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Dufresny. Auteur dramatique (1657-1724)
Moureau François
KLINCKSIECK
50,00 €
Épuisé
EAN :9782252020739
Charles Dufresny, Sieur de la Rivire , fut d'abord un personnage, quoique son origine mystrieuse et romanesque, sa vie d'aventurier sdentaire et une capucinade finale n'expliquent pas toute l'existence de ce bourgeois du Marais n d'une famille de petits officiers de Cour. Joueur, inventeur et homme d'esprit cultivant l'originalit parfois avec enttement, Dufresny rejoignit, quand il se mla d'crire aux abords de l'ge mr, la coterie forme autour de La Motte et de Fontenelle. Ce monde encore mal tudi donne le ton et la chane secrte du livre que Franois Moureau consacre l'uvre dramatique de Dufresny. Principal fournisseur de la Comdie-Italienne entre 1692 et 1697, dbutant, en mme temps, la Comdie-Franaise pour y poursuivre une carrire mdiocrement heureuse jusqu' sa mort, Dufresny a eu l'ambition de ne pas tre un simple successeur de Molire. Son thtre, d'une grande varit, annonce aussi bien l'opra-comique que le drame bourgeois ; il est, ct d'uvres plus conventionnelles, un laboratoire dramaturgique exceptionnel. Class parmi les minores qui avaient trop de talent pour tre mpriss et pas assez d'uvres acheves pour convaincre de leur gnie, embarrass de voisinages prestigieux, Dufresny mritait qu'on essayt de lui donner la place qui lui est due dans ces dcennies o se prparaient les Lumires.
Le voyage procure la cuisante et singulire rvlation qu'il existe un lieu o je ne suis habituellement pas et qui semble nanmoins se satisfaire de cette vacuit existentielle. Le second voyage va mettre en perspective une pareille faille ontologique entre un avant qui n'est plus et un prsent qui en rappelle l'empreinte sur le mode mineur et dcolor de l'cart. De nouveau Londres ou Rome, aprs le long exil de la vie, Chateaubriand y coute le silence dans des lieux qu'il connut pauvre migr ou amant heureux et qui lui parlent maintenant de la potique des morts . Custine dcouvre une Suisse qui s'ouvre la modernit, c'est--dire au dclin ; et Loti, de retour Constantinople en 1890, y pressent l'acte de dcs de l'Empire ottoman et une autre forme de modernit qui va rendre de trs vieilles humanits incomprhensibles pour nous et presque fabuleuses . Seuls les historiens issus de la Congrgation de Saint-Maur dont parle ici Daniel-Odon Hurel semblent chapper cette maldiction du retour : morts au monde par ncessit d'tat, ils vivent dans une glise ternelle dont les couvents qu'ils visitent pour la mmoire de la foi et la sanctification des lus sont les reliquaires en dehors du temps. On ne voyage donc jamais impunment. Et le voyageur immobile qu'est l'crivain-voyageur sa table apparat sans doute comme le plus paradoxal des artistes. Il doit se cacher au monde pour le reproduire, fermer les yeux pour voir, revenir sur ses pas pour ouvrir le chemin, regretter pour possder, crire pour voyager.
Ce volume rassemble des études réalisées sur une dizaine d'années dans la perspective trop ambitieuse de débrouiller ce qui était pour le chercheur l'objet d'une interrogation récurrente. Pourquoi ce continent de notre mémoire collective que sont les relations de voyages était-il si mal connu, à l'exclusion de quelques grands noms, que, d'ailleurs, l'on citait davantage pour leurs exploits vrais ou feints que par les récits qu'ils en donnèrent ou qu'ils en suscitèrent? Pourquoi la "littérature de voyage" ne semblait-elle naître qu'au XIXe siècle? Pourquoi notre imaginaire, pourtant nourri de mythes exotiques, ne les rattachait-il que rarement à des textes précis? Pourquoi Jules Verne fit-il plus pour la littérature de la mer que Pigafetta ou Cook? Pourquoi la découverte de l'Autre suscita-t-elle plus de rejet que d'ouverture, de jugements hautains que de délicieuses rencontres, de diabolisation que d'humaine sollicitude? Le monde est un théâtre aux scènes multiples dont les acteurs s'ignorent. Chaque troupe a ses auteurs favoris, ses décors de prédilection, sa tradition de jeu et d'interprétation. Il n'est guère recommandé de perturber le déroulement et le rituel de la tragi-comédie sociale. Le voyageur est un empêcheur de penser en rond. Nous avons tenté de mettre en évidence à travers cette construction théâtrale le croisement des regards qui s'indiffèrent et se jaugent, chacun faisant de l'autre son propre spectacle. L'un écrit, même s'il n'est pas nécessairement celui qui juge le mieux. Mais nous lirons toujours sur son visage quelque chose comme un reflet de l'Autre et, dans sa prose, le palimpseste de ce qu'il se cache à lui-même. Voyager, c'est confier son destin au hasard des rencontres: on n'en revient jamais tout à fait indemne. Il reste le théâtre du monde, qui satisfait d'aucuns et sert à produire ce qui a longtemps été considéré comme la petite monnaie de la littérature. Aujourd'hui, ces pages qui nous parviennent d'outre-tombe véhiculent des voix qui nous paraissent plus familières et plus vivantes que nombre de belles pages de nos littératures nationales: un théâtre qui s'improvise au gré des paysages et des hommes, et qui s'écrit dans le vent.