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Poétiques de la voix
Rabaté Dominique
CORTI
21,65 €
Épuisé
EAN :9782714307040
Il sera, dans ce livre, question de voix, de la voix comme question. Car la littérature, depuis le tournant de la Modernité, semble vouée à chercher les modes d'inscription d'une présence qui se fuit dans sa trace écrite, vouée à interroger la dynamique d'une pluralité qui défait toute unité. Ce sont les modalités d'énonciation littéraire qu'invente la littérature moderne qui sont au c?ur de la réflexion. Il ne s'agit plus de les penser en termes de genres mais comme des réponses à cette interrogation première : comment poser sa voix ? J'envisage donc l'écriture comme lieu de tensions, sans résolution, entre forme et force. Je cherche d'abord à entendre ces effets de voix, qui sont de véritables poétiques toujours singulières : le commentaire (de Blanchot, Céline, ou des Forêts) appelle la définition de postures subjectives nouvelles (l'écriture brève ou le monologue écrit). Le roman donne, lui, un autre espace de résonance à ces voix : il les contextualise de façon critique. Ouvrant l'espace romanesque à l'indicible, Joyce et Conrad créent des dispositifs qui tentent d'encadrer un mouvement qui se dérobe pourtant. Mouvement qui entraîne le vingtième siècle vers un au-delà du roman - que les ?uvres de Sarraute ou Quignard représentent exemplairement. Crise du personnage, éparpillement des voix, mélancolie d'une forme pleine sont-ils notre lot ? Il me semble que la " malchance " de la littérature contemporaine est paradoxalement sa chance. Comme le montre Borges, la littérature doit retourner son impuissance, accepter de devenir un art du reste. Elle doit maintenir le défaut d'une traduction qui manquera toujours à notre désir - pour mieux le relancer. D.R.
Genre florissant ou moribond selon les avis, le roman est très présent durant ce XX e siècle. Cette étude est subdivisée en trois périodes historiques principales et privilégie la production contemporaine. Elle analyse les ?uvres les plus connues en les replaçant dans un mouvement créateur de formes nouvelles, montrant ainsi la richesse du genre romanesque.
Dans Voyage au Phare, Virginia Woolf parle de "la vieille question qui continuellement traverse le ciel de la pensée, la vaste question générale", qui accapare soudain I.ili Rriscoc. Cette question n'est rien moins que celle-ci: "Quel est le sens de la vie?". Et c'est au même personnage qu'on doit la remarque qu'il s'agit d'un "simple slogan, glané dans quelque livre, qui ne s'ajustait que vaguement à sa pensée". "Le sens de la vie": l'expression porte à sourire, tant elle semble usée et formulaire. On s'étonnera donc que j'aie inscrit clans le titre de ce livre pareil "slogan", sans prendre la précaution de le mettre en italique ou de l'inclure clans une question - ce que Briscoe fait avec plus de prudence. Si je n'ai pas choisi d'afficher une telle ironie, ce n'est pas parce que j'ai l'intention de donner une réponse (même complexe) à semblable question. Je montrerai plutôt que la question doit demeurer, comme une inquiétude, comme un partage. Ce que je veux souligner, avec sérieux, c'est l'articulation que le roman moderne opère quant à cc questionnement dont il fait sa matière mystérieuse. Ma thèse, si je la simplifie, est que le roman est l'un des lieux privilégiés où ce questionnement se réfléchit avec le plus d'ampleur, le plus de finesse, où se relance "la vieille question" mais selon des inflexions singulières, des réponses partielles, des apories indécidables. Je prolonge une intuition capitale de Walter Benjamin qui voit dans le roman moderne la recherche passionnée du sens de la vie pour des consciences séparées et solitaires. C'est cette intuition que je discute dans cet essai. Selon trois temps: d'abord une méditation théorique sur l'idée de "vie à soi" et les pouvoirs de la fiction, méditation qui appelle deux lectures d'oeuvres célèbres: La mort d'Ivan Iltitch de Tolstoï et Voyage au Phare de Woolf. Car c'est en nouant le plus personnel avec l'impersonnel que le romancier sait nous donner à penser la vie comme l'impossible totalité qui est la nôtre et qui ne cesse de nous échapper. Dominique Rabaté.
Un enfant solitaire et grave hante toute l'?uvre de Louis-René des Forêts. Il est l'image d'une souveraineté perdue, d'une puissance que le langage ne pouvait que trahir. Il est aussi la promesse d'un retour inattendu, le gage d'une part inaliénable où la parole puise le plus vif de sa force. Sur le visage de cet enfant, flotte un sourire mystérieux, comme sur le portrait de Pierre Klossowski enfant qui se trouve à la fin du Malheur au Lido. À la fois grave et joueur, teinté d'une légère et indéfinissable ironie, le visage de cet enfant nous fait face. Il est la preuve d'un moment irrécusable du passé, un fragment du monde déposé par la lumière sur la page blanche. Il est aussi une invitation à la fable. Il est réel ; il est fictif. Cet enfant est les deux en même temps. Son charme, comme celui de l'?uvre de Louis-René des Forêts, est de maintenir, dans leur antagonisme irréductible, entre souveraineté et ironie, en suivant le volume incertain d'une voix, les potentialités qui sont celles de la littérature quand elle tente de se voir en son miroir truqué et fabuleux. D. R.
Résumé : Ce livre est né de dix années d'affût, et d'un si long regard que l'oeil qui observait s'est peu à peu identifié à l'oiseau qu'il pourchassait. Chasseur pacifique, chasseur d'images, qui a épié les faucons pèlerins dans une vallée débouchant sur les marécages de l'estuaire de la Tamise, entre octobre et avril, quand les étangs désertés se chargent des brumes et des silences de l'automne, des soleils pâlis et des drames de la nature, et qui, à son tour devenu proie, s'est fondu dans le paysage mouillé, s'est fait lui-même roman, journal, livre de nature, poème-jeté, comme l'oiseau, point dans le ciel, parole dans le silence. Ce livre, d'abord publié au Mercure de France, en 1968, était épuisé, nous le rééditons enrichi d'une postface de Francis Tabouret, dans la traduction d'Elisabeth Gaspar, revue.
Heinrich Bernd ; Homassel Anne-Sylvie ; Indoukaeva
Dans En été - Une saison d'abondance Bernd Heinrich parvient à nous communiquer son sens inépuisable de l'émerveillement en nous faisant partager la vénération qu'il éprouve pour le foisonnement du vivant, à partir de ses observations sur le terrain comme de ses recherches scientifiques. Qu'il s'agisse de réflexions sur les guerres entre les fourmis, des particularités prédatrices des guêpes, des rituels de séduction des pics verts ou de sa description de la découverte d'une route encombrée de grenouilles des bois, En été nous offre un panorama d'une beauté évidente sur les interactions complexes entre le règne animal et le règne végétal, entre le réchauffement estival et la luxuriance de la nature. Comment des cigales parviennent-elles à survivre - et à prospérer - à des températures allant jusqu'à plus de 46° C ? Les oiseaux mouches savent-ils à quoi ils seront confrontés avant d'entreprendre leur migration vers le Golfe du Mexique ? Pourquoi certains arbres cessent-ils de grandir alors qu'ils disposent encore d'une période de trois mois de temps chaud ? Avec un sens de l'émerveillement et une compétence incomparable, Heinrich étudie une centaine de questions de ce type. On comprend aisément que Heinrich soit considéré aux Etats-Unis comme le digne successeur de Thoreau, parmi les écrivains américains contemporains de la nature.
J'ignore tout de Solange Brillat ou plus exactement, j'ignorais tout. La presse, ces derniers jours, évoque sa disparition et publie une photo noir et blanc. Solange sourit, et derrière son sourire il y a un lac. Où cela peut-il être ? Qui a pris cette photo, à quelle occasion ? Un journaliste qui avait frappé à ma porte la semaine dernière cite mon témoignage, quelques mots que je me souviens vaguement avoir prononcés : "Selon son voisin, c'était une jeune femme très discrète, banale." J'imagine Solange Brillat quelque part à une table de café, lisant les épithètes de sa gloire et tentant de se remémorer son voisin. Très discrète, banale. Ces mots aujourd'hui, je les regrette"
À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.