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Critique N° 757-758, Juin-Juillet 2010 : Vivement Paris !
Roger Philippe
MINUIT
13,50 €
Épuisé
EAN :9782707321237
Après ses numéros sur Vienne, Berlin ou Moscou, Critique saisit Paris dans un moment particulier de son histoire, à l'issue d'une réflexion collective féconde sur le destin du " Grand Paris ", qui a mobilisé plusieurs centaines d'intervenants. Paris, en sautant le Périphérique, saute-t-il dans l'inconnu ? Pour répondre à cette question, Critique donne la parole aux acteurs directs de la mutation annoncée (architectes, urbanistes, ingénieurs, paysagistes), mais aussi à tous ceux (anthropologues, économistes, historiens, critiques, artistes et écrivains) qui ont leur mot à dire sur la ville et ses usages. Au fil des contributions et entretiens rassemblés par Jean-Louis Cohen, une nouvelle ville s'annonce et déjà se profile, dont il ne tient qu'à nous de saisir le dessein. Pour que ce Paris-là, lui aussi, nous appartienne...
Sous ce titre, clin d'?il et hommage à l'une des plus belles chansons de Brigitte Fontaine, Critique a réuni des études consacrées à la radio, cette Voix par excellence du XXe siècle. Esteban Buch, musicologue et auteurs d'ouvrages remarqués (sur les hymnes nationaux, La Neuvième de Beethoven. Une histoire politique, etc.), analyse les ambivalences d'Adorno, ennemi juré de la radio, et revient sur les très intéressants textes de Pierre Schaeffer de 1941-1942, récemment réédités. Camille Renard, jeune universitaire saisie par la passion radiophonique, nous parle des deux derniers livres d'Alain Veinstein: de l'inventeur des Nuits magnétiques, donc, mais aussi du poète. Marielle Macé, qui a déjà dirigé pour Critique le numéro "Du style!", commente le livre que Peter Szendy a consacré aux "tubes". En contrepoint, une note insolite, un témoignage que nous devons à la générosité d'Umberto Eco: un extrait de la préface, inédite en français, qu'il a rédigée pour la réédition italienne de L'Oeuvre ouverte chez Bompiani. Peter Szendy est aussi notre invité pour le grand entretien du mois: il y est question de musique, mais aussi de Kant, des extraterrestres et de l'ensemble des travaux de Szendy, dont on peut bien dire qu'ils constituent déjà une ?uvre.
Afrique et Philosophie ne sont pas des noms qui vont très bien ensemble : ainsi parle un vieux préjugé. Il est aujourd'hui renversé. Est-ce à dire qu'il faille parler d'une " philosophie africaine " ? L'expression est problématique et nous lui avons préféré : " Philosopher en Afrique ", qui désigne une activité, non une essence. Comme l'écrit Souleymane Bachir Diagne, professeur à Columbia University et lauréat 2011 du prix Edouard Glissant, qui a conçu ce numéro : " Il y a une activité philosophique des humains partout où ils se trouvent, qui va dans plusieurs directions, qui est posture herméneutique devant les oeuvres d'art, distance critique devant les traditions, réflexion sur le langage, l'oralité et l'écriture, sur le développement des sciences, mais aussi sur les conditions politiques de l'émancipation, sur les modernités, sur la mondialisation, une activité qui est pensée de l'humain et des droits qui lui sont attachés. Qui est aussi évaluation de sa propre histoire. " Quelles formes prend cette activité, aujourd'hui, sur le continent africain ? Est-elle sans rapport avec les extraordinaires sursauts auxquels nous assistons ? C'est ce qu'analysent les philosophes africains ou africanistes présents dans ce numéro.
De quoi riait-on, de quoi pleurait-on au Moyen Âge ? Comment vivait-on l'amour, l'amitié ? Ces questions toutes simples ont longtemps paru insolubles aux historiens. Seul ou presque, Lucien Febvre avait appelé dès les années 1930 à " reconstituer la vie affective d'autrefois ". Mais cet appel, pendant des décennies, n'a guère suscité de vocations. C'est tout récemment que l'intérêt des historiens pour les émotions s'est éveillé, à la faveur d'un changement de perception beaucoup plus général et en écho aux travaux menés dans plusieurs autres disciplines décidées à penser les émotions, voire à considérer l'émotion elle-même comme une forme de pensée. La psychologie cognitive, la philosophie analytique, les neurosciences, l'anthropologie ont mis au jour le tissage serré qui unit indéfectiblement les émotions et la raison, ainsi que la production culturelle des affects, et ce grand chambardement a modifié jusqu'à notre regard sur le passé. L'histoire n'en pouvait rester indemne. Encore moins l'histoire médiévale, si longtemps prisonnière, dans ce domaine, de caricatures et d'à peu près. On avait longtemps considéré, en effet, qu'au Moyen Âge, cette " enfance de l'Europe ", les émotions des individus et des peuples étaient elles-mêmes infantiles, impulsives, mal maîtrisées : à cette préhistoire émotionnelle aurait succédé bien plus tard la maturité des manières policées liées à une rationalisation croissante. Or nous savons aujourd'hui que les émotions sont culturellement produites, qu'elles sont à l'?uvre dans les processus de décisions rationnelles : toute leur trame historique est donc à reprendre. C'est ce grand chantier, ouvert depuis quelques années en France et à l'étranger, que nous font visiter les textes réunis ici par l'historienne Piroska Nagy.
Depuis sa naissance jusqu'aux dernières années du XXe siècle, la corrida n'a cessé d'inspirer artistes, poètes et philosophes. Georges Bataille fut de ceux-là et l'on ne s'étonnera pas de voir Critique revenir dans cette arène où se sont nouées, de longtemps, esthétique et éthique. Et il y a quelque urgence à le faire, tant la pauvreté des discours contemporains sur la corrida est indigne de son histoire, de ses principes et de ses fins. La corrida n'est ni un sport, ni un jeu, ni un sacrifice. Elle est plus qu'un spectacle et moins qu'un rite. Elle n'est pas tout à fait un art ni vraiment un combat. Elle emprunte à toutes ces pratiques qui sont la culture même, et en fait un tout original en les poussant hors d'elles-mêmes. Elle rend la tragédie réelle. parce qu'on y meurt tout de bon, mais rend la lutte à mort théâtrale parce qu'on y joue sa vie en habit de lumière. D'un jeu, elle fait un art parce qu'elle n'a d'autre finalité que son acte ; d'un art elle fait un jeu parce qu'elle rend sa part au hasard. Spectacle de la fatalité et de l'incertitude, où tout est imprévisible et l'issue connue d'avance. Mesure de l'homme à l'animal. Mesure de l'animalité à l'aune de l'humanité. Art paradoxal, la corrida fait rêver les arts : cinéma, peinture, danse, littérature. Objet insaisissable, elle défie la pensée : histoire, anthropologie, philosophie. Pour partie issu d'un colloque tenu à l'Ecole normale supérieure (Paris). ce numéro a été conçu par Francis Wolff et Pedro Cordoba. Pour remettre la corrida dans la lumière de sa vérité ?
L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités, - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'Etat. Chaque thème est censé constituer un "plateau", c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.
Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues. Il y a la peau du Noir, l'étoile du Juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l'on sait de quelqu'un qui a fait ou été quelque chose, et "ces gens-là, vous savez..." Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent "normaux" et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l'homosexuel, etc., et donne aux autres l'assurance, fragile, qu'à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l'espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l'autre côté de la barrière.
Juin 1940. Chartres, submergée par la foule des réfugiés du Nord, s'est simultanément vidée de ses propres habitants. Quelques unités combattantes en retraite la traversent encore, bientôt suivies par les premiers détachements de la Werhmacht. Resté à peu près seul à son poste, le jeune préfet est convoqué par le vainqueur, qui veut le contraindre à signer un document mensonger portant atteinte à l'honneur de l'armée française. Le dramatique récit de Jean Moulin, dont le dépouillement fait la force, ouvre, le 17 juin 1940, le grand livre de la Résistance.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.