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Critique N° 773, Octobre 2011 : Comme à la radio Adorno, Schaeffer, Veinstein, Szendy
Roger Philippe
MINUIT
11,00 €
Épuisé
EAN :9782707322029
Sous ce titre, clin d'?il et hommage à l'une des plus belles chansons de Brigitte Fontaine, Critique a réuni des études consacrées à la radio, cette Voix par excellence du XXe siècle. Esteban Buch, musicologue et auteurs d'ouvrages remarqués (sur les hymnes nationaux, La Neuvième de Beethoven. Une histoire politique, etc.), analyse les ambivalences d'Adorno, ennemi juré de la radio, et revient sur les très intéressants textes de Pierre Schaeffer de 1941-1942, récemment réédités. Camille Renard, jeune universitaire saisie par la passion radiophonique, nous parle des deux derniers livres d'Alain Veinstein: de l'inventeur des Nuits magnétiques, donc, mais aussi du poète. Marielle Macé, qui a déjà dirigé pour Critique le numéro "Du style!", commente le livre que Peter Szendy a consacré aux "tubes". En contrepoint, une note insolite, un témoignage que nous devons à la générosité d'Umberto Eco: un extrait de la préface, inédite en français, qu'il a rédigée pour la réédition italienne de L'Oeuvre ouverte chez Bompiani. Peter Szendy est aussi notre invité pour le grand entretien du mois: il y est question de musique, mais aussi de Kant, des extraterrestres et de l'ensemble des travaux de Szendy, dont on peut bien dire qu'ils constituent déjà une ?uvre.
Depuis sa naissance jusqu'aux dernières années du XXe siècle, la corrida n'a cessé d'inspirer artistes, poètes et philosophes. Georges Bataille fut de ceux-là et l'on ne s'étonnera pas de voir Critique revenir dans cette arène où se sont nouées, de longtemps, esthétique et éthique. Et il y a quelque urgence à le faire, tant la pauvreté des discours contemporains sur la corrida est indigne de son histoire, de ses principes et de ses fins. La corrida n'est ni un sport, ni un jeu, ni un sacrifice. Elle est plus qu'un spectacle et moins qu'un rite. Elle n'est pas tout à fait un art ni vraiment un combat. Elle emprunte à toutes ces pratiques qui sont la culture même, et en fait un tout original en les poussant hors d'elles-mêmes. Elle rend la tragédie réelle. parce qu'on y meurt tout de bon, mais rend la lutte à mort théâtrale parce qu'on y joue sa vie en habit de lumière. D'un jeu, elle fait un art parce qu'elle n'a d'autre finalité que son acte ; d'un art elle fait un jeu parce qu'elle rend sa part au hasard. Spectacle de la fatalité et de l'incertitude, où tout est imprévisible et l'issue connue d'avance. Mesure de l'homme à l'animal. Mesure de l'animalité à l'aune de l'humanité. Art paradoxal, la corrida fait rêver les arts : cinéma, peinture, danse, littérature. Objet insaisissable, elle défie la pensée : histoire, anthropologie, philosophie. Pour partie issu d'un colloque tenu à l'Ecole normale supérieure (Paris). ce numéro a été conçu par Francis Wolff et Pedro Cordoba. Pour remettre la corrida dans la lumière de sa vérité ?
De Stanze, paru en France en 1981, à Polichinelle, le dernier-né, peu d'oeuvres philosophiques contemporaines ont exercé sur leurs lecteurs le même charme que celle de Giorgio Agamben. Charme au sens le plus fort : ce qui enchante et ce qui enchaîne. L'enchantement naît de ce chatoiement d'une langue et d'une pensée prenant à la traverse philologie, métaphysique et politique. Ondoyante et diverse, telle apparaît de prime abord cette oeuvre si singulière. Mais si elle enchaîne, c'est par sa rigueur, par le caractère construit, délibéré et pour ainsi dire prémédité de sa démarche. La série Homo sacer vient d'être réunie en un seul volume dans sa version française, mais il est clair qu'elle a d'emblée été conçue pour devenir cette somme, tandis que d'autres chemins ne cessaient, autour d'elle, de bifurquer. Ce numéro de Critique, dirigé par Ernesto Kavi, n'a pas vocation à faire le bilan d'une oeuvre qui suit son cours. II voudrait contribuer au riche débat que suscitent, depuis plusieurs années et dans de nombreux pays, les travaux de Giorgio Agamben. Et peut-être, grâce aux contributions ici ras- semblées, aux deux inédits qu'il a bien voulu nous donner et au dialogue qui s'est établi, pour ce numéro, entre Patrick Boucheron et lui, d'esquisser le portrait de ce philosophe qui dit "chercher à sa façon le passage du Nord-Ouest dans la géographie de la vraie vie".
Après ses numéros sur Vienne, Berlin ou Moscou, Critique saisit Paris dans un moment particulier de son histoire, à l'issue d'une réflexion collective féconde sur le destin du " Grand Paris ", qui a mobilisé plusieurs centaines d'intervenants. Paris, en sautant le Périphérique, saute-t-il dans l'inconnu ? Pour répondre à cette question, Critique donne la parole aux acteurs directs de la mutation annoncée (architectes, urbanistes, ingénieurs, paysagistes), mais aussi à tous ceux (anthropologues, économistes, historiens, critiques, artistes et écrivains) qui ont leur mot à dire sur la ville et ses usages. Au fil des contributions et entretiens rassemblés par Jean-Louis Cohen, une nouvelle ville s'annonce et déjà se profile, dont il ne tient qu'à nous de saisir le dessein. Pour que ce Paris-là, lui aussi, nous appartienne...
De quoi riait-on, de quoi pleurait-on au Moyen Âge ? Comment vivait-on l'amour, l'amitié ? Ces questions toutes simples ont longtemps paru insolubles aux historiens. Seul ou presque, Lucien Febvre avait appelé dès les années 1930 à " reconstituer la vie affective d'autrefois ". Mais cet appel, pendant des décennies, n'a guère suscité de vocations. C'est tout récemment que l'intérêt des historiens pour les émotions s'est éveillé, à la faveur d'un changement de perception beaucoup plus général et en écho aux travaux menés dans plusieurs autres disciplines décidées à penser les émotions, voire à considérer l'émotion elle-même comme une forme de pensée. La psychologie cognitive, la philosophie analytique, les neurosciences, l'anthropologie ont mis au jour le tissage serré qui unit indéfectiblement les émotions et la raison, ainsi que la production culturelle des affects, et ce grand chambardement a modifié jusqu'à notre regard sur le passé. L'histoire n'en pouvait rester indemne. Encore moins l'histoire médiévale, si longtemps prisonnière, dans ce domaine, de caricatures et d'à peu près. On avait longtemps considéré, en effet, qu'au Moyen Âge, cette " enfance de l'Europe ", les émotions des individus et des peuples étaient elles-mêmes infantiles, impulsives, mal maîtrisées : à cette préhistoire émotionnelle aurait succédé bien plus tard la maturité des manières policées liées à une rationalisation croissante. Or nous savons aujourd'hui que les émotions sont culturellement produites, qu'elles sont à l'?uvre dans les processus de décisions rationnelles : toute leur trame historique est donc à reprendre. C'est ce grand chantier, ouvert depuis quelques années en France et à l'étranger, que nous font visiter les textes réunis ici par l'historienne Piroska Nagy.
Un des pionniers du Théâtre de l'Absurde, Samuel Becket, offre un spectacle qui fait rire jaune à plus d'une reprise. Deux personnages en attendent un troisième et pendant cette attente, ils refont le monde à leur manière. Jamais ce que l'on nomme l'absurde n'aura été si visionnaire et réellement vrai.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités, - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'Etat. Chaque thème est censé constituer un "plateau", c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.
Classeurs classés par leurs classements, les sujets sociaux se distinguent par les distinctions qu'ils opèrent - entre le savoureux et l'insipide, le beau et le laid, le chic et le chiqué, le distingué et le vulgaire - et où s'exprime ou se trahit leur position dans les classements objectifs. L'analyse des relations entre les systèmes de classement (le goût) et les conditions d'existence (la classe sociale) qu'ils retraduisent sous une forme transfigurée dans des choix objectivement systématiques ("la classe") conduit ainsi à une critique sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociales et des styles de vie. On pourrait, à titre d'hygiène critique, commencer la lecture par le chapitre final, intitulé Eléments pour une critique "vulgaire" des critiques "pures", qui porte au jour les catégories sociales de perception et d'appréciation que Kant met en oeuvre dans son analyse du jugement de goût. Mais l'essentiel est dans la recherche qui, au prix d'un énorme travail d'enquête empirique et de critique théorique, conduit à une reformulation de toutes les interrogations traditionnelles sur le beau, l'art, le goût, la culture. L'art est un des lieux par excellence de la dénégation du monde social. La rupture, que suppose et accomplit le travail scientifique, avec tout ce que le discours a pour fonction ordinaire de célébrer, supposait que l'on ait recours, dans l'exposition des résultats, à un langage nouveau, juxtaposant la construction théorique et les faits qu'elle porte au jour, mêlant le graphique et la photographie, l'analyse conceptuelle et l'interview, le modèle et le document. Contre le discours ni vrai ni faux, ni véritable ni falsifiable, ni théorique ni empirique qui, comme Racine ne parlait pas de vaches mais de génisses, ne peut parler du Smig ou des maillots de corps de la classe ouvrière mais seulement du "mode de production" et du "prolétariat" ou des "rôles" et des "attitudes" de la "lower middle class", il ne suffit pas de démontrer ; il faut montrer, des objets et même des personnes, faire toucher du doigt - ce qui ne veut pas dire montrer du doigt, mettre à l'index - et tâcher ainsi de forcer le retour du refoulé en niant la dénégation sous toutes ses formes, dont la moindre n'est pas le radicalisme hyperbolique de certain discours révolutionnaire.