Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
ARISTOTE UNE PHILOSOPHIE PRATIQUE PRAXIS, POLITIQUE ET BONHEUR
RODRIGO
VRIN
24,00 €
Épuisé
EAN :9782711618941
La singularité la plus frappante de la philosophie d'Aristote est que, pour la toute première fois dans l'histoire de la pensée occidentale, elle institue avec la plus grande rigueur la pratique humaine dans son autonomie, tant vis-à-vis de la théorie que vis-à-vis de la technique. La rationalité des "choses humaines" - c'est à dire celle du monde auquel nous sommes, pour autant qu'il est configuré jusque dans son sens par notre pratique éthique et politique - ne relève en effet pour lui ni de la connaissance théorique des causes de ce qui est, ni d'un quelconque savoir-faire techniquement efficace ou rhétoriquement persuasif. Pratique, politique et bonheur humain s'articulent dès lors en une constellation de sens radicalement différente de celle que Platon, d'une part, et les sophistes, d'autre part, avaient pu mettre en place sous l'égide, pour le premier, de la sagesse théorique et, pour les seconds, de la compétence langagière. C'est cette constellation que le présent volume entreprend de parcourir. On entrecroise ici les thèmes directeurs de la praxis, du langage, du savoir politique et du bonheur humain. Cet entrecroisement permet de cerner les contours de la conception aristotélicienne de la "vérité pratique" et des modes du langage susceptibles de la dire au plus juste et de la faire partager. L'ordre spécifique du bonheur humain s'en trouve éclairé, ainsi que le rapport entre ce bonheur et les vertus, ou entre l'essence et le "type" dans le domaine de la connaissance pratique. Au bout du compte, c'est bien l'expérience d'une certaine "sensibilité du langage" philosophique à la spécificité de la pratique humaine que la lecture d'Aristote nous engage à redécouvrir et à refaire, chaque fois, à nouveaux frais.
A la conception maximaliste de la pratique politique comme seule figure du destin de l'homme, à laquelle s'accorde également Platon en la portant au savoir théorique (sophia), l'auteur oppose, grâce à sa lecture d'Aristote, un refus motivé, et soutient que la politique est un anti-destin parce qu'elle est l'expérience d'une exposition commune au sens se faisant au sein même de la pluralité des phénomènes. Autrement dit, la philosophie politique dont il retrace l'élaboration chez Aristote considère la politique comme l'expérience commune d'une concrétion toujours instable du sens au cœur de la fluence phénoménale. Ainsi comprise, la politique n'est ni un destin ni un savoir théorique "architectonique" : c'est une pensée agissante qui s'efforce de discerner de la cohérence dans la pluralité, ou de la constance dans le changement inhérent aux "choses humaines". Aristote nous apprend que penser les "choses humaines" n'autorise aucunement à s'instituer en théoricien ou en "architecte" du devenir, car le domaine éthico-politique ne saurait être réduit au champ d'application de normes préalables. Ce domaine doit, au contraire, être reconnu pour ce qu'il est, à savoir pour la région autonome du dévoilement pratique des " choses " (pragmata) auxquels ont affaire des hommes vivant dans une communauté de sens. Il faut donc reconnaître que l'excellence politique ne s'enseigne pas, mais qu'elle se vit dans une communauté humaine de pensée et de dialogue où les " choses " font encontre dans et depuis l'horizon d'un sens commun. Aiguiser ce sens commun, élément d'apparition des pragmata eux-mêmes, telle est la tâche d'une philosophie politique qui, en réouvrant toujours à nouveau la question du sens de l'agir en commun, contribue, depuis sa juste place, à élargir l'horizon d'apparition des "choses humaines".
Interpréter le monde, transformer le monde. L'alternative est célèbre depuis les Thèses sur Feuerbach. Sa signification suscite pourtant les plus vifs débats, comme si l'ensemble des problèmes relatifs au statut du philosophique chez Marx se condensait dans l'énoncé laconique de la onzième Thèse, comme si le spectre de la philosophie et de la pensée abstraite n'en finissait décidément pas de hanter le(s) marxisme(s). On écarte ici la version exclusive de l'alternative, qui considère que c'est de deux choses l'une : ou l'on théorise comme l'ont toujours fait les philosophes, abstraitement, en reconduisant l'illusion de la primauté des représentations du réel par rapport à ce réel lui-même, ou l'on donne un fondement économico-historique concret à la réflexion en abandonnant le terrain de la spéculation - y compris dans sa variante dialectique (Hegel) - et celui de l'intuition sensible qui croit en être la réfutation (Feuerbach). Il est certes vrai que Marx dénonce aussi bien la philosophie de Hegel que celle de Feuerbach, mais il est tout aussi vrai que, des Manuscrits de 1844 jusqu'aux derniers textes du Capital, il a explicitement reconnu la " grandeur " de la conception du mouvement dialectique du réel chez Hegel, le " génie " d'Aristote en matière d'analyse formelle de l'échange marchand et de la monnaie, ou la profondeur de la " révolution théorique " accomplie par Feuerbach. La question à affronter est donc celle-ci : comment conciliait-il la dénonciation de " l'idéologie " philosophique avec l'hommage au génie, à la grandeur ou au sérieux de philosophes comme Aristote, Hegel et Feuerbach ? C'est en suivant cette voie qu'on espère retrouver le principe de l'ontologie de Marx.
Depuis sa fondation husserlienne, l'un des traits les plus singuliers de la phénoménologie est de s'infléchir toujours à nouveau vers elle-même pour se refonder, de recommencer pour mieux commencer. Ainsi Husserl s'est-il lui-même défini comme un "véritable commençant" (wirklichen Anfdnger) à défaut d'en avoir été, une fois pour toutes, un "vrai" (rechten). Pour sa part, Merleau-Ponty est revenu avec opiniâtreté sur "l'ombre" de Husserl aussi bien que sur les présupposés conceptuels de ses propres premiers ouvrages. Il en a été de même encore de Michel Henry relativement aux deux précédents, et de Jan Patoéka, dans l'élaboration antihusserlienne de son "asubjectivisme" d'une part, et, d'autre part, dans sa reprise, autocritique cette fois, du problème du sens du "monde naturel". Et que dire de la critique heideggérienne des catégories métaphysiques de Husserl? La doctrine de l'intentionnalité fait ainsi constamment l'épreuve de sa validité. C'est pourquoi, "laborieuse comme l'oeuvre de Balzac, celle de Proust, celle de Valéry ou celle de Cézanne" (Merleau-Ponty), elle est en affinité intime avec la création artistique. Ces processus de fondation, de refondations et de consonances forment la matière de cet ouvrage.
Nombreuse, infiniment ondoyante et diverse, cette pensée n'est qu'une charité toujours active dont le mouvement incessant tend vers des objets qui nous échappent ou vers les aspects inconnus de ceux que nous percevions déjà. Comment suivre une telle pensée sans être cette pensée même (...)? ". Le présent ouvrage tente une réponse en même temps qu'il pose la question. Considérant que les écrits de Bonaventure dessinent moins une progression linéaire qu'ils ne suivent un " ordre du coeur ", Etienne Gilson propose ici, après un chapitre introductif de nature biographique qui cherche l'homme derrière l'oeuvre, un parcours circulaire autour du centre de la synthèse bonaventurienne, le Verbe, incarné en la personne du Christ. C'est ainsi que se trouvent abordés les thèmes fondamentaux que sont la critique de la philosophie naturelle, l'évidence de l'existence de Dieu et le problème de la science et de la volonté divines, mais aussi la création, les corps inanimés, les animaux, l'âme humaine, les anges, ou encore l'illumination, la grâce et la béatitude. Ces études convergent et culminent tout à la fois dans un dernier chapitre qui s'attache à saisir l'esprit de ce penseur. A l'encontre de l'argument qui consiste à qualifier Bonaventure de mystique pour le reléguer hors de l'histoire de la philosophie, Etienne Gilson se propose de recourir précisément à cet argument pour l'y réintégrer : le sentiment mystique, pénétrant en effet toutes les couches de l'édifice, est ce qui lui confère sa systématicité, et une systématicité telle que cette mystique spéculative bonaventurienne partage seule avec la doctrine thomiste le titre de synthèse de la pensée scolastique tout entière. Tendant toujours vers une métaphysique de la mystique chrétienne comme vers son terme ultime, cette pensée témoigne simultanément de la nécessité de la science et de sa subordination aux " ravissements mystiques ", et se situe à la rencontre des influences de saint François, de saint Augustin et des exigences systématiques des Sommes de Thomas d'Aquin. L'oeuvre de Bonaventure marque ainsi un moment capital dans le long progrès par lequel la théologie scolastique parvint à l'unité d'un système.
Des religieux voués à la prédication peuvent-ils se reconnaître "une vocation universitaire" ? L'Université, de son côté, est-elle prête à recevoir et intégrer la collaboration de "frères prêcheurs" ? En 1907, quelques jeunes dominicains français, professeurs au "Saulchoir" , en Belgique, où ils étaient alors exilés par les lois anti-congréganistes, créaient la Revue des Sciences philosophiques et théologiques : ils se donnaient ainsi un instrument qui leur permettrait de communiquer au public savant non seulement les fruits de leurs propres travaux, mais aussi les résultats d'autres spécialistes engagés dans les mêmes disciplines et de nourrir par là un dialogue constant au sein de la recherche universitaire. En 2007, célébrant son centenaire par un colloque à l'Institut Catholique de Paris, la revue a voulu évaluer la pertinence des intuitions qui présidèrent à sa fondation et dresser un inventaire critique de ses principales réalisations. L'intérêt des contributions ici rassemblées dépasse celui de l'histoire d'un siècle d'études dans l'Ordre des Prêcheurs : on y trouve des ressources originales pour penser aujourd'hui la question du rapport entre culture universitaire et appartenances religieuses, raison et foi.