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Généalogie de la raison. Essai sur l'historicité du sujet transcendental de Kant à Heidegger
Pradelle Dominique
PUF
39,00 €
Épuisé
EAN :9782130590576
Dans Par-delà la révolution copernicienne, l'auteur avait pris pour fil conducteur la critique husserlienne de la révolution copernicienne de Kant: si, pour ce dernier, l'être des objets se règle sur les structures a priori du sujet transcendantal, c'est en phénoménologie, à l'inverse, chaque catégorie essentielle d'objets qui prescrit en miroir une structure régulatrice du sujet constituant. Le présent ouvrage prolonge cette démarche: car loin que le système des objets soit clos une fois pour toutes, la sphère des objets culturels et idéaux est au contraire en perpétuel devenir; cela n'implique-t-il pas, du côté du sujet, une plasticité et une relativité historiques de son essence et de ses facultés? En outre, si l'on considère les structures de la raison scientifique, on doit avec Husserl faire le constat qu'elles sont privées de permanence anhistorique et que l'histoire est scandée par des coupures épistémologiques où se redéfinissent le style de la rationalité et les catégories de la raison scientifique. Quelle est l'instance qui produit de telles mutations de la rationalité? Est-ce le sujet transcendantal, ou bien une dimension a-subjective plus originaire que le sujet lui-même?
Ce numéro s?ouvre sur un essai inédit de Kant présenté et traduit par H-S Afeissa, « De la question de savoir si la Terre vieillit, considérée d?un point de vue physique », issu des écrits de la période précritique, l?un des plus importants qu?ait rédigés le penseur de Königsberg dans les années 1750. Appartenant au groupe des publications scientifiques de Kant, il examine la question du vieillissement de la Terre du point de vue des processus géomorphologiques qui y sont à l?oeuvre. L?essai jette un éclairage précieux sur certains aspects de la réflexion du philosophe au moment où celui-ci préparait son grand traité sur l?histoire générale de la nature et du ciel ; il révèle, dans son oeuvre, la permanence d?une pensée de la destruction apocalyptique de la Terre, dont il a ultérieurement proposé une interprétation pratique dans deux écrits majeurs: La religion dans les limites de la simple raison (1793) et La fin de toutes choses (1794). Dans sa « Méditation sur le mot de Husserl ?l?histoire est le fait majeur de l?être absolu? » (traduit par G Fagniez), Ludwig Landgrebe, disciple direct de Husserl, souligne l?ancienneté, mais aussi l?inachèvement de l?interrogation husserlienne sur l?histoire. En élucidant la manière dont s?articulent, d?une part, les formes individuelles et collectives de l?histoire, d?autre part, la factualité et l?idéalité de celle-ci, il vise à dévoiler et combler une lacune qui affecte la réappropriation phénoménologique du thème métaphysique de l?unité de l?histoire, et ce en pensant le temps historique, tâche Husserl dont se serait affranchi en envisageant l?histoire d?un point de vue essentiellement pratique. Les sciences expérimentales offrent une image du monde : par les entités et processus qu?elles mentionnent, elles constituent une ontologie du monde, qui va souvent à l?encontre du sens commun. Dans « Une objectivité kaléidoscopique : construire l?image scientifique du monde », quatre spécialistes de philosophie des sciences montrent que cette tâche relève de la philosophie plutôt que de la seule science ; qu?une telle image résulte en outre de l?application d?au moins deux « modes d?objectivation », le théorique et l?expérimental ; et enfin que, diverses sciences conduisant à différentes images du monde, des conflits peuvent rendre difficile l?élaboration d?une image scientifique du monde cohérente et unifiée. Dans « ?L?aptitude à la liberté?, de John Stuart Mill à Michael Walzer », Aurélie Knüfer analyse l?un des arguments censés fonder le principe de non-intervention : vu qu?il serait impossible de savoir, avant qu?il ne soit effectivement libre, si un peuple est apte à la liberté, et que seul un peuple qui se libère lui-même est susceptible de fonder ensuite des institutions libres, l?intervention pour aider des insurgés contre un gouvernement oppresseur serait toujours un mal. L?article montre les implications et les apories de cet argument dans la philosophie de John Stuart Mill, en restituant le contexte théorique et politique de son élaboration, et examine également l?usage et la critique qu?en a faits Michael Walzer.
Existe-t-il des objets mathématiques idéaux ("idéalités") qui réaliseraient les significations, ainsi qu'une forme d'intuition qui les donnerait, comme le fait la perception pour les objets sensibles ? La phénoménologie husserlienne avait tracé un parallèle entre les différents types d'intuition : perception sensible, intuition d'une essence sensible, idéalisation et intuition catégoriale (purement formelle) ; de cette dernière, Husserl a démontré l'existence sans jamais en exhiber les structures.
Ce numéro s?ouvre sur la traduction, par Gilles Blanc-Brude, d?un choix de Réflexions en vue de l?anthropologie de Kant, réflexions qui contiennent les notes prises par des auditeurs aux cours du philosophe, et qu?il convient de comparer avec l?Anthropologie du point de vue pragmatique et les Leçons sur l?anthropologie. L?intérêt principal en est de préciser le sens du point de vue pragmatique qui caractérise l?anthropologie kantienne, et de définir le rapport de l?anthropologie avec l?ensemble de la métaphysique kantienne : par son style populaire, son apparent désordre et son caractère manifestement empirique, cette discipline est-elle étrangère au domaine de la métaphysique critique ? Est-elle réductible à une éthique appliquée, ou à une doctrine de la prudence ? Ou bien est-elle le nécessaire prolongement de la philosophie pure, en particulier de la métaphysique des m?urs ? Dans " Le panpsychisme de Bergson et la nature de la matière ", Joël Dolbeault étudie chez Bergson le statut du panpsychisme, à savoir la thèse selon laquelle l?esprit serait une caractéristique fondamentale de la réalité, partout présente dans l?univers ? en particulier chez tous les vivants, mais également dans la matière inerte. L?auteur part du fait que, même si Bergson n?emploie jamais ce terme, il affirme cependant que la matière inerte participe de la conscience ; et il s?attache, non à démontrer que Bergson défend une thèse panpsychiste, mais à déterminer le type de panpsychisme dont il s?agit, ainsi qu?à montrer la compatibilité entre cette thèse et la démarcation rigoureuse entre l?inerte et le vivant. Dans " Quel est le sens du projet derridien ? ", François Mary pose la question de la signification unitaire de la pensée philosophique de Derrida : est-elle dépourvue d?unité théorique et rétive à toute tentative de synthèse, ou une synthèse est-elle possible qui ressaisirait le sens de la déconstruction dans son ensemble ? Partant des formules où Derrida explicite ce projet déconstructif, l?auteur montre qu?il relève de deux orientations hétérogènes : un effort pour interpréter une dynamique aporétique qui serait constitutive du réel, de l?éthique et de la pensée ; et une dissolution subversive de toute identité et de toute règle, de toute maîtrise régulatrice dans le champ de la connaissance et de la morale. Quelle est alors la compatibilité de ces deux orientations ? Le numéro se termine par la traduction, par Diego Company et Nobuo Naito, d?un texte écrit en 1965 par le philosophe japonais Wataru Hiromatsu, " Quelques remarques sur la théorie de la signification ". Parti de Marx, Hiromatsu est en dialogue avec Husserl, et part du schéma à trois termes noèse-noème-objet qu?il considère comme un dogme fondamental de la philosophie moderne qu?il s?attache à mettre en question. Il formule une théorie relationnelle de la signification et de la connaissance, fondée sur une double structure bipartite : le donné et le signifié étant distincts, leur relation est cependant reconnue comme une relation d?identité. Les lecteurs pourront suivre cette réappropriation orientale originale de Husserl, et s?interroger sur les différences réelles qui séparent cette doctrine de la philosophie husserlienne.
Consacré aux interprétations phénoménologiques de Leibniz, ce numéro thématique entend saluer le tricentenaire de la mort de Leibniz (1716) et constitue le pendant du numéro 92, paru en 2006 et intitulé Lectures de Leibniz : Husserl. Il s'ouvre par un document d'un grand intérêt : la partie la plus substantielle de la correspondance entre Husserl et son élève Mahnke, qui fut un grand spécialiste de la pensée leibnizienne sous ses différentes facettes (logique, mathématiques, dynamique et métaphysique), mais aussi un penseur original qui a réalisé une synthèse du leibnizianisme et d'une phénoménologie non transcendantale, et, hélas, un intellectuel tardivement converti aux valeurs du III ème Reich. Ces extraits permettent de cerner avec précision l'Idée de phénoménologie transcendantale : on y trouve précisés le souci méthodique de Husserl, l'idée de système phénoménologique, la constance de la position idéaliste-transcendantale et la méthode de constitution " de bas en haut " et par degrés. Ils mettent aussi en évidence le rapport essentiel de Husserl à Leibniz : d'une part au début de la formation de Husserl et en relation avec l'idée de mathesis, d'autre part sur le tard, du fait de la caractérisation de la subjectivité transcendantale comme monade et de la problématique de l'intersubjectivité, formulée en termes de communauté intermonadique. Heidegger ayant été le collègue direct de Mahnke à Marbourg jusqu'en 1928, la conversation permet en outre de suivre l'évolution du jugement de Husserl sur Etre et temps, dont il commence par louer la grande profondeur avant de le considérer comme opérant un retour à une ontologie naïvement réaliste. Enfin, c'est un témoignage poignant sur la détresse morale de Husserl à l'arrivée de Hitler au pouvoir. L'article de Julien Pieron commente l'Extrait – recueilli par Heidegger dans les Wegmarken – du cours Metaphysische Anfangsgründe der Logik, donné à Marbourg pendant le semestre d'été 1928. Le commentaire s'efforce de retraduire dans la langue et l'horizon problématique d'Etre et temps l'interprétation qu'il y propose du schème monadologique leibnizien ; il jette ainsi un éclairage nouveau sur des questions – détermination temporale de l'être en général, individuation et incarnation de l'étant privilégié – que l'inachèvement du traité de 1927 avait laissées en suspens. Enfin, dans " Heidegger et Leibniz : les Fonds métaphysiques initiaux de la logique ", Pierre Teitgen aborde la difficile question de savoir comment penser le rapport entre logique et métaphysique. On sait que dans leur lecture de Leibniz, Bertrand Russell et Louis Couturat avaient défendu la thèse de la provenance logique des concepts et positions métaphysiques de Leibniz. Dans le cours déjà mentionné qu'il consacre à Leibniz en 1928 – dont le titre fait écho aux Premiers principes métaphysiques de la science de la nature de Kant –, Heidegger entend renverser la thèse pour montrer comment la métaphysique pourrait bien constituer le fondement de la logique ; partant de la doctrine leibnizienne du jugement et de la substance, Heidegger tente d'élucider l'ordre et surtout le sens véritable d'une telle fondation. D.P.
Les enseignants et formateurs du XXIe siècle peuvent-ils espérer que la psychologie scientifique les aide dans leur pratique? Cet ouvrage prend le parti d'affirmer que, même si la science ne peut apporter toutes les réponses attendues, elle peut identifier des conditions nécessaires mais non suffisantes! pour « apprendre et faire apprendre »: des conditions liées aux caractéristiques des apprenants en interaction avec celles de leur environnement d'apprentissage. Les psychologues d'aujourd hui n'étudient plus l"« Apprentissage » avec un grand « A », comme s'il s'agissait d'un objet défini et statique. Ils préfèrent en décrypter les mécanismes et les dynamiques spécifiques. Leur objet est donc moins « l'apprentissage » qu" « apprendre », verbe d'action qui permet d'intégrer les facettes cognitives, affectives et sociales en jeu. L'expression « faire apprendre » rappelle par ailleurs que l'action ne se déclenche pas nécessairement d'elle-même. Elle nécessite une implication de l'apprenant lui-même, mais aussi de celui qui lui transmet connaissances et compétences: l'enseignant, le formateur ou tout autre éducateur. Les auteurs ont dès lors choisi de convoquer les sous-disciplines de la psychologie qui, en 2006, peuvent l'éclairer: les neurosciences cognitives, dont fait partie la psychologie cognitive, la psychologie différentielle, qui cherche à comprendre les spécificités individuelles, la psychologie du développement, mais aussi la psychologie sociale et la psychologie de la motivation. En plus d'être collectif, cet ouvrage est donc pluridisciplinaire et fondé sur les travaux de recherche les plus récents, tout particulièrement dans les différents pays francophones.
Dans ce second volume d'Attachement et perte, John Bowlby poursuit son travail sur l'importance de la relation parentale et le rôle qu'elle joue dans la santé mentale. Il étudie la séparation et l'angoisse concomitante: la peur d'une séparation imminente ou imaginée, la peur induite par les menaces parentales de séparation et l'inversion de la relation parent-enfant. John Bowlby réexamine les situations qui causent en nous un sentiment de peur et les compare à des observations du même ordre chez les animaux. Il conclut en montrant que la peur est suscitée le plus souvent par des situations inoffensives en soi mais qui servent à signaler l'accroissement du risque de danger.
L'ouvrage aborde des situations cliniques diverses (victimes d'agressions violentes, de viol et d'inceste, réfugiés du Kosovo ou du Rwanda) rencontrées lors de prises en charge individuelles ou de groupe. Il décrit le travail de survivance grâce auquel le psychisme mobilise des défenses actives contre les expériences d'anéantissement et contre leur fascination. Il analyse les processus psychiques comme la subjectivation de la mort et sa liaison à la vie qui permettent aux personnes de se remettre à vivre. Il souligne également le travail de reliance par lequel la personne violentée parvient à se relier à la communauté humaine et à restaurer un sentiment d'appartenance à l'humanité qui avait été détruit.
Ce Dictionnaire de psychologie allie les qualités d'un bel ouvrage accessible à tous avec les avantages de l'exhaustivité, ce qui ravira les spécialistes. Les termes de la langue courante (adolescence, leurre, agression, réaction, tempérament...) et du vocabulaire de la psychologie (autisme, psychodrame, test de Rorschach...) y sont définis, tandis que les notions fondamentales sont mises en perspective par un rappel des doctrines qui les ont élaborées. Ainsi, le lecteur pourra se demander s'il est plutôt allocentrique ou égocentrique, après avoir distingué les fantômes de son passé des fantasmes de sa libido. Grâce à un système de renvoi entre les définitions et à la prise en compte de notions qui font intervenir aussi bien la psychologie, la sociologie et la psychanalyse, cet ouvrage très utile offre un panorama complet des sciences humaines. --Paul Klein