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Hypertopie. De l'utopie à l'omniscience
Ourednik André
LA BACONNIERE
8,00 €
Épuisé
EAN :9782889600038
Au fil de cet essai qui reprend une conférence, André Ourednik propose de penser les formes contemporaines de l'utopie pour avancer qu'elles se subsument, à terme, dans une hypertopie. Alors que l'utopie est à la fois le "non-lieu" et le "meilleur lieu possible" , le lieu pouvant renvoyer à un espace topographique ou à un champ discursif, l'hypertopie est une utopie totale. Selon l'auteur, elle naît de la conjonction de l'archivage en masse des données et de leur accessibilité instantanée sur internet ; elle se définit comme un lieu unique, un immense "partout" . Utopie et hypertopie ne sont pas ici synonymes d'idéal humaniste, mais sont présentées du point de vue de leurs effets retors. L'utopie, si elle est tournée vers le futur, est surtout projetée sur le passé, à l'image de cet homo helveticus idéal que les scientifiques ont façonné sur la base d'une impossible Suisse paléolithique. Les passés utopiques confinent dès lors le présent, voire s'y matérialisent par le truchement d'interventions armées : la destinée de la Crimée n'est-elle pas qu'une superposition de deux utopies ? Mais toutes ces utopies s'anéantiront d'elles-mêmes dans l'hypertopie qui, développe l'auteur, n'admet plus d'ailleurs, plus de hasard, plus d'oubli, plus d'arbitraire. L'être humain s'y retrouve surdéterminé et dans l'impossibilité de penser "l'existence d'un soi-même, autre que soi-même" . Il faut dès lors chercher une issue, par une tricherie salutaire semblable à celle qu'invoquait Roland Barthes en nous rendant attentifs au huis-clos du langage. Cette issue se situe peut-être - comme l'illustre André Ourednik en explicitant certains aspects son oeuvre romanesque - dans la fiction.
Après avoir passé à la moulinette l'histoire du 20ème siècle, Patrik Ourednik plonge cette fois son lecteur en plein 19ème siècle. Du moins en apparence, car l'on comprend vite que cette fable drolatique et acerbe qu'est Instant propice, 1855 nous parle de la société contemporaine. Le livre s'ouvre sur une longue lettre d'un de ces utopistes qui, rêvant de dépasser le féminisme, le communisme et même l'anarchisme, décida de fonder au Brésil une communauté où pourrait s'épanouir la société parfaite, dans laquelle les individus seraient entièrement libres. Il doit reconnaître que son projet grandiose a échoué, mais on ne sait pas comment ni pourquoi avant d'entamer la seconde partie du livre. Celle-ci se présente sous la forme du journal d'un de ces colons "de base" qui, séduit par ces idéaux a décidé de quitter l'Europe pour rejoindre le phalanstère "Fraternitas". Après la théorie, la pratique, et là les choses se gâtent. Laissant libre cours à son humour dévastateur, Ourednik décrit la façon dont ces utopistes en viennent rapidement à recréer tous les préjugés, les conformismes et les règlements de la société qu'ils ont rejetée. Clivages entre Italiens et Allemands, discussions byzantines entre les anarchistes, les égalitaristes et les communismes, votes interminables pour décider de la façon dont on va voter, etc. La question de l'amour libre, centrale pour tous les protagonistes - mais surtout les hommes - n'est pas non plus sans poser quelques problèmes pratiques. Plus le livre avance et plus le rire se fait grinçant, à mesure que la société idéale devient bureaucratique et coercitive. Si l'on peut songer à La Ferme des animaux d'Orwell, jamais Patrik Ourednik ne se fait démonstratif, jamais il ne se dépare de ce ton pince-sans-rire, de cette noirceur hilarante ou de cette hilarité désespérée qui ont fait le succès d'Europeana. Qu'on ne s'y trompe pas pourtant, au-delà de la vision pessimiste de l'homme et de la société, Instant propice, 1855 est aussi un hommage rendu, envers et contre tout, à l'utopie libertaire.
Patrik Ourednik est né en 1957 à Prague. Il s'est exilé en 1984 en France où il vit depuis. Il est l'auteur de dictionnaires, essais, récits, recueils de poésie et par ailleurs traducteur en tchèque de Rabelais, Jarry, Queneau, Beckett, ou Michaux. Europeana, son premier livre traduit en français, a été traduit depuis dans une vingtaine de langues.Qu'est-ce que la vérité historique ? La vérité littéraire ? La vérité de la mémoire ? Ce livre ne fournit aucune réponse ou pire, il nous en fournit, nonchalamment, une telle quantité - on croirait assister à une dernière démarque de la solderie du XXe siècle - que cela revient au même. Cependant il nous livre peut-être une piste avec le thème du Bug du Millénium : si les ordinateurs avaient identifié de façon erronée l'année s'annonçant pendant la nuit du 31 décembre 1999, cela aurait été "comme si le vingtième siècle et l'attentat sur l'héritier du trône d'Autriche n'avaient jamais eu lieu".
Joachim Brik est un post-doctorant qui participe à la mise en ligne d'une cartographie révisée de l'Europe, dont les confins ne sont plus très clairs. Mandaté par des pontes européens, il part scanner la monumentale collection de cartes du Boyard Kraïenski à la frontière dacène. Dès l'atterrissage, le cours des événements amorce comme un glissement de terrain. En grand lecteur de littérature tchèque, André Ourednik plonge dans une littérature fantastique sans monstres, sans paranormal, et pourtant traversée d'une tenace aura d'étrangeté nimbée de relents post-apocalyptiques. Un roman à mi-chemin entre l'essai philosophique et le récit burlesque, servi par une écriture précise et incisive. Selon André Ourednik, son idéal d'écriture serait accompli s'il pouvait faire promener Bukowski dans un film de Tarkovski ou le père Ubu dans un roman de Quignard.
Résumé : Qui n'a jamais souhaité malheur à un individu détestable ? Les candidats à nos fantasmes ne manquent certes pas, mais il en un qui est tout désigné : un dictateur paranoïaque imbu de lui-même qui envahit le pays voisin au nom d'une obscurs idée de grandeur géo-historique. Pour déterminer quelle serait la meilleure mise à mort de Volodia, quatre scénarios sont testés puis débattus par un panel de scientifiques : dans un labyrinthe souterrain ; dans une étrange tour d'ivoire ; dans un aquarium géant sous les yeux de l'assemblée aux Nations unies ; et, bien sûr, dans le feu, purificateur et ancestral. Nourri de récits médiévaux obscènes, de l'anticipation brutale de Vladimir Sorokine et de l'ostalgie caustique d'Antoine Volodine, ce roman rappelle que la mise à mort est un des contes possibles face à la réalité.
Résumé : Tenu entre le 18 octobre 1944 et le 5 août 1945, ce Journal a pour toile de fond la fin de la guerre à Trieste et l'occupation yougoslave, les bombardements et les retraits précipités dans les abris. Mais son objet est tout autre, il est tendu vers la création, la liberté d'être et d'écrire. Il tient tout entier dans l'exploration de l'angoisse de la persévérance d'une vie intérieure riche et de la disponibilité de temps et d'esprit pour réfléchir. Sa liberté de jugement étonne et son don pour l'introspection séduit. Ce Journal explore aussi le rapport d'Anita Pittoni à la sensualité, au corps, aux lignées de femmes de sa famille et surtout expose ses sentiments amoureux pleins de craintes et de fulgurances. On y croise l'entourage d'Anita Pittoni, les intellectuels de Trieste, son compagnon Giani Stuparich, le poète Umberto Saba qu'elle publie... Si elle s'attarde longuement sur les relations humaines et les angoisses qu'elles génèrent, elle décrit aussi minutieusement le réseau de créateurs essentiel dans ces heures dures et sur lequel elle s'appuie pour avancer. De l'effervescence intellectuelle dans laquelle elle est plongée, Pittoni tire des écrits délicats et puissants. La Baconnière a publié d'Anita Pittoni, en 2019, Confession téméraire, un recueil de proses poétiques inspirées de sa vie intime. Cette édition du Journal sera richement illustrée par une iconographie tirée de ses archives déposées à Trieste.