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Critique N° 836-837, janvier-février 2017 : Giorgio Agamben
Roger Philippe
MINUIT
14,00 €
Épuisé
EAN :9782707343338
De Stanze, paru en France en 1981, à Polichinelle, le dernier-né, peu d'oeuvres philosophiques contemporaines ont exercé sur leurs lecteurs le même charme que celle de Giorgio Agamben. Charme au sens le plus fort : ce qui enchante et ce qui enchaîne. L'enchantement naît de ce chatoiement d'une langue et d'une pensée prenant à la traverse philologie, métaphysique et politique. Ondoyante et diverse, telle apparaît de prime abord cette oeuvre si singulière. Mais si elle enchaîne, c'est par sa rigueur, par le caractère construit, délibéré et pour ainsi dire prémédité de sa démarche. La série Homo sacer vient d'être réunie en un seul volume dans sa version française, mais il est clair qu'elle a d'emblée été conçue pour devenir cette somme, tandis que d'autres chemins ne cessaient, autour d'elle, de bifurquer. Ce numéro de Critique, dirigé par Ernesto Kavi, n'a pas vocation à faire le bilan d'une oeuvre qui suit son cours. II voudrait contribuer au riche débat que suscitent, depuis plusieurs années et dans de nombreux pays, les travaux de Giorgio Agamben. Et peut-être, grâce aux contributions ici ras- semblées, aux deux inédits qu'il a bien voulu nous donner et au dialogue qui s'est établi, pour ce numéro, entre Patrick Boucheron et lui, d'esquisser le portrait de ce philosophe qui dit "chercher à sa façon le passage du Nord-Ouest dans la géographie de la vraie vie".
Après ses numéros sur Vienne, Berlin ou Moscou, Critique saisit Paris dans un moment particulier de son histoire, à l'issue d'une réflexion collective féconde sur le destin du " Grand Paris ", qui a mobilisé plusieurs centaines d'intervenants. Paris, en sautant le Périphérique, saute-t-il dans l'inconnu ? Pour répondre à cette question, Critique donne la parole aux acteurs directs de la mutation annoncée (architectes, urbanistes, ingénieurs, paysagistes), mais aussi à tous ceux (anthropologues, économistes, historiens, critiques, artistes et écrivains) qui ont leur mot à dire sur la ville et ses usages. Au fil des contributions et entretiens rassemblés par Jean-Louis Cohen, une nouvelle ville s'annonce et déjà se profile, dont il ne tient qu'à nous de saisir le dessein. Pour que ce Paris-là, lui aussi, nous appartienne...
Sous ce titre, clin d'?il et hommage à l'une des plus belles chansons de Brigitte Fontaine, Critique a réuni des études consacrées à la radio, cette Voix par excellence du XXe siècle. Esteban Buch, musicologue et auteurs d'ouvrages remarqués (sur les hymnes nationaux, La Neuvième de Beethoven. Une histoire politique, etc.), analyse les ambivalences d'Adorno, ennemi juré de la radio, et revient sur les très intéressants textes de Pierre Schaeffer de 1941-1942, récemment réédités. Camille Renard, jeune universitaire saisie par la passion radiophonique, nous parle des deux derniers livres d'Alain Veinstein: de l'inventeur des Nuits magnétiques, donc, mais aussi du poète. Marielle Macé, qui a déjà dirigé pour Critique le numéro "Du style!", commente le livre que Peter Szendy a consacré aux "tubes". En contrepoint, une note insolite, un témoignage que nous devons à la générosité d'Umberto Eco: un extrait de la préface, inédite en français, qu'il a rédigée pour la réédition italienne de L'Oeuvre ouverte chez Bompiani. Peter Szendy est aussi notre invité pour le grand entretien du mois: il y est question de musique, mais aussi de Kant, des extraterrestres et de l'ensemble des travaux de Szendy, dont on peut bien dire qu'ils constituent déjà une ?uvre.
Ce numéro spécial de Critique est consacré à l?oeuvre d?un de plus grands historiens vivants, Carlo Ginzburg, dont les Editions Verdier ont publié récemment Le Fil et les Traces et Mythes emblèmes traces (2010). Ses livres sont traduits en treize langues. Considéré comme un représentant essentiel de la « microhistoire », Carlo Ginzburg conjugue l?érudition la plus attentive au souci de dégager les tendances de la recherche historique contemporaine. Spécialiste de la période de l?Inquisition, influencé par la pensée d?Aby Warburg et d?Arnaldo Momigliano, attentif aux phénomènes qui, comme la langue et l?étymologie des mots, portent les traces des parcours labyrinthiques de l?histoire, il unit l?approche philologique à l?interrogation sur les manières d?écrire l?histoire.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.
Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? - Je ne sais pas. " Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final. " Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. "
Dès la première phrase, vous entrez dans le livre, ce livre que vous écrivez en le lisant et que vous finirez par ramasser sur la banquette du train qui vous a conduit de Paris à Rome, non sans de multiples arrêts et détours. Le troisième roman de Michel Butor, paru en 1957, la même année que La jalousie d'Alain Robbe-Grillet, Le vent de Claude Simon et Tropismes de Nathalie Sarraute, reçut d'emblée un excellent accueil de la critique. Couronné par le prix Renaudot, traduit dans vingt langues, c'est encore aujourd'hui le plus lu des ouvrages du Nouveau Roman.