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Critique N° 792, Mai 2013 : Rêves de la raison
Roger Philippe ; Joly Marc ; Cerquiglini Blanche ;
MINUIT
11,00 €
Épuisé
EAN :9782707322982
El sueno de la razon produce monstruos - le sommeil de la raison engendre des monstres : la célèbre gravure de Goya, qui appartient à la série des Caprices, figure en bonne place dans l'exposition du musée d'Orsay L'Ange du bizarre, que Jean-Loup Bourget a visitée pour nous et où les cauchemars sont plus nombreux que les rêves. La raison, pourtant, n'a pas toujours désespéré du rêve. C'est ce que montre le surprenant ouvrage de Jacqueline Carroy dont nous parle Marc Joly : consacré aux "livres de rêve" tenus au XIXe siècle par plusieurs pionniers des sciences humaines, il documente leur effort préfreudien pour se rendre raison à eux-mêmes des fantasmagories du sommeil. Quant à la philosophie, elle a toujours entretenu avec le rêve d'intimes et problématiques relations. Mais ce n'est pas en analyste, c'est en feuilletoniste de ses propres rêves que le philosophe Clément Rosset narre dans Récit d'un noyé une série d'épisodes oniriques, à la fois terrifiants et drolatiques, que commente ici Blanche Cerquiglini. Pour nous parler du rêve, du sommeil et de ces "nuits étroitement surveillées" auxquelles il a consacré un beau livre, nul n'était mieux placé que Pierre Pachet, qui perpétue la belle tradition d'un essayisme "aux aguets" : il s'entretient pour Critique avec Yves Hersant, Marielle Macé et Philippe Roger.
De Stanze, paru en France en 1981, à Polichinelle, le dernier-né, peu d'oeuvres philosophiques contemporaines ont exercé sur leurs lecteurs le même charme que celle de Giorgio Agamben. Charme au sens le plus fort : ce qui enchante et ce qui enchaîne. L'enchantement naît de ce chatoiement d'une langue et d'une pensée prenant à la traverse philologie, métaphysique et politique. Ondoyante et diverse, telle apparaît de prime abord cette oeuvre si singulière. Mais si elle enchaîne, c'est par sa rigueur, par le caractère construit, délibéré et pour ainsi dire prémédité de sa démarche. La série Homo sacer vient d'être réunie en un seul volume dans sa version française, mais il est clair qu'elle a d'emblée été conçue pour devenir cette somme, tandis que d'autres chemins ne cessaient, autour d'elle, de bifurquer. Ce numéro de Critique, dirigé par Ernesto Kavi, n'a pas vocation à faire le bilan d'une oeuvre qui suit son cours. II voudrait contribuer au riche débat que suscitent, depuis plusieurs années et dans de nombreux pays, les travaux de Giorgio Agamben. Et peut-être, grâce aux contributions ici ras- semblées, aux deux inédits qu'il a bien voulu nous donner et au dialogue qui s'est établi, pour ce numéro, entre Patrick Boucheron et lui, d'esquisser le portrait de ce philosophe qui dit "chercher à sa façon le passage du Nord-Ouest dans la géographie de la vraie vie".
Après ses numéros sur Vienne, Berlin ou Moscou, Critique saisit Paris dans un moment particulier de son histoire, à l'issue d'une réflexion collective féconde sur le destin du " Grand Paris ", qui a mobilisé plusieurs centaines d'intervenants. Paris, en sautant le Périphérique, saute-t-il dans l'inconnu ? Pour répondre à cette question, Critique donne la parole aux acteurs directs de la mutation annoncée (architectes, urbanistes, ingénieurs, paysagistes), mais aussi à tous ceux (anthropologues, économistes, historiens, critiques, artistes et écrivains) qui ont leur mot à dire sur la ville et ses usages. Au fil des contributions et entretiens rassemblés par Jean-Louis Cohen, une nouvelle ville s'annonce et déjà se profile, dont il ne tient qu'à nous de saisir le dessein. Pour que ce Paris-là, lui aussi, nous appartienne...
L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités, - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'Etat. Chaque thème est censé constituer un "plateau", c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.
Juin 1940. Chartres, submergée par la foule des réfugiés du Nord, s'est simultanément vidée de ses propres habitants. Quelques unités combattantes en retraite la traversent encore, bientôt suivies par les premiers détachements de la Werhmacht. Resté à peu près seul à son poste, le jeune préfet est convoqué par le vainqueur, qui veut le contraindre à signer un document mensonger portant atteinte à l'honneur de l'armée française. Le dramatique récit de Jean Moulin, dont le dépouillement fait la force, ouvre, le 17 juin 1940, le grand livre de la Résistance.
Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues. Il y a la peau du Noir, l'étoile du Juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l'on sait de quelqu'un qui a fait ou été quelque chose, et "ces gens-là, vous savez..." Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent "normaux" et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l'homosexuel, etc., et donne aux autres l'assurance, fragile, qu'à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l'espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l'autre côté de la barrière.
Dès la première phrase, vous entrez dans le livre, ce livre que vous écrivez en le lisant et que vous finirez par ramasser sur la banquette du train qui vous a conduit de Paris à Rome, non sans de multiples arrêts et détours. Le troisième roman de Michel Butor, paru en 1957, la même année que La jalousie d'Alain Robbe-Grillet, Le vent de Claude Simon et Tropismes de Nathalie Sarraute, reçut d'emblée un excellent accueil de la critique. Couronné par le prix Renaudot, traduit dans vingt langues, c'est encore aujourd'hui le plus lu des ouvrages du Nouveau Roman.