princesse royale, " dernière racine " d'un lignage de rois, tandis que Créon n'est qu'un descendant d'un lignage de régents et de conseillers royaux. Sophocle soumet ce fond mythique à un maniement ironique et ambigu, faisant affleurer certaines idées de justice et d'ordre de sa propre époque. Même s'il ne mentionne pas explicitement les institutions de son temps, celles-ci se dessinent discrètement sur le fond mythique. Pour les spectateurs du Ve siècle, l'attitude hautaine d'Antigone, par exemple, évoquait certainement l'épiclérat. Pour les contemporains de Sophocle, une jeune fille comme Antigone serait une épiclère, c'est-à-dire la fille d'un souverain mort sans descendance, qui a le droit de rester dans le foyer de ses ancêtres pour y engendrer un successeur pour son père (non pour son époux). Or, si Antigone prétend prolonger la lignée de son père, Hémon et Créon devraient renoncer à leur propre lignée... Le double enjeu généalogique et politique se (dé) voile dans les mots d'esprit et les allusions à double entente que la traduction hölderlinienne permet de repérer dans l'original grec. La version du poète allemand rend l'essence de la logique poétique de Sophocle : l'indicible qui flotte entre les lignes - et entre les actions volontaires et les fantasmes de meurtre et de sacrifice, d'amour et de haine qui hantent Thèbes.
Une mystérieuse petite-fille de Freud confie à un neuroscientifique américain un manuscrit inédit de son grand-père, rédigé à Vienne en janvier 1938: La Mégalomanie. Dernier pied de nez de l'inventeur de la psychanalyse à la postérité. Freud y remet en question le complexe d'?dipe et lui substitue une conception cruelle et ironique de l'Autorité, de la Connaissance et du Pouvoir.Entre neurosciences et psychanalyse, ce roman met en scène une maîtresse ignorée, un prix Nobel sadique, des soldats paralysés, un violeur autrichien, la "Machine Marilyn", le père de la théorie des Jeux, le véritable créateur de la tour Eiffel et un Freud ravageur affirmant que l'auto-tromperie et la mégalomanie sont à la racine de notre psyché et de la civilisation.Dans cette fiction, Israel Rosenfield lance-t-il une attaque virulente contre la psychanalyse ou dénonce-t-il les neurosciences? Avec un humour caustique, l'auteur se gausse de l'imposture scientifique et renvoie dos à dos ceux qui croient pouvoir maîtriser les mécanismes de l'esprit humain.
Résumé : Depuis plus d'un siècle, la neurologie et la psychologie ont mis au premier plan l'idée que l'activité fondamentale du cerveau était de nature inconsciente donc inaccessible, tandis que la conscience ne jouait qu'un rôle mineur dans les processus mentaux. Israel Rosenfield soutient au contraire que la conscience est une activité majeure du cerveau. Il montre en effet comment la mémoire, le langage, et les pensées qui tissent notre activité psychique quotidienne concourent aussi à la structure essentielle et fragile de la conscience. Réinterprétant des cas célèbres, il trace une "anatomie de la conscience", et suggère une approche considérablement neuve des fonctions mentales. Les cas qu'il évoque sont souvent bizarres et intrigants. Tous ont en commun une cassure des mécanismes neurologiques qui créent la conscience, qui déterminent la perception et la signification du monde, Dans la vie ordinaire, l'univers familier nous paraît aller de soi, et nous pouvons à notre gré l'oublier ou nous le rappeler, mais une altération cérébrale peut transformer le familier en quelque chose d'étrange, de faux, d'étranger, et faire disparaître un souvenir jadis accessible. Réfutant les arguments traditionnels sur le caractère inné ou localisé des "centres" correspondant aux fonctions mentales spécifiques, Rosenfield met l'accent sur le lien profond existant entre mémoire, compréhension et conscience. Et montre que le rapport conscient au Moi constitue un cadre de référence absolument essentiel par rapport auquel la mémoire fonctionne, ce en quoi elle n'a rien de commun avec la capacité d'une machine à stocker des informations. "Israel Rosenfield écrit de manière vivante et originale; nous croyons voir les patients qu'il évoque, et peut-être même les comprendre pour la première fois. Ce livre intéressera tous ceux à qui importent l'idée de la conscience et l'idée de l'homme." Oliver Sacks.
La philosophie a-t-elle quelque chose à dire sur le monde contemporain? Peut-elle intervenir dans des débats publics pour contribuer à éclaircir leurs enjeux et aider à mieux définir les conditions d'une réponse?La collection "Intervention philosophique" a pour ambition de montrer que l'on peut répondre positivement à ces deux questions. Il n'y a pas de philosophie sans exercice de la raison.Mais outre ses usages spéculatif et pratique, la raison philosophique a également une fonction de critique publique. C'est cet effet public de la philosophie qu'il s'agit de restituer par la publication de textes prenant position sur des questions d'actualité.Le monde s'est cassé le 11 septembre 2001. Un ennemi sans visage a sacrifié avec ses propres terroristes des milliers de personnes de tous âges, races et religions, en un acte instantané de barbarie aveugle qui cherchait moins à détruire qu'à anéantir.Après les regrets de principe, on a vite renversé les rôles. Certains intellectuels ont mis en cause l'Amérique dont l'arrogance aurait provoqué les attentats: il fallait abaisser ses orgueilleuses tours de Babel et l'humilier à travers la confusion des langues, des aciers et des corps.Quelques semaines plus tard, des philosophes français et brésiliens se sont interrogés sur le mélange de civilisation et de barbarie que présente notre époque en croisant quatre thèmes: "Terrorisme et Barbarie", "Langage et Barbarie", "Démo-cratie et Barbarie", "Mondialisation et Barbarie".À l'orée d'un nouveau siècle qui doit vivre sur les décombres de l'ancien, on peut espérer que les intellectuels n'oublieront pas le principe responsabilité qui préserve l'humanité à venir. Car, de la trahison des clercs à la barbarie des intellectuels, il n'y a généralement qu'un pas à faire. Un pas en arrière.
La métaphysique moderne met en oeuvre un nouveau concept de raison, tourné vers la connaissance des objets intelligibles. Comme ces dénominations impliquent une conception déterminée de la raison, le partage s'opère entre ceux qui peuvent être tenus pour sensés, et les insensés. Dans la tradition augustinienne, sensé est celui qui met la raison au service de la foi, insensé celui qui doute et se conduit selon la seule raison. L'argument ontologique de Saint Anselme enjoint la raison de s'enquérir des critères de la connaissance de Dieu, en chevauchant les frontières de la foi. Descartes, en s'appuyant sur les preuves de l'immatérialité de l'âme et de l'existence de Dieu, rompt avec cette tradition. Ainsi, la métaphysique moderne est le fruit d'une démesure de la raison qui marque de son empreinte l'avenir de la philosophie et annonce l'horizon de ses crises.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Il y a une clé qui ne sèche jamais. Il s'agit de la clé qui déverrouillerait l'origine. La clé de la chambre interdite. On ne sait si elle est tachée de sperme ou de sang. On hésite toujours.
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.