Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Philosophie N° 133, mars 2017
Pradelle Dominique
MINUIT
10,00 €
Épuisé
EAN :9782707343543
Publié pour la première fois en 1955, l'article de John Rawls intitulé "Deux concepts de règle" est devenu un classique en théorie éthique contemporaine. On considère généralement que Rawls y défend un "utilitarisme de la règle" selon lequel seules les règles juridiques et morales devraient être soumises au test d'utilité. Si cette interprétation reçoit un assentiment majoritaire, c'est cependant à un double prix : d'une part, le rapport complexe que Rawls entretient avec l'utilitarisme classique y est grandement simplifié ; d'autre part, on y passe sous silence l'usage original que le philosophe américain y fait de la notion de règle. Sa traduction en français par Vincent Boyer est l'occasion de mettre en question ces deux points. Le numéro se poursuit par un article de Pierre Rodrigo intitulé "Marx et la technique". Titre paradoxal, puisque Marx n'est pas un penseur de la technique ; s'il analyse la Mascbinerie et non la Technik, c'est pour montrer que la "machinerie" industrielle qui a puissamment contribué à imposer le mode de production capitaliste est la négation historique de la forme du métier, du savoir-faire, et donc de la tekbnè au sens grec. Au sein de la "division manufacturière du travail", la logique d'action des machines est, selon Marx, celle du savoir analytique de type scientifique rationnel affranchi de la "base technique" de l'habileté pratique. Ce modèle d'action aliénant n'a qu'une provenance : l'exploitation de classe découlant de la propriété privée des moyens de production. Dans "La réalisation de la philosophie : Marx, Lukàcs et l'Ecole de Francfort", Andrew Feenberg part de la thèse de la philosophie de la praxis selon laquelle les problèmes philosophiques fondamentaux sont des contradictions sociales insolubles que la philosophie traite cependant comme des antinomies d'ordre purement théorique. Il retrace les trois étapes essentielles de la philosophie de la praxis : elle commence pour lui avec la tentative que fait Marx, en 1844, de résoudre les antinomies présentes dans l'histoire, et se poursuit en 1923 avec Histoire et conscience de classe de Lukàcs, avant de se clore avec les travaux de Horkheimer, Adorno et Marcuse. Enfin, dans "Ernst Mach, psychologue de la forme ?", Aurélien Zincq explore, à côté du pâle monisme neutre retracé par Russell et de sa prétendue paternité non reconnue vis-à-vis de la notion de Gestalt, une troisième voie pour interpréter le legs philosophique de Mach : un monisme neutre bien compris, qui enveloppe trois thèses. Tout d'abord, les sensations ne sont pas les ultimes composantes de l'expérience, mais demeurent indéterminées ; en outre, il n'est d'expérience possible que de ce dont j'ai un concept ; enfin, la notion de Gestalt exemplifie la problématique générale de l'identification perceptive d'un objet sous ses changements. Il n'y a donc pas de "mythe du donné" chez Mach, mais plutôt une théorie originale de l'expérience que l'auteur s'attache à caractériser.
Le présent numéro est à la fois consacré à l'échange de vues entre Alexandre Kojève (1902-1968) et Carl Schmitt (1888-1985), et à la figure d'A. Kojève comme penseur politique. Jacob Taubes rappelle en effet sa rencontre avec Kojève à Berlin en 1967, et décrit sa propre stupeur en apprenant que ce dernier comptait se rendre ensuite à Plettenberg pour rencontrer Carl Schmitt, qui était selon lui la seule personne avec laquelle il valait la peine de parler dans toute l'Allemagne. Au cours des années 1950, Kojève et Schmitt ont entretenu une correspondance qui porte aussi bien sur l'état géopolitique et le devenir du monde que sur les fondements métaphysiques de la politique, et bien entendu sur Hegel. Cette correspondance entre un philosophe hâtivement qualifié de marxiste, alors engagé dans l'action publique de par ses fonctions au ministère français des Affaires étrangères, et un juriste brillant, mais dont l'image a été durablement altérée par son engagement national-socialiste, fut à l'origine d'une conférence donnée par Kojève en Allemagne en 1957, qui propose une interprétation originale de la décolonisation et des possibilités qu'elle ouvre, en particulier pour l'Europe. Si l'ouvrage de Schmitt sur le concept de nomos n'avait pas encore été publié lorsque Kojève travaillait à l'Esquisse d'une phénoménologie du droit, le philosophe russe a en revanche lu l'article de Schmitt "Nehmen, Teilen, Weiden" ("Prendre, partager, paître") lorsqu'il lui rend visite en 1957, et ce thème est présent à la fois dans le texte de la conférence que Kojève prononça à cette occasion et dans la correspondance avec Schmitt. Lors de cette conférence prononcée par Kojève au Rhein-Ruhr-Club de Düsseldorf, qui fut organisée par Carl Schmitt lui-même, il exprime sa vision de l'Europe comme espace et société unifiée : il s'agit d'un plaidoyer pour une sorte de Grossraum européen. Le texte de cette conférence est déroutant à plusieurs égards, et n'acquiert toute sa signification qu'une fois mis en relation avec l'Esquisse d'une phénoménologie du droit. Vu que la correspondance – ici traduite pour la première fois en français – et la conférence s'éclairent mutuellement, il a paru utile de les traduire et de les publier ensemble ; ces textes permettent de comprendre pourquoi Kojève considérait que Carl Schmitt était, avec Leo Strauss peut-être, son seul véritable interlocuteur. Trois articles – de Robert Howse sur la lecture kojévienne du Nomos de la Terre de Carl Schmitt, de Teresa Pullano sur la philosophie de l'Europe et la pensée du droit de Kojève et de Jean-François Kervégan sur la figure métaphysique du Sage kojèvien, acteur et produit de la fin de l'histoire" – entreprennent, à partir notamment de ce corpus, de cerner l'originalité de les conceptions de Kojève penseur du politique, qui est bien plus qu'un commentateur original et imprudent de Hegel : un philosophe audacieux et profond, qui a à bien des égards aperçu ce dont notre monde serait fait. J-F K et D P.
Existe-t-il des objets mathématiques idéaux ("idéalités") qui réaliseraient les significations, ainsi qu'une forme d'intuition qui les donnerait, comme le fait la perception pour les objets sensibles ? La phénoménologie husserlienne avait tracé un parallèle entre les différents types d'intuition : perception sensible, intuition d'une essence sensible, idéalisation et intuition catégoriale (purement formelle) ; de cette dernière, Husserl a démontré l'existence sans jamais en exhiber les structures.
Dans l'histoire de la métaphysique, l'époque initiée par Descartes se caractérise par le projet de tirer toute connaissance de son propre fonds. C'est ce que Kant a exprimé par la révolution copernicienne: les structures universelles des objets de l'expérience (temporalité, spatialité, grandeur, force, mathématisabilité) se règlent sur les structures a priori impliquées dans la constitution du sujet transcendantal (les facultés et leurs formes pures). Par là, toute l'ontologie de l'objet d'expérience possible trouve son fondement dans une présupposition transcendantale: celle de la préconstitution invariante du sujet transcendantal, caractérisée par un système de facultés (sensibilité, imagination, entendement, raison) et de formes pures (intuitions, schèmes, concepts et Idées pures).N'est-il pas possible d'élaborer une philosophie transcendantale qui fasse l'économie d'un tel présupposé? Tel est le projet que l'auteur voit dans la phénoménologie husserlienne: un dépassement de la révolution copernicienne, dont le but n'est pas de restaurer une ontologie réaliste, mais d'élucider l'essence du sujet transcendantal sans en présupposer l'identité ni les facultés invariantes. En voici le principe: toute catégorie d'objets prescrit au sujet transcendantal une structure régulatrice, de sorte que le système des facultés du sujet peut être réélaboré au fil conducteur des types d'objets possibles. Dès lors se présente un cercle: l'essence du sujet pur se lit à partir des catégories d'objets, mais ces mêmes objets sont constitués par l'activité synthétique du sujet. Or comment peut-on admettre le paradoxe selon lequel le sujet serait le produit de ses produits?
Ce numéro s'ouvre sur la traduction par Emmanuel Alloa de deux textes tardifs de Husserl : " Monde humain, monde animal, monde préhistorique " et " Normalité, anomalité et animalité ". Il y répond par avance à l'argument de l'ancestralité que le réalisme métaphysique contemporain oppose à l'idéalisme transcendantal – le fait que le monde (notamment préhistorique) a préexisté à toute conscience humaine. Husserl y oppose le refus de dissocier l'être de l'étant et la possibilité subjective d'y accéder : comment le monde préhistorique se révèle -t-il à nous ? Par les traces que découvrent le géologue et le paléontologue, qui témoignent de l'existence de formes de vie animale (voire primitives et précédant toute conscience) que l'on peut reconstituer ; le monde préhistorique ne tire son être que des actes reconstitutifs de la conscience historienne et des actes constituants présumés des subjectivités animales préhistoriques. Husserl élargit ainsi les frontières de l'intersubjectivité et assimile l'absolu transcenda ntal à une communauté générative universelle de toutes les consciences pures possibles ; restent à étudier, par une variation eidétique des formes de sujet, les paliers d'élargissement de l'intersubjectivité par constitution de la normalité et de l'anormalité. Autant d'aspects qu'Emmanuel Alloa éclaire dans " Monde humain, monde animal, monde préhistorique. Le perspectivisme selon Husserl ". Dans " Husserl, la signification et la morsure du temps ", Michel Rhéaume tente de mettre en lumière dans la pensée husserlienne les insuffisances découlant du type de temporalité qu'elle attribue au domaine de la signification idéale : bien que le dernier Husserl thématise une forme de " genèse " historique et fondationnelle du sens, il s'agit pour l'auteur d'indiquer une voie alternative pour penser l'historicité de la science – aperçue mais jamais véritablement empruntée par Husserl – qui s'articulerait autour de l'idée d'" habitus de signification ". " Evénement, champ, trace : le concept phénoménologique d'institution " de Roberto Terzi vise à explorer le concept phénoménologique de Stiftung, en tant que premier événement qui ouvre un champ d'expérience ou une tradition historique. Après avoir reconstruit la structure essentielle de ce concept chez Husserl et analysé les problèmes que laisse ouverts sa position, il se tourne vers la manière dont ce thème a été développé par Merleau-Ponty et Derrida. L'institution apparaît ainsi comme un concept fondamental de la phénoménologie et un thème qui la conduit à sa limite. Dans " Husserl précurseur de Marx. Le communisme comme philosophie première ", Jean Vioulac part des impasses auxquelles, selon Tr?n-??c-Th?o et Desanti, conduit l'idéalisme phénoménologique husserlien – que devait dépasser une philosophie de la praxis. Or, dans les inédits tardifs, Husserl a dépassé l'aporie idéaliste en dégageant le corps vivant comme " sous-sol " de l'ego transcendantal, mais aussi en reconnaissant que seule l'intersubjectivité transcendantale, communauté historique d'hommes vivant et agissant dans le monde, est à même de constituer l'objectivité, sur le terrain même de la praxis ; c'est donc le communisme qui surmonte à la fois l'idéalisme et le subjectivisme de la phénoménologie. D. P.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dès la première phrase, vous entrez dans le livre, ce livre que vous écrivez en le lisant et que vous finirez par ramasser sur la banquette du train qui vous a conduit de Paris à Rome, non sans de multiples arrêts et détours. Le troisième roman de Michel Butor, paru en 1957, la même année que La jalousie d'Alain Robbe-Grillet, Le vent de Claude Simon et Tropismes de Nathalie Sarraute, reçut d'emblée un excellent accueil de la critique. Couronné par le prix Renaudot, traduit dans vingt langues, c'est encore aujourd'hui le plus lu des ouvrages du Nouveau Roman.
Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? - Je ne sais pas. " Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final. " Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. "
Juin 1940. Chartres, submergée par la foule des réfugiés du Nord, s'est simultanément vidée de ses propres habitants. Quelques unités combattantes en retraite la traversent encore, bientôt suivies par les premiers détachements de la Werhmacht. Resté à peu près seul à son poste, le jeune préfet est convoqué par le vainqueur, qui veut le contraindre à signer un document mensonger portant atteinte à l'honneur de l'armée française. Le dramatique récit de Jean Moulin, dont le dépouillement fait la force, ouvre, le 17 juin 1940, le grand livre de la Résistance.
Résumé : Des écoles grecques à la philosophie contemporaine, plongez dans un monde réputé difficile et qui n'aura bientôt plus aucun secret pour vous ! Grâce à la Philosophie pour ceux qui ont tout oublié, partez à la découverte du savoir de façon simple, accessible et amusante. Laissez-vous conter la vie et l'oeuvre de près de 100 philosophes, de Socrate à Adorno, en passant par Platon, Pascal, Montaigne, Rousseau, Kant, Nietzsche, Freud, Sartre, Ricoeur, Baudrillard, et bien d'autres encore ! Abandonnez vos idées reçues, vivez et voyez les choses sous un angle inattendu grâce à plus de 30 concepts qui vous aideront à comprendre et à construire des problématiques. L'art obéit-il à des règles précises ou ne relève-t-il que de l'inspiration et du génie ? Le bonheur est-il seulement possible ? Puis-je avoir conscience de moi sans avoir conscience de l'autre ? Comment concilier l'autorité de l'Etat et la liberté des individus ? Peut-on être responsable sans être libre ni conscient ? La politique est-elle un art ou une science ? Les animaux ont-ils des droits ? Enrichi d'anecdotes, d'encadrés insolites, de citations mémorables et de dessins humoristiques, ce livre permet à tous de s'initier à la philosophie, de l'Antiquité à nos jours.
Découvrez ou redécouvrez les oeuvres clés de la philosophie, des Dialogues de Platon à l'Histoire de la folie à l'âge classique de Michel Foucault. Les oeuvres majeures de chaque philosophe sont résumées, et leur apport dans l'histoire de la pensée est mis en avant et explicité. Ce petit livre donne les clés nécessaires pour construire une dissertation ou un commentaire de texte, mais se veut aussi une invitation à lire de la philosophie...
Résumé : Les Lumières sont souvent invoquées dans l'espace public comme un combat contre l'obscurantisme, combat qu'il s'agirait seulement de réactualiser. Des lectures, totalisantes et souvent caricaturales, les associent au culte du Progrès, au libéralisme politique et à un universalisme désincarné. Or, comme le montre ici Antoine Lilti, les Lumières n'ont pas proposé une doctrine philosophique cohérente ou un projet politique commun. En confrontant des auteurs emblématiques et d'autres moins connus, il propose de rendre aux Lumières leur complexité historique et de repenser ce que nous leur devons : un ensemble de questions et de problèmes, bien plus qu'un prêt-à-penser rassurant. ?Les Lumières apparaissent dès lors comme une réponse collective au surgissement de la modernité, dont les ambivalences forment aujourd'hui encore notre horizon. Partant des interrogations de Voltaire sur le commerce colonial et l'esclavage pour arriver aux dernières réflexions de Michel Foucault, en passant par la critique post-coloniale et les dilemmes du philosophe face au public, L'Héritage des Lumières propose ainsi le tableau profondément renouvelé d'un mouvement qu'il nous faut redécouvrir car il ne cesse de nous parler.