L'exposition "Women House" est la rencontre de deux notions : un genre - le féminin - et un espace - le domestique. L'architecture et l'espace public ont été masculins, tandis que l'espace domestique a été longtemps l'espace des femmes : cette évidence historique n'est pourtant pas une fatalité et l'exposition "Women House" nous le montre. Cette maison est-elle un refuge, une prison, ou peut-elle devenir un espace de création ? L'exposition et le catalogue reflètent la complexité des points de vue possibles sur le sujet : ils ne sont pas seulement féministes, mais aussi poétiques ou nostalgiques. De fait les artistes femmes mettent la maison sens dessus dessous : le symbole de l'enfermement devient celui de la construction de l'identité, l'intime devient politique, l'espace privé devient un espace public, le corps se transforme en architecture. Selon les contextes culturels, les générations d'artistes, la maison se ramifie dans une maison-corps, une maison-pays, voire une maison-monde.
Monique Frydman, artiste française, est un peintre incontournable de l'abstraction. En 1966, comme de nombreux artistes engagés en Europe, Monique Frydman arrête la peinture, pratique considérée comme bourgeoise, pour se consacrer au militantisme. Elle rouvrira son atelier à Paris en 1977. A cette époque la peinture n'est regardée que si elle est déconstruite, telle celle qui est représentée par les artistes de Support-Surface. Or dans ce contexte, Monique Frydman fait un travail différent, voire à contre courant. Toutes ses créations dont on perçoit les échos avec d'autres artistes tels que Rothko ou encore Joan Mitchell, sont le fruit d'une pensée où s'entrecroisent les audaces et les hésitations, leur conférant une gravité et une exemplarité indéniables. " Dans une certaine mesure son travail est la résultante directe d'une quête étroitement personnelle et chez elle plus que pour quiconque, la peinture est l'instrument privilégié de ce questionnement intime. " Monique Frydman nous fait partager son éblouissement, sa capacité d'extase pour la couleur, sa dynamique propre. Ainsi révélé, l'espace mouvant, chatoyant du tableau se démultiplie, se complexifie, introduisant un silence qui le fige en un instant précieux qui lui confère son caractère unique, vulnérable. Mais avant tout Monique Frydman est l'artiste de la couleur, de sa visibilité, de son poudroiement. Ainsi de ces jaunes d'or s'opposant à l'acidité du vert, de la délicatesse des roses et la flamboyance des carmins, des nuances nacrées, des bleus, des mauves ou des noirs profonds aux nuances irisées, iridescentes, veloutées. lumières sombres, chargées d'une incandescence nocturne. En octobre 2013 Monique Frydman présente au Louvre dans le Salon Carré une ouvre monumentale, " Polyptyque Sassetta " en écho au polyptyque du peintre primitif siennois du XVème siècle, Sassetta. Cet événement donne lieu à un entretien de Dominique Thiébaut avec Monique Frydman.
Les réévaluations récentes de l'histoire moderne mettant en valeur de grandes figures féminines qui en avaient été oubliées, ainsi que la présence croissante et l'impact des artistes femmes dans l'art contemporain justifient pour la première fois un musée à une échelle jamais atteinte par aucune institution (sur plus de 8000 m2 une sélection d'environ 500 oeuvres du début du XX siècle jusqu'aujourd'hui de quelque 200 artistes de toutes origines) consacre plus de la moitié de ses collections à un seul genre: les femmes.
Trois thématiques (l'imprégnation, l'incarnation et la dématérialisation) introduites par le bleu, le rose et l'or - trois couleurs définies par l'artiste comme étant complémentaires et essentielles à son travail - permettront d'aborder l'oeuvre d'Yves Klein en insistant sur les sujets peu traités dans les publications existantes : les anthropométries, les sculptures, les projets utopiques, la maîtrise du médium vidéo et photographique. L'ouvrage mettra également l'accent sur des aspects encore inexplorés du travail d'Yves Klein : ses relations avec les artistes, son voyage aux Etats-Unis, la perception de son oeuvre dans le contexte de l'époque en France et par les artistes américains.
Présentation de l'éditeur "J'ai décidé d'être très tôt une héroïne. Qui serais-je ? George Sand ? Jeanne d'Arc ? Un Napoléon en jupon ? Qu'importe ce que je serais ! L'important était que ce fut difficile, grand, excitant."
Hans Ulrich Obrist, qui a interviewé avec foi les grands artistes, écrivains, architectes, poètes... de notre temps, se prête à son tour, dans un renversement des rôles, aux questions d'Eugénie Paultre. Au fil de ces cinq entretiens, il raconte la relation de l'enfant, de l'adolescent, du voyageur qu'il n'a cessé d'être, avec l'art et le monde. Toujours tenu par l'urgence, celle qui traverse tout particulièrement notre époque, il témoigne, à sa manière, de la nécessité de l'art, envers et contre tout, comme principe d'espérance. Directeur artistique de la Serpentine Gallery à Londres, Hans Ulrich Obrist a organisé plus de trois cents expositions et a publié de nombreux livres d'entretiens, parmi lesquels Conversations, chez Manuella éditions, en 2008. Aux mêmes éditions, il a aussi publié Les Voies du curating en 2015.
Comme le disait Heinz Mack lors d'un de nos nombreux entretiens : "Etes-vous bien conscient que je suis un des derniers à pouvoir vous raconter cela ? " De l'exposition de Düsseldorf en mai 1957 à la mort prématurée de l'artiste en 1962, de la création de l'opéra de Gelsenkirchen à la rétrospective de Krefeld, l'aventure allemande d'Yves Klein fut essentielle dans sa fulgurante carrière. Grâce aux échanges intenses entre l'artiste français et les artistes allemands de sa génération — notamment du mouvement ZERO —, cette histoire se trouve ici retracée au moyen de matériaux d'archives et d'entretiens avec l'ensemble des témoins encore vivants. Intimement liée à l'évolution artistique outre-Rhin, cette biographie constitue aussi une archive exceptionnelle pour une double histoire de l'art.
L'architecture, c'est l'inverse de la nature. C'est l'art de façonner une nouvelle nature. C'est l'art de rendre naturel ce qui ne l'est pas. La pratique architecturale de Claude Vasconi est intimement liée au dessin. Entre 1965 et 2009, Claude Vasconi a signé plus de soixante réalisations en France, en Allemagne et au Luxembourg. dont la tour ZDF aux Lilas, le 57 Métal à Mulhouse, l'Hôtel du Département à Strasbourg et le quartier du Borsig à Berlin. Tous ces bâtiments, emblématiques d'une conception radicale de l'architecture, ont d'abord été des esquisses tracées au feutre sur de grands papiers calque. Du croquis initial à la finalisation, le dessin rythme chaque étape des projets de Claude Vasconi. Il a ainsi laissé des centaines de dessins qui témoignent d'un processus créatif où le geste de la main est essentiel pour penser et faire advenir la forme. Les 400 dessins rassemblés dans ce livre de plus de 800 pages, classés par ordre chronologique, donnent à voir l'instant de la création, l'instant où se rêve la réalité. Des extraits de ses nombreux carnets, où s'entrelacent réflexions sur l'architecture et notes sur ces projets, émaillent ce corpus unique et inédit. L'ensemble invite à découvrir l'oeuvre d'un architecte-bâtisseur qui a marqué le paysage urbain de la fin du XXe siècle, à travers l'énergie de son trait, son sens de la composition et le mouvement de sa pensée.